Coronavirus : l'essai Discovery est-il un fiasco ?

L'essai clinique Discovery, portant sur quatre traitements contre le Covid-19, devait à l'origine présenter ses premiers résultats fin avril. Or, depuis, la recherche n'avance pas. On vous explique pourquoi.
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Il était plus qu'attendu. Mais l'essai Discovery déçoit bon nombre de spécialistes. Lenteurs pour enrôler des patients, coopération européenne qui patine… Presque deux mois après son lancement, Discovery est qualifié de "fiasco" par certains spécialistes. On fait le point sur les raisons de ce désamour.

Essai clinique Discovery : un projet trop ambitieux ?

Derrière le mot étrange "Discovery" se cache un essai clinique européen très attendu. Evolutif et mené à grand échelle, tous les espoirs reposent sur lui pour traiter les malades Covid-19 atteints d'une forme sévère du virus.

Dans cet essai coordonné par l'Inserm, expliqué de manière simple par le gouvernement dans cette vidéo, l’hydroxychloroquine est évaluée, aux côtés du remdesivir, du lopinavir et du ritonavir, ces deux derniers associés ou non à l’interféron bêta.

Il s’agit d’un essai randomisé ouvert : c'est-à-dire que le choix du traitement pour chaque patient a lieu de façon aléatoire, mais patients et médecins savent quel traitement est utilisé.

Mais malgré ses allures d'essai "d'envergure", Discovery rencontre de nombreuses difficultés. Celui-ci ressemble même de plus en plus à un "fiasco européen" selon de nombreux chercheurs.

D'après Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Bichat (Assistance publique-Hôpitaux de Paris, AP-HP) interviewé par Le Monde, c'est une catastrophe :

"Franchement, Covid et l’Europe, c’est un échec ! Chaque pays a travaillé pour lui, et on a beaucoup de mal à coopérer. Seul le Luxembourg nous a rejoints…", déplore l'infectiologue.

Pour lui, il serait essentiel d'avoir un réseau européen pour disposer de résultats à grande échelle plus rapidement.

Un nombre de patients insuffisants

Les chercheurs tablaient sur 3 200 patients en Europe, dont au moins 800, gravement atteints par le Covid-19, en France. Mais aujourd'hui, nous en sommes très loin : seuls 740 malades se sont portés volontaires.

Or, d'après les estimations des méthodologistes de l'essai, pour s'assurer de l'efficacité ou non d'un traitement, "il faudrait au moins 600 patients par bras", c'est à dire par traitement testé.

"Bref, il faut des études bien faites sur un grand nombre de patients. C’est impossible de se baser sur des impressions, des intuitions et des petits groupes de patients, même si on est une sommité !", rappelle Dominique Costagliola, épidémiologiste à l’Inserm dans le média Les Jours.

Ce nombre trop faible de patients peut s'expliquer en partie par le fait que l'hydroxychloroquine a été ajoutée au dernier moment au programme européen.

En effet, comme le raconte le média, la popularité de cette molécule pourrait avoir un effet contre-productif sur l'avancée de la recherche.

Les chercheurs peinent à attirer de nouveaux participants puisque les patients qui acceptent d'être des cobayes s'exposent au risque de recevoir des soins standards (placebo), et non la molécule. Au vu de la réputation de l'hydroxychloroquine, les malades ne sont donc pas "prêts" à recevoir un simple placebo.

Autre déception, cette fois-ci au niveau européen : l'essai, qui devait être lancé dans 7 pays, n'a finalement pas atteint ses promesses : un seul patient seulement a été inclus hors de France, au Luxembourg, a reconnu l'infectiologue Florence Ader, qui pilote l'étude.

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