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Les personnes fragilisées sont plus à risque de connaître une forme grave de la Covid-19. Notamment celles qui sont âgées ou affectées par des maladies chroniques comme le diabète ou l’obésité.

Pour protéger ces Français, le président de la république Emmanuel Macron a annoncé le 29 avril que tous les individus de plus de 18 ans "qui ont une surcharge pondérale sérieuse" - c’est-à-dire ayant un indice de masse corporelle est supérieur à 30 (IMC) - et une comorbidité pourront se faire vacciner à compter du 1ᵉʳ mai 2021.

"J’invite les 2,3 millions de Français concernés à se rendre dans les centres de vaccination dès ce week-end", a-t-il ajouté.

Interrogé sur le sujet par France Info ce 30 avril, le ministre de la Santé, Olivier Veran, a précisé que l'élargissement de la campagne ne vise pas que ceux qui souffrent d'obésité. "Les personnes de plus de 18 ans qui présentent des comorbidités comme de l'hypertension, du diabète, de l'insuffisance rénale, cardiaque ou des cancers" peuvent aussi recevoir l'injection.

Coronavirus : l’obésité favorise l’apparition de graves complications

Dans un avis provisoire du 14 mars 2020, le Haut Conseil de la Santé Publique listait déjà, parmi les patients à risque de développer une forme sévère de Covid-19, “les personnes présentant une obésité morbide – (indice de masse corporelle > 40kg/m² : par analogie avec la grippe A(H1N1)”. Une définition que l’on retrouve désormais sur le site du ministère de la Santé.

“Selon les recommandations officielles, les personnes qui ont un IMC supérieur à 40 kg/m2 peuvent se mettre en arrêt de travail, car elles sont considérées comme à risque”, explique le Dr Wiliam Berrebi, gastro-entérologue, hépatologue et auteur du podcast "Merci Docteur !". “Toutefois, cette situation ne concerne que les obèses morbides, le seuil choisi est donc assez élevé”.

L’expert ajoute qu’en “réanimation, on estime que le risque de complications est déjà important pour un IMC supérieur à 35 kg/m2, surtout si le patient a une autre pathologie chronique, comme la bronchopneumopathie. Et je pense que tout patient obèse, donc avec un IMC supérieur à 30 kg/m2, doit être considéré comme potentiellement à risque d’une infection plus complexe”.

Qu’est-ce que l’IMC ?

Pour rappel, l’indice de masse corporelle est un indicateur de corpulence pour les adultes de 18 à 65 ans. Il est utilisé par l’Organisation Mondiale de la Santé pour établir une classification standard de référence en matière de surcharge pondérale. Il est toutefois également important de surveiller son tour de taille, dans la mesure où un excès de graisse abdominale augmente le risque de maladies cardiovasculaires.

Voici les valeurs de références, établies par rapport à l’IMC (exprimé en kg/m2) :

  • IMC inférieur à 18,5 : insuffisance pondérale.
  • IMC compris entre 18,5 et 24,9 : corpulence normale.
  • IMC entre 25 et 29,9 : surpoids.
  • IMC égal ou supérieur à 30 : obésité.
  • IMC supérieur à 40 : obésité morbide.

La majorité des jeunes patients en réanimation est obèse

En France, le nombre de personnes en surcharge pondérale parmi les cas graves de Covid-19 semble très important. Yazdan Yazdanpanah, chef du service maladies infectieuses à l’hôpital Bichat à Paris, a indiqué au Figaro que “plus de 80 % des moins de 50 ans qui se trouvent en réanimation chez nous à cause du Covid-19 sont obèses”.

Même constat dans le Sud : Hervé Quintard, anesthésiste réanimateur au centre hospitalier universitaire (CHU) de Nice, a expliqué au Monde que “parmi [leurs] 40 patients, 95 % sont en surpoids ou obèses, avec souvent une hypertension artérielle et un diabète associés”. À Montpellier, près de 50 % hospitalisés en réanimation au début de l’épidémie étaient sévèrement obèses.

Pourquoi l’obésité contribue à aggraver l’infection à coronavirus ?

Pourquoi l’obésité contribue à aggraver l’infection à coronavirus ?© Istock

“Le surpoids et l'obésité sont souvent associés à des difficultés respiratoires et pulmonaires. Il peut exister un essoufflement à l'effort, une diminution des capacités respiratoires, un syndrome d'apnée du sommeil”, peut-on lire sur le site du Centre de l’Obésité et du Surpoids Grenoble-Sud. Un lien de causalité est également probable entre l’obésité et l’asthme, complète la Revue médicale Suisse. En diminuant les capacités respiratoires, elle peut donc rendre plus vulnérable au virus.

Un point confirmé par le Dr Berrebi. “Le Covid-19 est potentiellement plus sévère en cas de difficultés de ventilation. Or, un obèse respire moins bien ; si on lui demande de courir 50 mètres il va être essoufflé”. En effet, la capacité à l’effort des personnes en surcharge pondérale est diminuée, et leur saturation en oxygène est légèrement inférieure à la normale. “Si on ajoute une infection pulmonaire par-dessus, elle va s’aggraver plus vite”.

L’obésité augmente le risque de comorbidités associées

En outre, un fort surpoids augmente aussi le risque de diabète, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires. Or, toutes ces pathologies font partie des comorbidités les plus fréquemment observées chez les cas graves de Covid-19. En plus d’être un facteur de risque en soi, l’obésité favorise également d’autres facteurs, qui peuvent être conjoints.

“L’obésité est également un facteur de risque de maladies du foie, comme la fibrose ou la cirrhose du foie” ajoute le Dr Berrebi. “Certains patients souffrent d’une pathologie hépatique sans le savoir et, s’ils se retrouvent en réanimation suite à une infection au coronavirus, elle peut se décompenser. Autrement dit, les complications de la cirrhose vont apparaître”.

Une personne obèse est également plus difficile à soigner

“Une personne obèse est plus difficile à intuber et à extuber”, souligne le gastro-entérologue et interniste. “Le poids au niveau de l’abdomen va gêner le travail du diaphragme”. Le spécialiste explique aussi que ces patients font plus de complications lorsqu’ils sont alités : thrombose veineuse profonde, infection urinaire, etc. “De manière générale, un obèse a davantage de problèmes infectieux en réanimation, et sa mortalité y est donc plus élevée”.

D’après le médecin, “il serait intéressant de vacciner les patients en obésité contre le pneumocoque - une recommandation déjà faite pour les diabétiques”. Le but : éviter une surinfection ou une co-infection. “Car si un diabétique ou un obèse fait une infection à Covid-19, plus une infection à pneumocoque, c’est dramatique”. Il précise que ce vaccin doit être effectué chez les personnes qui vont bien, sans symptôme de la Covid-19.

Coronavirus : un léger surpoids augmente-t-il les risques ?

Coronavirus : un léger surpoids augmente-t-il les risques ?© Istock

Les autorités sanitaires s’accordent à dire que l’obésité, et plus particulièrement l’obésité morbide, est un facteur de risque de complications du Covid-19. Mais qu’en est-il pour les personnes en simple surpoids ?

Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, a récemment déclaré que “l’obésité et même le surpoids peuvent devenir un facteur de risque d’infection sévère”. Il conseille donc aux “personnes en surpoids important qui signalent rapidement une détérioration de leur état clinique, et en particulier l’apparition de difficultés respiratoires”, d’être particulièrement vigilants.

72 % des cas graves sont en surpoids, au Royaume-Uni

Une étude menée par le centre de recherche britannique ICNARC semble montrer que même le surpoids constitue déjà un facteur de risque d’une forme sévère de Covid-19. Sur 775 patients dans un état critique, 231 avaient un IMC compris entre 25 et 30 (soit 34,4 %) et 208 un IMC entre 30 et 40 (soit 31 %). Enfin, 45 malades (6,7 %) avaient un IMC supérieur à 40. Autrement dit, 72,1 % des cas graves de Covid-19 au Royaume-Uni sont en surpoids ou obèses.

Ces données suggèrent que les patients en surpoids présentent déjà un risque élevé de complications. Toutefois, elles ne mettent pas en corrélation l’IMC des malades avec une éventuelle comorbidité ou encore leur âge - toutes ces données sont simplement listées de façon indépendantes les unes des autres. Elles ne permettent donc pas de déterminer le nombre de personnes pour lesquelles le surpoids était le seul facteur de risque de se retrouver en réanimation.

Le surpoids, un danger seulement en cas de comorbidité

Le Dr Berrebi tempère, lui aussi, ces chiffres. “Pour les personnes en surpoids modéré sans pathologie associée, instinctivement, je ne vois pas pourquoi il y aurait un risque plus élevé de complications. Sauf en cas de comorbidité, bien sûr, puisque si on additionne plusieurs facteurs, on augmente le risque. Une personne en surpoids, hypertendue et fumeuse, par exemple, est plus exposée à d’éventuelles complications. Mais au niveau des recommandations sanitaires, le surpoids isolément ne semble pas aggraver le Covid-19”.

Sources

Merci au Dr William Berrebi, gastroentérologue, hépatologue et auteur du podcast "Merci Docteur !". 

Coronavirus : "Il faut que la population se réveille", "chacun va être un acteur de cette guerre", estime le Pr Druais, France Info, 13 mars 2020. 

Avis provisoire : Patients à risque de formes sévères de COVID-19 et priorisation du recours aux tests de diagnostic virologique, Haut Conseil de la Santé Publique. 

Pathologies pulmonaires et obésité, Centre de l'Obésité et du Surpoids Grenoble-Sud. 

Obésité et pathologie respiratoire, Revue médicale Suisse, 2008. 

Report on 775 patients critically ill with COVID-19, ICNARC. 

Coronavirus : l’obésité, facteur de risque majeur chez les jeunes, Le Figaro, 1er avril 2020. 

Coronavirus : les personnes obèses représentent une proportion très élevée des patients en réanimation en France, Le Monde, 7 avril 2020. 

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