Cancer de la prostate : un nouveau traitement désormais remboursé en France

Publié par Edouard Korvaul
le 15/10/2026
cible sur une tumeur cancéreuse
Istock
Photo d'illustration
Depuis le 1er janvier 2026, l'Assurance maladie prend officiellement en charge le traitement du cancer localisé de la prostate par ultrasons focalisés de haute intensité. Une technique non invasive qui préserve la qualité de vie des patients, évitant incontinence et problème d’érection.
 

Avec près de 60 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année en France, le cancer de la prostate touche un homme sur six après 60 ans et provoque 9 200 décès par an selon les chiffres officiels. Jusqu'à présent, la prise en charge reposait principalement sur l'ablation chirurgicale complète de la protate ou la radiothérapie, deux approches associées à des effets indésirables durables. Une décision réglementaire vient modifier ce paysage thérapeutique pour des milliers de malades.

Une prise en charge officielle par l'Assurance maladie

La parution au Journal Officiel plus tôt cette année d'un arrêté ministériel acte la valorisation et le remboursement définitif de la technologie des ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU). Près de 20 000 hommes par an, soit environ 30 % des patients diagnostiqués, répondent aux critères de cette thérapie conservatrice. Cette mesure assure un accès aux soins sans reste à charge, aussi bien dans les hôpitaux publics que dans les cliniques privées.

Pour le Pr Sébastien Crouzet, urologue aux Hospices Civils de Lyon, cette évolution répond aux attentes du corps médical : « Le remboursement du traitement HIFU en France marque une avancée majeure dans la prise en charge du cancer de la prostate. Cette reconnaissance permettra à un plus grand nombre de patients d’accéder à une thérapie moins invasive, aux effets secondaires réduits par rapport aux traitements standard [...] Ce remboursement permettra d’élargir l’offre de soins du cancer de la prostate au niveau national, ce qui était très attendu par les patients et les urologues ».

Comment fonctionne la technologie des ultrasons robotisés ?

Le dispositif Focal One repose sur l'émission d'ondes acoustiques convergentes. En concentrant l'énergie thermique sur la zone tumorale, l'appareil génère une brusque élévation de température supérieure à 80 °C. Le tissu tumoral subit une nécrose ciblée, remplacée au fil des semaines par un tissu fibreux cicatriciel.

L'intervention dure entre 30 et 90 minutes en une séance unique, sous anesthésie générale ou loco-régionale. Guidé par la fusion d'images en temps réel entre l'échographie et l'IRM prostatique, le chirurgien pilote les tirs avec une précision millimétrique. Comme le souligne le Dr Antoine Faix, président de l'Association Française d'Urologie (AFU) : « Ce nouveau traitement constitue une désescalade thérapeutique, car il s’agit d’un traitement curatif ciblant la tumeur et non plus d’un traitement radical ciblant toute la prostate aux stades précoces de la maladie [...] Les conséquences urinaires et sexuelles, souvent redoutées par nos patients, sont significativement réduites ».

Étude HIFI : les preuves d'une efficacité équivalente

L'aval des autorités sanitaires repose sur l'essai clinique national HIFI, mené auprès de 3 328 patients suivis dans 46 établissements de santé sous l'égide de la Haute Autorité de Santé. Les résultats publiés démontrent l’efficacité de la méthode : le taux de survie sans traitement de rattrapage à 30 mois atteint 90 % avec l'HIFU contre 86 % pour la chirurgie radicale.

Sur le plan fonctionnel, l'écart reste marqué face aux séquelles habituelles de l'ablation complète, qui entraîne des fuites urinaires chez 20 à 40 % des opérés et des troubles de l'érection chez 30 à 90 % d'entre eux. Le Dr Guillaume Ploussard, premier auteur de la publication dans European Urology, résume l'impact de ces données : « L’étude HIFI, publiée en décembre 2024 dans European Urology, a été menée par l’Association Française d’Urologie, sous l’égide de la Haute Autorité de Santé. Elle confirme non seulement l’efficacité carcinologique de la technologie HIFU, mais également des résultats fonctionnels supérieurs à ceux de la chirurgie, même assistée par robot, dans les mêmes indications ».

Traitement par ultrasons : quels sont les patients éligibles à cette technique ?

L'indication de première intention concerne les hommes porteurs d'un adénocarcinome prostatique localisé de risque intermédiaire (stades T1-T2). Les praticiens recourent également à ce procédé lors d'une récidive locale constatée après l'échec d'une radiothérapie externe. Réalisée en ambulatoire ou avec une seule nuit d'hospitalisation, l'intervention raccourcit la convalescence et autorise un retour rapide à la vie active.

Puisqu'elle n'emploie aucun rayon ionisant, cette alternative ne compromet pas les choix thérapeutiques ultérieurs. Le Pr Pascal Rischmann, Investigateur principal de l'étude
HIFI et senior auteur de la publication, insiste sur cet atout : « Autres avantages de ce traitement par HIFU : il ne nécessite qu’une seule séance, est personnalisable selon la zone concernée et le volume à traiter, et ne coupe pas les ponts pour un autre traitement éventuel. Il présente également une toxicité moindre par rapport à une radiothérapie initiale lorsqu'il faut un traitement de rattrapage ». Une nouvelle séance d'ultrasons ou une chirurgie de recours demeurent tout à fait réalisables en cas de détection ultérieure de nouveaux foyers.

Afficher les sources de cet article
  • Dossier de presse Focal One
Voir les commentaires