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Comment savoir si on a besoin de rééducation périnéale ? Selon Sandrine Galliac Alanbari, experte en périnéologie, c’est au moment où l’on souffre d’incontinence urinaire qu’il faut aller consulter un spécialiste. “Que l’on ait des fuites de type incontinence urinaire à l’effort, c’est à dire des fuites qui surviennent sur une activité sportive, pendant des éternuements ou lors de sports de charge, ou de l’urgenturie, le fait d’avoir des envies fréquentes d’uriner sans pouvoir se retenir, on a besoin d’une rééducation périnéale”, assure la masseuse-kinésithérapeute.

Selon la Directrice pédagogique de l’Institut de Pelvi-Périnéologie de Paris (IPPP), la sexualité peut également être un signal d’alerte. “Quand on a une moins bonne qualité orgasmique, qu’on sent moins bien son partenaire, on peut là aussi se rendre compte qu’on a besoin d’une rééducation périnéale”. Pour rappel, le périnée est un muscle qui se situe sur la paroi inférieure du pelvis entre l'anus et le vagin et qui soutient les organes du petit bassin (vessie, utérus, rectum).

Périnée : 4 types de rééducations à personnaliser

L’incontinence urinaire touche près de 3 millions de femmes en France selon l'Association française d'urologie, mais près de la moitié des femmes qui en souffrent ne cherchent pas d'avis médical. En cause, un sujet encore tabou, alors qu'il existe de nombreuses solutions simples. L’experte en périnéologie, et auteure de Rééducation périnéale féminine aux éditions Dunod, assure qu’il faut avant tou t consulter pour diagnostiquer le type d’incontinence dont on souffre : l’incontinence à l’effort, l’urgenturie, ou l'incontinence mixte quand on souffre des deux. Il sera alors entamée une rééducation périnéale avec un kinésithérapeute spécialisé grâce à plusieurs techniques. “Il y a d’abord la rééducation manuelle, la rééducation par électrostimulation, le biofeedback et le traitement comportemental qui se fait grâce à un calendrier mictionnel”, détaille Sandrine Galliac Alanbari. La Société française d’urologie recommande vivement ces traitements comportementaux.

Selon la spécialiste, la technique des abdominaux hypopressifs est quant à elle un peu dépassée car aujourd’hui on sait qu’il faut travailler l’ensemble de la musculature abdominale, sur le plan profond et superficiel, et on parle plus “d’ajustement postural anticipateur”. Afin de travailler l’ensemble du tronc, il est très intéressant de pratiquer du “pilate thérapeutique” proposé par des spécialistes tels que les kinésithérapeutes. “Pour bien maîtriser ces techniques-là, il faut passer par un professionnel”, assure l’experte en périnéologie. La gymnastique hypopressive peut quant à elle être utilisée dans des cas spécifiques comme le prolapsus, la descente d’organes. “La gym hypopressive n’a aucun effet sur l’incontinence, ça a été démontré”, explique la masseuse-kynésithéreute.

Incontinence et périnée : combiner électrostimulation, rééducation manuelle et biofeedback

“Les études ont démontré que c’était la combinaison de toutes les techniques qui permettaient d’avoir les meilleurs résultats. Après il y aura peut-être une technique sur laquelle on va le plus insister, cela dépend aussi du type d’incontinence”, reconnaît la spécialiste en périnéologie. Quand une femme souffre d’incontinence d’effort, la compétence du périnée est importante, alors que pour une femme qui souffre d’urgenturie, l’experte précise que l’on va beaucoup plus travailler sur le comportemental. “Il faut faire de l’électrostimulation, il faut faire du biofeedback, de la rééducation manuelle. Il faut travailler sur toutes les techniques”, insiste Sandrine Galliac Alanbari.

Pour rappel, voici les 4 principales techniques de rééducation périnéale :

1 - La rééducation manuelle :

Elle consiste en une contraction volontaire répétée par différents exercices des muscles du périnée avec sollicitation ou résistance via le toucher vaginal d’un kinésithérapeute ou d’une sage-femme.

2 - L’électrostimulation :

“C’est comme les ceintures pour tonifier le ventre, mais on va le faire avec une sonde car le périnée se trouve dans vagin”, selon Sandrine Galliac Alanbari. Il s’agit d’une technique passive pour aller stimuler le muscle et qu’il puisse se tonifier correctement. Il est essentiel de rappeler qu'une "électrostimulation ne doit jamais être douloureuse”. On ne ressent pas de “picotement” ou de “coup de couteau”, mais simplement la contraction du périnée pour faire se contracter des fibres musculaires paresseuses. Il s’agit d’une méthode efficace contre l’incontinence à l’effort. L’électrostimulation peut également être une bonne solution pour aller “calmer la vessie” quand on souffre d’urgenturie avec une vessie hyperactive. Ce mécanisme est donc efficace sur les deux mécanismes d’incontinence.

3 - Le biofeedback :

Cela consiste à enregistrer le travail des muscles périnéaux grâce à des sondes endovaginales. “La patiente va cette fois travailler et être active dans sa rééducation en visualisation sur un écran ses contractions”, détaille l’experte en périnéologie. Elle précise qu’il va y avoir une “corrélation au niveau cérébral entre son ressenti et ce que cela donne sous forme de courbe par exemple”. Ces variations vont permettre à la patiente de visualiser les contractions musculaires et d’avoir une dextérité au niveau du périnée selon ses besoins et problèmes (course à pied, éternuements…).

C’est efficace pour inhiber le réflexe mictionnel (action d’uriner) en cas d’urgenturie grâce au réflexe périnéo-détrusorien inhibiteur. Sandrine Galliac Alanbari précise que cela reste une technique efficace également en cas d’incontinence à l’effort en travaillant des contractions vites et fortes quand la patiente tousse ou éternue par exemple. “Le biofeedback se démarre en cabinet pour apprendre le geste, mais on peut ensuite demander à la patiente de travailler chez elle grâce à une sonde connectée reliée à son téléphone comme la Perifit, la plus efficace car elle a deux capteurs”, conclut l’experte. Elle rappelle qu’il faut avant tout “apprendre à bien contracter pour ne pas mettre de geste parasite”.

4 - Le traitement comportemental par le calendrier mictionnel :

Ce recueil de données sur vos habitudes urinaires a pour but d'étudier le plus précisément possible le fonctionnement de votre vessie dans votre vie quotidienne et ainsi de mieux comprendre ce qui cause vos troubles urinaires.

Après une rééducation périnéale, les études montrent que si on continue à réaliser ces exercices, les patientes continuent de faire des progrès dans le temps. Il n’existe toutefois pas de protocole uniformisé qui soit le plus efficace, il est essentiel de personnaliser les exercices au cas par cas selon les besoins et les symptômes de la patiente.

Incontinence : que doit-on éviter pour protéger son périnée ?

L’hygiène de vie est aussi importante et il y a des choses à ne pas faire pour protéger son périnée. Particulièrement pour l’incontinence urinaire à l’effort, au-delà des exercices, il faut au quotidien lutter contre la constipation. “La constipation, le port de charges sont à éviter” selon Sandrine Galliac Alanbari. Pour l'urgenturie, l’experte en périnéologie conseille de faire attention à des boissons telles que le thé et le café qui “sont des boissons excitantes sur le muscle de la vessie”.

Incontinence : quels traitements si la rééducation échoue ?

En cas d’incontinence à l’effort, il n’existe pas de traitement médical. “Si la rééducation ne fonctionne pas, on sera obligé d’aller sur de la chirurgie avec des petites bandelettes qui viennent soutenir l'urètre", précise l’experte en périnéologie. Pour l’urgenturie, on peut proposer un traitement médical à base d’anticholinergiques comme le Vésicare ou le Ditropan. La Directrice pédagogique de l’Institut de Pelvi-Périnéologie de Paris précise que si ce n’est pas suffisant, on peut aller “jusqu’à l’injection de toxine botulique pour calmer la vessie ou l’implantation de stimulateurs directement sur la vessie pour la calmer”.

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Sources

Merci à Sandrine Galliac Alanbari, experte en périnéologie, auteure du livre "Rééducation périnéale féminine" aux éditions Dunod, masseuse-kinésithérapeute et Directrice pédagogique de l’Institut de Pelvi-Périnéologie de Paris (IPPP).

https://www.dunod.com/sciences-humaines-et-sociales/reeducation-perineale-feminine

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