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La perte d’un enfant à naître, d’un espoir, d’un avenir, peut marquer à vie, quel que soit le stade de la grossesse. Quatre femmes ont accepté de revenir sur cette expérience douloureuse, pour briser le tabou qui existe autour des arrêts naturels de grossesse, plus communément appelés fausses couches.

Oser parler de sa fausse couche

En abordant ce sujet avec leurs proches, nombre de femmes se rendent compte avec surprise qu’elles ne sont pas seules dans cette situation.

Une situation fréquente

En se confiant à son entourage à propos de sa fausse couche, Hannah a été surprise. "Presque tout le monde m’a dit : j’en ai fait une. Ma sœur en a fait une, ma mère en a fait une… et je suis tombée des nues, car personne ne m’en avait parlé. J’avais eu l’impression que le ciel me tombait sur la tête, tant pour moi, il s’agissait de quelque chose d’inexistant."

En effet, selon la revue médicale The Lancet, les fausses-couches concernent 15 % des grossesses. "J'ai été assez impressionnée du nombre de femmes plus âgées qui me disaient ‘oui je sais ce que c'est’", explique Claire. "On devrait davantage en parler, savoir que ça existe, et davantage soutenir les femmes qui traversent cela. Et leur conjoint.e aussi d'ailleurs."

La difficulté d’en parler à ses proches

L’injonction de ne pas parler de sa grossesse avant la fin du premier trimestrerenforce le tabou qui existe autour des arrêts naturels de grossesse. Mais de plus en plus de femmes ne veulent plus se taire, même si leur parole n’est pas toujours bien accueillie.

Pour Claire, "il est essentiel de cesser de taire ces trois premiers mois, sous prétexte qu’on ne sait pas ce qu'il peut arriver."

Hannah n’a pas eu de mal à parler de sa fausse couche à ses proches, mais elle a hésité à en parler à sa petite sœur. "J’avais peur de lui faire de la peine. Et finalement, je me suis dit que je préférais qu’elle le sache. Si un jour elle doit passer par là, je ne veux pas qu’elle se sente aussi seule que je m’étais sentie."

Clémence a mis quelques mois avant d’en parler à ses parents. "Je ne leur avais pas annoncé la grossesse, donc il a fallu annoncer au même moment la grossesse et la perte, ça a été assez difficile. Ils étaient surpris que je n'en ai pas parlé plus tôt." Elle a cependant ressenti le besoin d’être entourée de ses amis, et de leur parler de son chagrin. "Globalement, nous avons eu beaucoup de retours bienveillants. Les hommes étaient plus mal à l'aise et moins bavards sur le sujet contrairement aux femmes."

La jeune femme a également annoncé la nouvelle à ses collègues qui étaient au courant de sa grossesse. "Tout le monde a été très compatissant, et même un peu trop puisqu'on m'a déprogrammé la présentation d'un projet que je devais assurer, et ce, sans me consulter. Mon N+1 a jugé seul que ça n'était pas le bon moment pour moi pour faire cette présentation", raconte-t-elle. "Alors qu'au contraire, je souhaitais travailler et m'occuper l'esprit, me sentir utile et efficace dans quelque chose."

De son côté, le père de Claire a eu du mal à comprendre et a minimisé la situation. "Mais je pense qu’il était surtout très inquiet de me voir si mal."

Outre les proches, les soignants ne font pas non plus toujours preuve de compréhension.

Un environnement médical pas toujours bienveillant

À l’hôpital, la prise en charge est parfois indélicate pour les femmes qui subissent un arrêt de grossesse.

La banalisation par certains soignants

Aux urgences gynécologiques, où Aurélie a appris que sa grossesse était arrêtée et où on lui a prescrit des médicaments pour expulser l’embryon, personne n’a jugé bon de lui donner également un arrêt de travail. "La gynécologue, qui m’avait dit de rester au calme dans les jours à venir, ne m'a absolument rien prescrit. Pourtant, je me suis sentie incapable de retourner en classe pour donner cours."

Lorsque Claire a dû faire une prise de sang suite à sa grossesse arrêtée, l’infirmière lui a dit : "Oh, vous êtes enceinte ? C’est pour quand ?". "Cela m'a brisé le cœur de devoir lui dire ‘je l'étais jusqu'à ce matin’."

Beaucoup déplorent également de devoir être confrontées à des femmes enceintes dans la salle d’attente des urgences gynécologiques. L’espace n’est pas pensé pour séparer celles qui vont donner la vie, des femmes qui sont en train de perdre celle qui grandissait en elles.

Les phrases qui blessent

Le médecin généraliste d’Aurélie, qu’elle allait voir pour obtenir un arrêt de travail, lui a lancé : "La Nature est bien faite, mieux vaut ça qu'un enfant handicapé !", pensant la réconforter. Pour Aurélie, la Nature était surtout cruelle.

"Ça y est, c’est derrière" a dit le mari d’Hannah, lui-même médecin, alors qu’ils sortaient des urgences. "Je venais de me prendre le choc en pleine face, et pour moi le deuil ne faisait que commencer. Il n’a pas compris, ni même mon immense fatigue les jours suivants. Il allait jusqu’à me "forcer" à assister à un mariage, que j’ai évidemment très mal vécu. Aujourd’hui, il a compris et s’est excusé." Il fait désormais très attention aux prises en charge de femmes venant le consulter pour un arrêt naturel de grossesse. "Je me dis qu’il doit être un super médecin, comme j’aurais aimé en avoir. Mais personnellement, j’ai payé cher pour qu’il apprenne cette leçon."

"Ce n’est pas grave, vous en referez un autre". Cette phrase a été la pire que j'ai pu entendre", raconte Claire. "Ce bébé, même à la taille d'une lentille, était là et bien là. Comme ma douleur."

Se référer à une prochaine grossesse, ou à un enfant plus grand, est effectivement un argument souvent avancé, mais qui banalise la souffrance des femmes.

Plusieurs enfants… et une fausse couche

Les proches, comme les soignants, ont d’autant plus tendance à minimiser un arrêt naturel de grossesse quand le couple a déjà un ou des enfants, ou lorsqu’une autre grossesse se poursuit par la suite jusqu’au terme.

"Vous en avez déjà un"

La mère du conjoint de Clémence a estimé que "de toute façon, vous êtes trop fatigués pour avoir un deuxième enfant maintenant...". Une phrase que la jeune femme a trouvé extrêmement violente. "Nos ressentis étaient mis de côté au profit d'une rationalisation complètement à côté de la plaque."

Après l’intervention à la clinique, une infirmière lui a également dit : "Vous êtes chanceuse, vous avez déjà un beau petit garçon, il ne faut pas être triste !" "Comme si être déjà mère aurait dû me protéger contre la douleur d'une fausse couche", s’indigne Clémence.

Revivre une grossesse après la fausse-couche

Pour Aurélie, la grossesse suivante a été plus dure à vivre puisqu’elle était en apnée du début jusqu’à la fin. "J'ai compris que je ne ferai probablement jamais mon deuil. Cet enfant me manquera à vie." Même si la joie revient, un nouvel enfant ne remplace pas celui perdu. Aurélie Bianchi est aujourd’hui devenue doula, et accompagne les couples traversant un deuil périnatal.

Pour les couples traversant cette épreuve, il peut être également nécessaire de faire appel à un professionnel de la santé mentale.

Les conseils d’une psychologue

Pour Armelle Vautrot, psychanalyste, il faut fuir les personnes qui nous blessent. "On ne peut pas anticiper ce que vont dire les soignants ou nos proches, mais à la première phrase maladroite, il ne faut pas hésiter à le signifier et à fuir. Vous n’avez pas à accepter les phrases culpabilisantes, ni à justifier votre peine ou votre besoin de faire un deuil parfois long. Il faut se réapproprier son histoire, choisir les mots que l’on veut mettre sur la situation, pas ceux que l’on subit. Il peut être aussi important de travailler sur sa peine, sur son deuil de projet d’enfant. Et même quand la grossesse n’était pas désirée, cela reste une fausse couche qui impacte le corps et le psychisme, on peut avoir besoin de temps pour s’en remettre."

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Sources

Merci à Hannah, Claire, Clémence et Aurélie pour leur témoignage

Merci à Armelle Vautrot, universitaire et thérapeute

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