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Sang dans les selles : un signe d’hémorroïdes ou de cancer colorectal

Le docteur Philippe Godeberge, hépato-gastro-entérologue, est formel : la présence de sang dans les selles exige une consultation chez un médecin, même lorsque cela n’arrive qu’une fois. "Le plus souvent, il s’agit d’une simple maladie hémorroïdaire", explique-t-il. Bien qu'inconfortable, celle-ci est bénigne. "Mais c’est un diagnostic d’élimination qui ne peut être retenu qu’après avoir formellement éliminé un cancer du rectum, du côlon ou de l’anus."

Les selles sanglantes sont en effet un symptôme de cancer colorectal. Selon l’Institut national du cancer (INCa), elles se caractérisent par des excréments "recouverts ou mêlés de sang rouge clair ou très foncé", ou encore de couleur noire "si le sang est digéré dans le côlon". Mais il est impossible à l’œil nu de les distinguer des saignements dus aux hémorroïdes : "Le problème, c’est que les associations sont possibles, c’est-à-dire qu’une constipation liée à un cancer du côlon fait saigner des hémorroïdes. Du coup, il faut détecter le saignement tumoral masqué par l’importance du saignement hémorroïdaire."

Si la consultation est nécessaire en cas de saignements, le Dr Godeberge tient à rassurer les patients et précise : "Cela ne débouchera pas nécessairement sur des explorations comme une coloscopie. C’est le médecin, par son examen, son analyse clinique, la mesure des antécédents, l’âge du patient, etc., qui va d’abord pouvoir distinguer les deux maladies puis donner la marche à suivre."

Sang dans les urines : un cancer de la vessie ou de la prostate

La présence de sang dans les urines (hématurie) est également un symptôme qui "nécessite une analyse médicale", affirme le Dr Godeberge. Si elle s’explique le plus souvent par le développement d’une infection urinaire (en général, la cystite chez la femme et la prostatite chez l’homme), elle peut aussi être le signe d’un cancer de la vessie ou de la prostate.

Selon la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer, l’hématurie est en effet retrouvée chez 90% des patients atteints d’un cancer de la vessie. Dans ce cas, elle apparaît généralement à la fin de la miction et peut être plus ou moins foncée. Il est donc là encore "recommandé de consulter systématiquement un médecin dès la première hématurie repérée".

Diarrhée chronique : un symptôme de maladie inflammatoire chronique de l’intestin

Autre signe qui peut interpeller aux toilettes : l’apparition brutale d’une diarrhée chronique, "c’est-à-dire faire des selles liquides au moins trois fois par semaine pendant plus de trois mois, d’autant plus si elles s’accompagnent d’une perte de poids, de fièvre et de douleurs abdominales", alerte le Dr Godeberge. Il peut alors s’agir d’une manifestation d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI) : les MICI, qui regroupent la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, se caractérisent par "l’inflammation de la paroi d’une partie du tube digestif". Douloureuses et handicapantes, elles évoluent par poussées. Elles sont le plus souvent diagnostiquées chez des sujets jeunes, âgés entre 20 et 30 ans.

A noter : les MICI sont associées à un risque accru de cancer colorectal. Selon une étude danoise, ce risque serait multiplié par 2 à 2,5 après dix ans d’évolution de la maladie. S’il n’existe à ce jour aucun traitement curatif, des traitements médicamenteux ou chirurgicaux permettent de la contrôler très efficacement.

Mictions fréquentes : un diabète ou une hypertension

Des envies fréquentes d’uriner ? Un véritable calvaire… à ne pas négliger. Ce phénomène, appelé polyurie, se définit par "le fait d’uriner très souvent des volumes normaux ou accrus, de jour comme de nuit", explique le Dr Godeberge. Le volume est considéré comme anormal lorsqu’il dépasse les trois litres d’urine par jour.

Dans un premier temps, la polyurie peut simplement être le résultat d’une consommation accrue d’eau et autres liquides. "Sinon, il faut se méfier du diabète", avertit l’expert. Mais comment expliquer ce lien ? "En cas de diabète, les urines sont sucrées et plus concentrées. Cela entraîne un appel d’eau, qui fait que le rein va en produire davantage. La personne va être déshydratée et va ainsi boire beaucoup pour compenser."

Autre maladie qui peut être en cause : l’hypertension artérielle. Une récente étude japonaise a montré que les personnes qui se lèvent la nuit pour uriner (nycturie) ont 40% de risques en plus de souffrir d’hypertension. Si ces résultats démontrent un lien entre la nycturie et l’hypertension, les chercheurs soulignent néanmoins que cela ne prouve pas qu’il y ait une relation de cause à effet.

Des selles difficiles à évacuer : une tumeur

Selon le Dr Godeberge, "des selles difficiles à évacuer et dont le calibre vous paraît diminué, c’est-à-dire qu’elles sont fines comme un crayon", sont des signes de constipation à surveiller, d’autant plus s’ils s’accompagnent "de saignements, de douleurs, d’un amaigrissement et d’une altération de l’état général" : "ce sont des symptômes dont il faut se méfier, car cela signifie qu’il y a un obstacle dans le côlon et que cet obstacle peut être une tumeur."

L’apparition de cette constipation est généralement soudaine, et s’aggrave au fil du temps.

Des urines foncées et mousseuses : une maladie hépatique en cause

Les urines sont également d’excellentes indicatrices du fonctionnement des reins, puisque ces organens assurent la filtration du sang et l’évacuation des déchets toxiques produits par l’organisme via les voies urinaires.

Si vous constatez qu’elles sont particulièrement foncées et un peu mousseuses, attention : "cela peut traduire une maladie hépatique", prévient le Dr Godeberge. Autre indice : une coloration jaune du blanc de l’œil.

"La couleur des urines peut précéder la couleur de la conjonctive. Cela signifie que l’on peut être en train de développer une hépatite a minima, ou une maladie du foie."

Des glaires dans les selles : un polype du côlon ou du rectum

Autre évacuation anormale qui peut interpeller : la présence de glaires dans les selles. "Celles-ci se présentent comme des sécrétions nasales ou du blanc d’œuf, explique le Dr Godeberge. Il faut savoir qu’il y a un certain pourcentage de la population qui a de façon régulière, mais en général intermittente, des glaires dans les selles ; dans ce cas, ce n’est pas grave. Mais si certaines personnes voient apparaître des glaires de façon très régulière, qui enrobent la selle, au point parfois de confiner à une pseudo-diarrhée, ce n’est pas normal."

Le risque ? La présence d’une tumeur, "pas forcément maligne, mais il peut s’agir d’un gros polype du côlon ou du rectum qui fabrique beaucoup de mucus, qui se dépose et finit par être évacué à la selle. Comme les saignements, cela nécessite une analyse médicale et potentiellement des examens complémentaires."

Selles et urines : à surveiller, sans psychoter !

Les selles et les urines sont donc bien plus pertinentes que vous ne le pensez : les surveiller permet de relever les signes d’alerte et de mettre les médecins sur des pistes pour établir un diagnostic. Mais dans quels cas s’avère-t-il vraiment utile d’y prêter attention, et comment ne pas sombrer dans la psychose ?

"On a un certain nombre de personnes qui ont une vigilance anormale de leurs évacuations, remarque le Dr Godeberge. C’est au-delà de la cinquantaine qu’il peut être particulièrement intéressant de jeter de temps en temps un œil pour vérifier que tout est normal. Et d’une façon générale, tout ce qui va constituer une modification brutale, récente et qui dure quelques semaines, de l’aspect et de la consistance des selles et des urines, doit alerter."

Sources

Remerciements au docteur Philippe Godeberge, hépato-gastro-entérologue.

"Cancer du côlon - symptômes". INCa.

"Cancers de la vessie : les symptômes et le diagnostic". Fondation ARC pour la recherche sur le cancer.

"Maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI)". Inserm.

mots-clés : Diabète
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