Diabète gestationnel : tout savoir sur le diabète de grossesse

Certifié par nos experts médicaux MedisiteQue vous ayez ou non des antécédents, un diabète peut se développer durant la grossesse. C’est ce qu’on appelle le diabète gestationnel. Comment se déclare-t-il et comment le traiter ? Le diagnostic fait-il partie des examens obligatoires de la grossesse ? Toutes les réponses à vos questions avec le professeur Vergès, diabétologue.

Définition : qu'est-ce que le diabète gestationnel ?

Le diabète gestationnel ou diabète de grossesse se traduit par un excès de sucre dans le sang entraînant une hyperglycémie plus ou moins sévère chez la femme enceinte

Selon la Fédération Française des Diabétiques, sous le terme de diabète gestationnel, on regroupe deux populations différentes : 

  • Les femmes qui ont un diabète méconnu et que la grossesse va révéler
  • Les femmes qui développent un diabète uniquement à l’occasion de la grossesse, trouble qui disparaît le plus souvent après la grossesse.

Le diabète de type 2 se développant silencieusement au début, un taux élevé de glucose pendant la grossesse peut aussi être lié à un diabète de type 2 méconnu avant la grossesse. Mais il s’agit là davantage d’un diabète pré-gestationnel, différent de celui qui survient uniquement durant la grossesse que l’on appelle diabète gestationnel. Dans ce dernier cas, le diabète disparaîtra après l’accouchement contrairement à celui de type 2.

Le diabète gestationnel expose à la fois la mère et l’enfant à des risques multiples et doit faire l’objet d’une surveillance. Car, le glucose, présent en excès dans le sang maternel, traverse le placenta et passe chez le fœtus, accélérant sa croissance pondérale. Le nouveau-né aura donc un risque accru de souffrir de macrosomie fœtale (poids de naissance supérieur à 4 kg) rendant l’accouchement plus difficile.

Le diabète gestationnel en France : chiffres clés

En France métropolitaine, le diabète gestationnel a été diagnostiqué chez 8 % des grossesses  en 2012   contre 3,8% en 2004. La prévalence du diabète gestationnel a tendance à augmenter. Dans la majorité des cas, le diabète gestationnel disparaît après la grossesse mais il peut aussi installer un diabète de type 2 quelques années plus tard.

Quels sont les symptômes du diabète gestationnel ?

« Généralement, il n’y a pas de symptôme, c’est pourquoi il existe un  dépistage systématique », précise le professeur Vergès. Toutefois, s’il est souvent asymptomatique, quelques femmes enceintes pourront rencontrer les mêmes signes que les personnes atteintes de diabète de type 1 ou 2. A savoir :

  • une sensation de soif intense ;
  • une envie d’uriner très fréquente ;
  • une asthénie (fatigue importante).

Une sensation de malaise général ou des pertes de connaissance peuvent aussi constituer des signes.

Photo : le diabète gestationnel peut entraîner une soif anormale

Photo : le diabète gestationnel peut entraîner une soif anormale© Adobe Stock

Les causes du diabète gestationnel 

La grossesse est une situation durant laquelle une résistance à l’insuline à l’insuline peut se développer. Le pancréas qui produit l’insuline, hormone vitale pour le contrôle du métabolime du glucose, peut être défaillant au cours de la grossesse avec pour conséquence une production d’insuline insuffisance pour contrecarrer la résistane à l’insuline observér au cours de la grossesse. Cette défaillance du pancréas entraîne alors une hyperglycémie. Au départ, le taux de glucose est surtout anormalement élevé après les repas. On parle alors d’hyperglycémie postprandiale. Au fil des semaines de grossesse, la glycémie grimpe également même lorsque la future maman est à jeun.

Facteurs de risque du diabète gestationnel

Les facteurs favorisant le diabète gestationnel sont multiples. On retrouve notamment :

  • Le surpoids. Un IMC élevé supérieur à 25 kg/m2 augmente le risque.
  • Les grossesses tardives à plus de 35 ans.
  • Les antécédents familiaux de diabète de type 2.
  • L’origine ethnique. Les femmes africaines, maghrébines et asiatiques sont globalement plus touchées.
  • Des troubles gynécologiques hormonaux comme le syndrome des ovaires polykystiques.
  • La sédentarité.
  • Le fait d’avoir déjà accouché d’un enfant de plus de 4 kilos.
  • Le fait d’avoir déjà fait un diabète gestationnel lors d'une précédente grossesse. Le risque de récidive varie de 30 à 84 %.

A noter : l’absence de risque significatif ne veut pas dire que la future maman ne fera pas de diabète gestationnel.

Diabète gestationnel : quelles sont les femmes enceintes à risque ?

Parmi les personnes à risque, on retrouve : 

  • Les femmes venant du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et d’Asie ont un risque plus élevé que les femmes caucasiennes.
  • Celles ayant déjà eu un diabète gestationnel ou ayant déjà accouché d'un gros bébé.
  • Les femmes de plus de 35 ans.
  • Les personnes sédentaires.
  • Celles ayant des antécédents familiaux de diabète.

Photo : le risque de diabète gestationnel est plus ou moins élevé selon l'origine de la mère

Photo : le risque de diabète gestationnel est plus ou moins élevé selon l'origine de la mère© Istock

Quand disparaît le diabète gestationnel ?

S’il s’agit d’un diabète gestationnel et non pré-gestationnel, il disparaît dans la quasi-totalité des cas après l’accouchement.

Contagion

Il ne s’agit pas d’une pathologie contagieuse. En revanche, les risques sont bel et bien réels pour l’enfant à naître.

Qui, quand consulter ?

En cas d’antécédents (personnels ou familiaux), il est indispensable d’en parler à son gynécologue, et si possible avant d’envisager une grossesse, afin d’avoir un suivi accru. Si des signes parlants apparaissent (soif ou mictions excessives) pendant la grossesse, il faut consulter rapidement

« Mis à part quelques femmes qui passent entre les mailles du filet, le dépistage est aujourd’hui systématique », précise le diabétologue.

Diagnostic du diabète pendant la grossesse : le test HPVO

Pour diagnostiquer le diabète gestationnel chez une femme enceinte à risque, le médecin peut prescrire :

  • La mesure de la glycémie à jeun (au premier trimestre) ;
  • Et/ou un  test de charge en glucose HGPO (Hyperglycémie Provoquée par Voie Orale). Il est réalisé au 2e trimestre de grossesse, « en général entre la 24e et la 28e semaine de grossesse puisque c’est à ce moment-là que les anomalies sont les plus importantes », indique le spécialiste.

Le test HGPO consiste à administrer à la femme enceinte une dose de 75 g de glucose.  Pratiqué au sein d'un laboratoire d'analyses médicales, le test HPGO prévoit trois mesures glycémiques distinctes : à jeun, 1 heure et 2 heures après l'absorption du liquide sucré. 

Les seuils des tests de charge orale en glucose (HGPO) de 75 g, sont : 

Seuils des tests de charge orale en glucose (HGPO) de 75 g
ConsommationSeuil
À jeun0,92 g/l
1 heure après l’ingestion1,80 g/l
2 heures après l’ingestion1,53 g/l

Selon les valeurs indicatives, le taux de glycémie est jugé normal lorsqu'il est :

  • inférieur à 0,92 g/l pour la glycémie à jeun 
  • inférieur à 1,80 g/l pour la glycémie à 1 heure après l’ingestion
  • inférieur à 1,53 g/l pour la glycémie à 2 heures après l’ingestion

En effet, un taux supérieur à 0,92g/L à jeun, ou à 1,80g/L 1h après la charge orale en glucose, ou encore à 1,53g/L 2h après, indique un diabète gestationnel.

Un dépistage obligatoire pour les femmes enceintes à risques

Si la future mère présente de antécédents et un risque élevé de développer un diabète gestationnel, elle sera soumise à un premier test de glycémie à jeun au premier trimestre. Il est d’ailleurs préférable qu’il soit réalisé avant la conception pour déceler un éventuel diabète de type 2, installé avant la grossesse. C’est pourquoi, en cas de risque majeur, il ne faut pas hésiter  à parler de son désir d’enfant à son médecin.

Quelles sont les complications et conséquences du diabète de grossesse ?

Les complications peuvent à la fois toucher la future maman et l’enfant. En effet, ce dernier va stocker l’excès de sucre produit par sa mère.

Quelles sont les conséquences et complications pour la mère ?

Pour la mère, des complications peuvent apparaître durant la grossesse, pendant l’accouchement, mais également des années après la naissance. Elle sera en effet plus susceptible :

  • D’avoir une pré-éclampsie, anciennement appelée toxémie gravidique. Cette pathologie touche 2 à 3 % des femmes enceintes. Elle est accompagnée d’une prise de poids, d’une hypertension artérielle et d’œdèmes. Tous ces troubles peuvent affecter les reins, le foie et le cerveau et augmentent le risque d’AVC. Elle peut se compliquer en éclampsie, une urgence vitale se traduisant par des crises de convulsion.
  • D’avoir un bébé pesant plus de 4 kilos à la naissance. On parle de macrosomie. Le fœtus stocke le glucose, ce qui augmente sa croissance. Cela accroît également le risque d’accouchement par césarienne et « d’accouchement difficile », précise le professeur Vergès.
  • D’accoucher prématurément selon la gravité du diabète gestationnel.
  • De développer un diabète de type 2 après la grossesse. En effet, ce risque est multiplié par 7 après un diabète gestationnel.
  • Enfin, le risque de récidive de diabète lors d’une prochaine grossesse est plus important.

Quels sont les riques pour l’enfant à naître ?

« Si l’on ne traite pas le diabète gestationnel, le risque pour l’enfant est d’avoir un poids trop important. Il existe aussi un risque de complications néonatales et de malformations », détaille le diabétologue.

Qu'est-ce que la dystocie des épaules ?

Produit en quantité plus importante, le glucose est transmis au fœtus, qu’il va stocker dans ses organes. Ainsi, le poids et la croissance de l’enfant à naître dépassent les valeurs normales provoquant une macrosomie (poids à la naissance supérieur à 4kg). Or, cette affection peut rendre plus difficile l’accouchement, et causer une dystocie des épaules (celles-ci restent bloquées dans le bassin de la mère durant l’accouchement alors que sa tête est déjà sortie). Cela peut entraîner notamment une fracture de la clavicule. Aujourd’hui, le risque vital dû à une asphyxie du nouveau-né est extrêmement faible.

Quel est l'impact de la pré-éclampsie chez l’enfant ?

Chez le fœtus, la prééclampsie de mère peut être à l’origine :

  • d’un retard de croissance ;
  • de troubles du rythme cardiaque.

Quelles sont les autres complications pour le bébé ?

Un diabète gestationnel peut également augmenter les risques suivant chez l’enfant :

  • une détresse respiratoire à la naissance ;
  • une hypoglycémie néonatale ;
  • l’apparition d’un diabète de type 2 plus tard. 

Quels sont les traitements du diabète gestationnel ?

Le traitement repose sur trois éléments clés indique le diabétologue. « Il passe par une alimentation moins sucrée, le contrôle de la glycémie capillaire, et un traitement par insuline si nécessaire », précise-t-il. Pour une prise en charge adaptée, la future maman sera suivie par différents médecins spécialisés (gynécologue, diabétologue ou médecin généraliste et un nutritionniste).

L'autosurveillance de la glycémie au cours d'un diabète de grossesse

Afin de contrôler au mieux sa glycémie, la future maman doit mesurer son taux de glucose plusieurs fois par jour (4 à 6 fois). Elle devra alors présentée un taux inférieur à 0.95g/L à jeun et à 1,20g/L pour la glycémie post-prandiale (une à deux heures après le repas). Au-delà de ces valeurs cibles, un traitement par insuline sera nécessaire.

Le régime alimentaire de la femme enceinte diabétique : que manger ?

Le premier traitement est la prise en charge diététique avec régime alimentaire adapté et contrôle du poids, en calculant le niveau de glucose apportant par chaque plats et collation. Le traitement consiste aussi à privilégier des aliments à faible index glycémique, à fractionner les repas.

L’activité physique régulière

Si l’état de la future maman ne présente pas de contre-indications médicales particulières, elle devra suivre une activité physique régulière. Une recommandation aussi bien valable en cas de prédiabète (installé avant la grossesse) ou de diabète gestationnel.

Le traitement par insuline

En cas d’échec thérapeutique, et si les précédentes recommandations ne sont pas suffisantes, un traitement par insuline sera mis en place. A noter que l’insuline ne traverse pas le placenta. Le médecin proposera donc une insulinothérapie. Elle consiste à une injection d’insuline avant chaque repas si les glycémies postprandiales (post repas) sont supérieures à la normale et une insuline de base au coucher si la glycémie à jeun est élevée.

En raison du risque du passage à travers la barrière placentaire, les antidiabétiques oraux ne sont pas encore autorisés. Toutefois, dans une étude publiée en 2017, la revue Cochrane précisait qu’« il existe très peu de différences » entre le traitement par injections d'insuline et le traitement par antidiabétiques oraux. Mais d’autres recherches sont nécessaires pour voir si ces « thérapeutiques sont aussi sûres et efficaces que l'insuline ».

Prévenir le diabète gestationnel

Si manger équilibré et pratiquer une activité physique de manière régulière est recommandé pour rester en bonne santé, il est encore plus important d’appliquer ces préconisations durant la grossesse pour éviter la survenue d’un diabète gestationnel. En cas d’antécédents, ne pas hésiter à en parler à son médecin avant de débuter une grossesse, pour un suivi adapté.

Comment limiter les risques de diabète de type 2 après la grossesse ?

Le conseil du professeur Vergès, diabétologue :

L’un des principaux risques pour la mère ayant développé un diabète gestationnel pendant sa grossesse étant l’apparition d’un diabète sucré (de type 2) plus tard, le docteur Bruno Vergès recommande aux femmes concernées d’éviter tout surpoids et de pratiquer une activité physique régulière. « Des études montrent que la combinaison de la réduction pondérale et de l’activité physique diminue de 60 % le risque de développer un diabète quelques années après », explique le spécialiste.

Sites d’informations et associations