Depuis le début de l’épidémie, la prise d’anti-inflammatoires, tels que l’ibuprofène ou la cortisone, est vivement déconseillée si l’on souffre de Covid-19. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait d’ailleurs tweeté une mise en garde le 14 mars dernier, indiquant que ces médicaments pourraient être "un facteur d’aggravation de l’infection”.

Un avertissement que l’on retrouve sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé, dans sa rubrique consacrée au nouveau coronavirus. "De manière générale, l’automédication par anti-inflammatoires doit être proscrite. De plus, il semblerait que les anti-inflammatoires non stéroïdiens pourraient être un facteur d’aggravation de l’infection", peut-on y lire.

L’ibuprofène dangereux ? Une "fake news", selon des chercheurs

Mais depuis, plusieurs études ont montré que la prise d’ibuprofène en cas de Covid-19 n’augmente pas les risques de complications ou de décès. Dans un article publié en juillet dans Misinformation Review, de la Harvard Kennedy School, le Dr Sergi Xaudiera et le Pr Ana S. Cardenal qualifie même cette idée de "fake news”, et montrent comment celle-ci s’est propagée à travers cinq pays européens.

"Dans cet article, nous nous concentrons sur un exemple de récit alternatif apparaissant en Allemagne et diffusé dans différents pays européens du 11 au 24 mars. Ce récit recommandait d'éviter l'utilisation de l'ibuprofène pour traiter la Covid-19, et a même averti que sa consommation augmentait la mortalité chez les patients, alors qu'en fait aucune preuve scientifique existante ne soutenait tout cela", écrivent les chercheurs.

"Ce qui fait que cette histoire se démarque, c'est que le ministre français de la Santé, Olivier Véran, a été l'un de ses principaux promoteurs. Le 14 mars, il a posté un tweet déconseillant aux patients l'utilisation de l'ibuprofène, car des recherches préliminaires avaient souligné les risques associés. Ce message a déclenché une réaction immédiate, qui a considérablement étendu sa portée".

Plusieurs études montrent l’absence de risque supplémentaire

À l’occasion d’une conférence organisée par le laboratoire Zambon (qui commercialise des médicaments à base d’ibuprofène) ce mardi, Nicholas Moore, spécialiste en pharmacovigilance et en cardiologie, explique :

"Depuis mars, on a bien avancé. Une bonne dizaine d’études ont été faites. Est-ce que les AINS augmentent le risque d’attraper la Covid-19 ? Non. Est que, quand on est positif, on a davantage de risques d’avoir une forme grave ? On a neuf études qui montrent qu’il n’y a pas de risque supplémentaire de décès”.

Le scientifique cite notamment une étude britannique, publiée le 14 août et menée auprès de 2 millions de personnes. Dans son paragraphe de conclusion, on peut lire qu’il n’y a "aucune différence de risque de décès lié à la Covid-19 associée à l’utilisation actuelle des AINS, par rapport à la non-utilisation”. Attention toutefois, cette étude a fait l’objet d’une prépublication, mais n’a pas encore été validée par des pairs.

Par ailleurs, dans un document sur la prise en charge clinique de la Covid-19, publié le 27 mai 2020, l’Organisation Mondiale de la Santé cite bien l’ibuprofène comme possible traitement de la douleur et de la fièvre liées à la maladie.

Ibuprofène : les ventes ont chuté en pharmacie

Pourtant, l’Agence nationale de la sécurité du médicament et le ministère de la Santé continuent à déconseiller son usage.

D’après Nicholas Moore, cette mise en garde serait infondée. "On voit que l’immense majorité des études montre qu’il n’y a aucun risque à prendre des AINS, une seule montre une augmentation du risque et deux une protection, ce qui est compatible avec l’effet anti-inflammatoire dans une maladie, la Covid-19, qui provoque une inflammation pulmonaire”, explique-t-il, ajoutant "qu’aucun autre pays à part la France n’a émis une vigilance sur l’ibuprofène”.

Confrontés à une lourde chute des ventes de cet anti-inflammatoire depuis le début de l’épidémie en France (jusqu’à -80 %), les laboratoires pharmaceutiques et les officines militent en faveur d’un changement de discours, de la part des autorités sanitaires. De même que certains médecins. "Mais c’est difficile, une fois que c’est installé, de modifier ce discours”, regrette l’expert.

Si la prise d’anti-inflammatoires ne semble finalement pas aggraver l’infection au coronavirus, rappelons toutefois que ces médicaments ne sont pas anodins. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils ne sont plus en libre-service dans les pharmacies. Découvrez les contre-indications à connaître dans ce précédent article.

Sources

Ibuprofen narratives in five European countries during the COVID-19 pandemic, Misinformation Review, 6 juillet 2020. 

Coronavirus : L’ibuprofène est-il réellement dangereux face au Covid-19 ?, 20minutes, 3 novembre 2020. 

Clinical management of COVID-19, OMS, 27 mai 2020.;

OpenSAFELY: Do adults prescribed Non-steroidal anti-inflammatory drugs have an increased risk of death from COVID-19?, medRxiv, 14 août 2020. 

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