DMLA : causes, symptômes, traitements

Publié par La Rédaction Médisite
le 23/09/2026
oeil de femme en gros plan
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Photo d'illustration
Principale cause de malvoyance chez les seniors en France, la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) touche plus d’un million et demi de personnes en France. Signes avant-coureurs, symptômes, dépistage,traitements et mesures préventives : tout ce qu’il faut savoir.
 

La dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA) s'impose aujourd'hui comme un défi majeur de santé publique en raison du vieillissement de la population. Cette affection oculaire chronique bouleverse les gestes les plus simples de l'existence : lire le journal, composer un numéro de téléphone ou distinguer les expressions d'un visage familier deviennent des épreuves complexes. Bien que ses répercussions fonctionnelles soient lourdes, les innovations thérapeutiques récentes transforment désormais la prise en charge.

 

Qu'est-ce que la DMLA ?

La dégénérescence maculaire liée à l'âge est une affection neurodégénérative complexe qui cible précisément la macula. Située au centre de la rétine, au fond de l'œil, cette zone minuscule ne mesure que quelques millimètres mais concentre la majeure partie des photorécepteurs responsables de la vision précise. Grâce à elle, l'œil perçoit les détails fins, les couleurs nettes et les contrastes indispensables à la lecture, à la couture ou à la reconnaissance faciale.

D'après les estimations de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l'Assurance maladie, la DMLA constitue la première cause de handicap visuel après 50 ans en France. Elle concerne environ 8 % de la population générale, ce qui représente près de 1,5 million de personnes affectées sur le territoire national.

Le stade précurseur : la maculopathie liée à l'âge (MLA)

Avant que la maladie ne s'installe véritablement, elle débute par une phase précoce asymptomatique appelée maculopathie liée à l'âge. À ce stade :

  • Des résidus métaboliques s'accumulent sous l'épithélium pigmentaire de la rétine.
  • Ces dépôts lipidiques et protéiques blanchâtres forment de petites lésions appelées drusen.
  • Le patient ne perçoit généralement aucun trouble visuel notable, d'où la découverte souvent fortuite lors d'un examen de routine.

La forme atrophique (dite sèche)

La forme atrophique représente la variante la plus courante de la maladie, regroupant 80 à 85 % des diagnostics selon la Haute Autorité de Santé (HAS). Elle se caractérise par :

  • Une disparition lente et progressive des photorécepteurs et de l'épithélium pigmentaire rétinien.
  • Des cellules de la macula qui s'amincissent puis meurent peu à peu, créant des plages d'atrophie.
  • Une dégradation visuelle très graduelle, qui s'échelonne fréquemment sur plusieurs décennies sans provoquer de rupture brutale.

La forme exsudative (dite humide ou néovasculaire)

Bien que plus rare (15 à 20 % des cas), la forme humide s'avère particulièrement redoutable par sa rapidité d'évolution :

  • Elle se définit par la prolifération anarchique de vaisseaux sanguins anormaux issus de la choroïde sous la rétine.
  • Ces néovaisseaux, aux parois très fragiles, laissent filtrer du sérum et du sang dans les tissus maculaires.
  • Cet œdème et ces hémorragies provoquent une baisse d'acuité visuelle rapide, survenant parfois en quelques jours ou semaines si aucun traitement n'est mis en œuvre rapidement.

Quels sont les symptômes et conséquences au quotidien ?

Les manifestations cliniques de la pathologie varient selon son degré d'avancement et sa typologie, mais certains signes doivent systématiquement inciter à consulter.

Les signes discrets de début de maladie

Au tout début du processus pathologique, les anomalies passent souvent inaperçues. Cependant, des modifications subtiles apparaissent :

  • Une baisse progressive de la sensibilité aux contrastes, rendant difficile la distinction des reliefs ou des marches d'escalier.
  • Une altération de la vision des couleurs, qui semblent plus ternes, délavées ou jaunies.
  • Un besoin grandissant d'éclairage pour accomplir des tâches minutieuses, notamment la lecture de petits caractères.
  • Une sensation d'éblouissement prolongé lors des transitions entre un lieu sombre et un espace ensoleillé.

Les métamorphopsies : le signal d'alarme de la forme humide

Les métamorphopsies correspondent à une déformation visuelle des lignes droites, qui apparaissent subitement brisées, courbées ou ondulées. En regardant un cadre de porte, un carrelage ou une ligne de texte, le patient a l'impression que la matière se tord. Ce phénomène résulte du soulèvement de la rétine par le liquide accumulé sous la macula et impose une consultation ophtalmologique sans aucun délai.

Le scotome central : un signe d’avancée de la maladie

À un stade plus avancé, la disparition des photorécepteurs ou les saignements répétés entraînent l'apparition d'un scotome central :

  • Il prend la forme d'une tache sombre, opaque ou floue ancrée au beau milieu du champ visuel.
  • L'objet ou la personne que l'individu regarde directement se retrouve masqué par cette zone aveugle.
  • L'écriture, la conduite automobile et la lecture deviennent alors extrêmement difficiles, voire impossibles sans aides optiques. .

Quelles sont les causes et les facteurs de risque ?

L'apparition de la dégénérescence maculaire découle d'une interaction complexe entre le temps qui passe, un terrain génétique spécifique et des facteurs environnementaux modifiables.

Le vieillissement oculaire

L'âge demeure le déterminant majeur de la maladie. Les cellules rétiniennes, soumises à un métabolisme intense tout au long de l'existence, perdent progressivement leur capacité à éliminer leurs déchets organiques. La prévalence de la pathologie suit une courbe exponentielle : elle ne touche qu'environ 1 % des personnes âgées de 50 à 55 ans, mais atteint près de 25 à 30 % des individus au-delà de 75 ans, selon les données de l'Inserm.

La prédisposition génétique

L'hérédité joue un rôle de premier plan dans la vulnérabilité rétinienne :

  • Avoir un parent au premier degré (père, mère, frère ou sœur) atteint de DMLA multiplie par trois ou quatre le risque individuel de développer la pathologie.
  • La recherche médicale a identifié des mutations sur des gènes impliqués dans la régulation de l'immunité innée, notamment le gène du facteur H du complément (CFH) et le gène ARMS2.
  • Ces polymorphismes génétiques entraînent une réaction inflammatoire locale excessive au sein des tissus rétiniens.

Le tabagisme actif et passé

Le tabac représente le principal facteur de risque modifiable reconnu par l'ensemble de la communauté scientifique :

  • Fumer multiplie par deux à quatre le risque d'apparition de la DMLA par rapport à un non-fumeur.
  • Le tabagisme accélère la sénescence cellulaire en générant un stress oxydatif important dans les micro-vaisseaux rétiniens.
  • Les anciens fumeurs conservent un risque accru pendant plusieurs années après le sevrage, bien que l'arrêt améliore immédiatement le pronostic vasculaire.

Les facteurs cardiovasculaires et nutritionnels

Le système vasculaire oculaire reflète l'état général des artères de l'organisme. Dès lors, plusieurs paramètres métaboliques favorisent le déclin maculaire :

  • L'hypertension artérielle mal régulée et l'hypercholestérolémie.
  • Le surpoids et la sédentarité.
  • Un régime alimentaire pauvre en pigments maculaires (lutéine, zéaxanthine) et en acides gras polyinsaturés oméga-3, combiné à des apports trop élevés en graisses saturées.

L'exposition lumineuse cumulative

Les cellules de la macula absorbent continuellement les rayons lumineux. Une exposition prolongée, répétée et non protégée aux rayonnements ultraviolets (UV) et aux longueurs d'onde courtes de la lumière bleue participe à la phototoxicité rétinienne en amplifiant la production de radicaux libres destructeurs.

Comment se déroule le diagnostic de la DMLA ?

Un repérage précoce garantit une prise en charge rapide, indispensable pour préserver la fonction visuelle face aux formes agressives.

L'auto-évaluation par la grille d'Amsler

La grille d'Amsler est un outil de surveillance simple, standardisé et accessible :

  • Elle se présente sous la forme d'un quadrillage régulier doté d'un point central noir.
  • Le test s'effectue un œil après l'autre, à distance de lecture, en fixant le point central avec ses lunettes habituelles.
  • Si les lignes droites paraissent courbées, déformées, interrompues ou si une tache grise survient, prenez contact sans délai avec un ophtalmologiste.

Le fond d'œil après dilatation

Examen fondamental de la consultation ophtalmologique, l'observation du fond d'œil requiert l'instillation préalable de gouttes destinées à dilater la pupille. Le praticien scrute la rétine à l'aide d'un biomicroscope afin d'évaluer la taille et le nombre de drusen, de repérer les zones d'amincissement atrophique ou de détecter d'éventuelles hémorragies maculaires.

La tomographie par cohérence optique (OCT)

Véritable révolution en imagerie oculaire, l'OCT est un examen rapide, totalement indolore et non invasif. Grâce à un faisceau laser infrarouge, l'appareil réalise des coupes microscopiques virtuelles des différentes couches de la rétine. L'OCT permet de mesurer l'épaisseur du tissu rétinien, de quantifier les drusen et surtout de repérer la moindre gouttelette de liquide intra-rétinien ou sous-rétinien, attestant de l'activité de néovaisseaux.

L'angiographie rétinienne

Pour préciser l'anatomie vasculaire avant de débuter certains traitements, l'angiographie à la fluorescéine ou au vert d'indocyanine demeure un examen de confirmation précieux. L'injection intraveineuse de ces colorants fluorescents dans le bras suivie de clichés photographiques en série permet de cartographier avec netteté les fuites vasculaires et la structure exacte des néovaisseaux.

Quels sont les traitements et modalités de prise en charge ?

Si la médecine ne guérit pas encore définitivement la DMLA, les thérapeutiques modernes permettent de stabiliser la vue dans une grande majorité de situations, voire d'obtenir des récupérations partielles de l'acuité visuelle.

Les injections intra-vitréennes (IVT) d'anti-VEGF

Le traitement de référence de la DMLA exsudative (humide) repose sur l'administration d'anti-VEGF (molécules bloquant le facteur de croissance de l'endothélium vasculaire). Ces agents pharmacologiques (ranibizumab, aflibercept, brolucizumab, faricimab) freinent la prolifération des néovaisseaux et résorbent l'œdème rétinien.

  • Le geste est réalisé en salle dédiée dans des conditions d'asepsie stricte.
  • Une anesthésie locale par collyre rend l'injection très rapide et quasi indolore.
  • Le protocole comprend généralement une phase d'attaque de trois injections mensuelles consécutives, suivie d'un calendrier personnalisé d'entretien selon la réponse de l'œil.

Le protocole d'urgence recommandé par la Haute Autorité de Santé

Dans la forme exsudative, la rapidité d'action conditionne directement les résultats fonctionnels. La Haute Autorité de Santé (HAS) insiste sur le fait que la première injection intra-vitréenne doit intervenir dans un délai maximal de 10 jours après le diagnostic. Chaque semaine de temporisation favorise l'installation d'une cicatrice fibreuse irréversible détruisant définitivement les photorécepteurs maculaires.

La supplémentation nutritionnelle spécifique (AREDS/AREDS2)

Pour les personnes porteuses de drusen volumineux ou ayant déjà perdu la vision centrale d'un côté, les essais cliniques internationaux AREDS et AREDS2 ont validé l'intérêt de formules antioxydantes précises. Ces compléments associent :

  • Des pigments caroténoïdes naturels : lutéine (10 mg) et zéaxanthine (2 mg).
  • Des antioxydants cellulaires : vitamines C et E.
  • Des oligo-éléments ciblés : zinc à dose adaptée et cuivre.

Cette formulation micronutritionnelle ralentit significativement le risque d'évolution vers les formes atrophiques avancées ou humides.

Les innovations dans la forme atrophique

Longtemps dépourvue d'options thérapeutiques directes, la forme sèche bénéficie d'avancées majeures :

  • De nouvelles molécules ciblant la cascade du système du complément (telles que le pegcetacoplan et l'avacincaptad pegol) visent à freiner l'expansion des zones d'atrophie géographique.
  • Dans le domaine technologique, l'Inserm et l'Institut de la Vision développent des implants sous-rétiniens photovoltaïques sans fil (système Prima). Placés sous la macula atrophique, ces dispositifs transforment la lumière reçue en impulsions électriques stimulant les cellules nerveuses résiduelles, permettant à des patients de percevoir à nouveau des lettres et des séquences graphiques.

La rééducation basse vision

Assurée par des orthoptistes spécialisés, la rééducation maculaire apporte un soutien précieux lorsque les séquelles visuelles sont installées. Elle apprend au patient à développer une fixation excentrée, c'est-à-dire à utiliser une zone rétinienne périphérique encore saine pour compenser le scotome central et poursuivre ses activités de lecture ou de calcul.

Comment prévenir son apparition et préserver sa vue ?

Adopter des habitudes saines protège la rétine des agressions oxydatives répétées tout au long de l'existence.

Adopter une hygiène de vie préventive

La préservation de la vision repose sur des mesures quotidiennes accessibles :

  • L'arrêt complet et définitif du tabac pour rétablir une bonne oxygénation des tissus oculaires.
  • Le suivi régulier d'une alimentation méditerranéenne privilégiant les poissons gras riches en oméga-3 (sardines, maquereaux, saumon), les légumes à feuilles vert foncé riches en lutéine (épinards, choux verts, brocolis) et les fruits colorés.
  • Le contrôle rigoureux des facteurs de risque métaboliques (tension artérielle, glycémie et lipides sanguins).

Porter des lunettes de soleil

Face aux agressions de la lumière du jour, le port de lunettes solaires certifiées UV400, dotées d'une filtration efficace de la lumière bleue, constitue une précaution indispensable lors des sorties en extérieur ou lors d'activités à forte réverbération (mer, montagne).

Consulter un ophtalmologue régulièrement

Un bilan oculaire complet avec fond d'œil est vivement recommandé tous les 1 à 2 ans dès l'âge de 50 ans, en particulier lorsqu'il existe des antécédents familiaux de DMLA. De plus, chez les personnes déjà traitées pour un œil, le suivi de l'œil adelphe (le second œil) doit demeurer rigoureux et continu.

Aménager son cadre de vie

Pour maximiser le confort au quotidien en cas de baisse visuelle modérée, de simples adaptations d'intérieur changent la donne :

  • Disposer d'éclairages d'appoint directionnels modulables, sans éblouissement ni reflets parasites sur les surfaces de travail.
  • Utiliser des systèmes optiques grossissants (loupes électroniques ou optiques adaptées).
  • Privilégier les écrans à contrastes renforcés et régler les polices d'écriture en grands caractères sur les téléphones et ordinateurs.

Foire aux questions (FAQ)

La DMLA peut-elle rendre totalement aveugle ?

Non. La maladie n'affecte que la macula, qui gouverne la vision centrale de précision. La rétine périphérique demeure fonctionnelle en permanence. La personne conserve ainsi sa vision périphérique latérale, ce qui garantit le maintien de l'orientation spatiale, la capacité à se déplacer sans heurter les meubles et une autonomie motrice fondamentale.

Une personne atteinte à un seul œil risque-t-elle de voir l'autre œil touché ?

Oui, la bilatéralisation représente un phénomène courant dans la DMLA. Lorsqu'un œil présente une forme avancée, la probabilité d'atteinte du second œil avoisine environ 10 % par an, selon les observations de la Société Française d'Ophtalmologie. Ce risque souligne l'importance d'une autosurveillance régulière de l'œil sain à l'aide de la grille d'Amsler.

Les injections dans l'œil sont-elles douloureuses ?

L'intervention est très rapide et quasi indolore. Avant la réalisation de l'injection intra-vitréenne, le médecin applique systématiquement un collyre anesthésiant puissant et un antiseptique. Durant le geste technique, qui ne prend que deux à trois secondes, le patient ne ressent qu'une sensation fugace de pression sur le globe oculaire, sans douleur perçante.

Existe-t-il une chirurgie pour remplacer une rétine usée ?

Il n'existe pas d'intervention chirurgicale de greffe globale de la rétine. En revanche, les solutions prothétiques de pointe progressent remarquablement, notamment via des implants sous-rétiniens miniaturisés et la recherche sur les thérapies cellulaires destinées à transplanter de nouveaux épithéliums pigmentaires.

Focus : le combat public de Judi Dench contre la dégénérescence maculaire

L'actrice britannique d'envergure internationale Dame Judi Dench, inoubliable interprète du personnage de « M » dans la saga James Bond, a rendu public dès 2012 son combat quotidien contre une DMLA avancée. Avec beaucoup de franchise au micro des médias de son pays, elle a expliqué comment la perte de sa vision centrale l'empêche de lire directement les scénarios ou de discerner distinctement les visages des personnes qui l'entourent. Refusant d'abandonner sa passion artistique, elle mémorise ses dialogues grâce à la lecture à voix haute effectuée par ses proches. Son témoignage a largement sensibilisé le grand public au fait que la préservation de la vision périphérique permet de poursuivre une vie active, sociale et professionnelle épanouie malgré les contraintes de la basse vision.