Alzheimer : chanter ralentit la perte de mémoire

La musique pourrait soulager les symptômes de la maladie d’Alzheimer, comme en témoigne cette chorale américaine, composée uniquement de patients atteints de démence. Ces derniers ont constaté une nette amélioration de leur qualité de vie. Des bienfaits confirmés par des experts Français.
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Plusieurs études ont montré les effets bénéfiques de la musique et du chant sur la maladie d’Alzheimer. Des bienfaits confirmés par certaines expérimentations locales, comme cette chorale de Virginie du Nord, composée d’hommes et femmes de 55 ans et plus, atteints de divers types de démence.

Une chorale pour les patients atteints de démence

“C’est de la joie pure, ça me rend heureuse”, déclare Melinda Erdberg aux journalistes de la NBC, en reportage sur les lieux. Cette dernière aime chanter depuis aussi longtemps qu’elle se souvienne. Mais depuis quelque temps, sa mémoire décline, au même titre que celle de ses camarades des Sentimental Journey Singers.

En plus de leur permettre d’assouvir leur passion, la répétition hebdomadaire du groupe leur sert également de thérapie. “La musique est hébergée dans une partie différente du cerveau que celle qui est généralement affectée par la démence”, explique Rachel Thompson, accompagnatrice du groupe et musicothérapeute certifiée.

La musique aide les malades d’Alzheimer à se souvenir de certains mots

La musique aide les malades d’Alzheimer à se souvenir de certains mots© Istock

“Une personne atteinte de démence, qui n’arriverait pas à se souvenir de tous les mots qu’elle veut à un moment donné, pourrait y accéder plus facilement si ces derniers sont liés à la musique”, précise-t-elle. Et, de manière générale, cette activité peut aussi créer un lien puissant entre les patients et leurs proches.

Jeanne Kelly, fondatrice d’Encore Creativity for Adults, qui dirige la chorale, connaît bien l’impact que peut avoir la musique sur certains patients. "Ma mère était pianiste, et elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer à un stade avancé. Pourtant, elle pouvait s’asseoir et jouer", se souvient-elle.

C’est elle qui a eu l’idée de lancer le groupe de musique pour les patients atteints de déclin cognitif, après avoir remarqué que les membres les plus âgés de sa chorale rencontraient des difficultés pour se souvenir des paroles.

Cet art crée du lien entre les patients et leur entourage

Selon la Fondation Alzheimer, la musique a de nombreux effets positifs, qui réduisent les symptômes de la maladie. Elle réduit l’anxiété et l’agitation, aide à mieux communiquer avec son entourage, crée du lien, ravive les sentiments, réduit l’isolement social, stimule la créativité, renforce l’attention et favorise l’estime de soi.

C’est en observant les bénéfices de la musique chez des personnes touchées par le déclin cognitif que Capucine Demnard, autrefois productrice de musique classique, s’est orientée vers un doctorat en musicothérapie. “Quand on fait écouter de la musique à ces patients, il y a une grande joie, un sourire immense se dessine sur leur visage”, rapporte-t-elle.

“On observe également leurs muscles se détendre, l’angoisse et le non-savoir liés à la maladie s’apaisent, voire disparaissent ; d’autant que la musique libère de la dopamine”. La spécialiste, fondatrice de la méthode Vedacare, évoque aussi le lien social qui peut se créer dans ces moments. "Les patients se regardent vraiment, ils se sentent entourés. Ce qui peut paraître minime pour nous est exacerbé chez les Alzheimer, bien plus sensibles".

Alzheimer : la musicothérapie peut raviver le langage et la mémoire

Alzheimer : la musicothérapie peut raviver le langage et la mémoire© Creative Commons

Aires de Broca et de Wernicke - Auteur inconnu - Licence : domaine public

En outre, la musique peut permettre d’accéder à une mémoire ou un langage pourtant perdu. Le Dr Demnard se rappelle notamment d’un patient à qui elle avait fait écouter une chanson de Joe Dassin. "La mélodie lui a permis de raviver certains de ses souvenirs. Il s’est mis à pleurer, car elle lui donnait accès à un pan de sa vie qu’il avait oubliée".

Deux parties du cerveau entrent en jeu pour la parole et le langage : l’aire de Broca et l’aire de Wernicke. La musique, quant à elle, permet d’exciter d’autres parties de cet organe – voire toutes en même temps. "Elle permet donc de stimuler des zones du cerveau qui ne le sont plus, chez des patients atteints d’Alzheimer", précise la musicothérapeute.

"Un peu comme un kiné pour un muscle, la musique pourrait avoir cet effet de générer un fonctionnement positif dans le cerveau", compare, de son côté, la psychologue du Village Landais Alzheimer.

Des patients aphasiques se lèvent et se mettent à danser

Cela explique notamment qu’une personne qui ne peut plus parler, peut tout de même chanter et se rappeler par cœur des paroles. Convaincue des aspects positifs de la musique en cas de déclin cognitif, la psychologue dit avoir observé des patients d’ordinaire complètement aphasiques, se lever et se mettre à danser en imitant le chanteur pendant la phase d’écoute.

“Au-delà du côté neurologique, il y a le bénéfice plaisir de la musique, essentiel pour le malade”. Mais si elle permet de ralentir l'évolution de la maladie, et d'atténuer certains symptômes, la musique ne permet malheureusement pas d'en guérir. “Dès que la musique s’arrête, la personne aphasique ne parle plus", constate Capucine Demnard. "C’est très surprenant à observer en tant que thérapeute”.

La musique, facteur de plasticité cérébrale

Laura Ferreri, chercheuse en psychologie cognitive, s’est penchée sur l’intérêt neuroscientifique de la musique. Dans un article, publié dans la Revue internationale d’éducation de Sèvres en 2017, elle montre que cette dernière est capable de stimuler l’ensemble du cerveau, “induisant ainsi des changements neuronaux importants”. Elle serait un facteur de ce qu’on appelle la plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité de cet organe de modifier sa structure et sa fonction tout au long de la vie.

La chercheuse rappelle que “la musique et le langage partagent plusieurs ressources neuronales”, et que "grâce aux propriétés structurantes de la musique [...] il est plus facile d’apprendre des séquences chantées que des paroles. De même, les propriétés syntaxiques d’une structure musicale constituent un lien direct avec la langue".

Le pouvoir émotionnel et évocateur de la musique agit sur la mémoire

Elle donne également deux grandes explications, quant à ses capacités à booster la mémoire. D'une part, "la structure rythmique ainsi que l'organisation séquentielle des phrases musicales et des variations de mélodies peuvent jouer un rôle crucial dans la formation de la mémoire, par exemple en attirant l'attention des sujets sur les informations pertinentes à retenir". D'autre part, la musique possèderait un fort "pouvoir émotionnel et évocateur" : l'écouter pourrait faire ressurgir certaines émotions et souvenirs d'événements.

"Ensemble, les études analysées dans le domaine du langage, du mouvement et de la mémoire suggèrent que la musique est un bon outil de stimulation cognitive, capable de moduler la plasticité cérébrale et de stimuler un large éventail de performances cognitives", conclut l’auteure.

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Source(s):

‘It’s Just Joy’: Singing in Choral Group Helps People With Dementia, 18 novembre 2019, NBC Washington. 

Musique et plasticité cérébrale, Revue internationale d'éducation de Sèvres, 2017. 

Merci à la psychologue du Village Alzheimer, et au Dr Capucine Demnard, musicothérapeute. 

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