La solitude rétrécit votre cerveau, selon une étude

Une nouvelle analyse vient de se pencher sur les effets dévastateurs de la solitude. A priori, l’isolement social conduirait certaines parties du cerveau à se rétrécir, s’il dure plus d’un an. Etre seul peut freiner la stimulation cérébrale.
La solitude rétrécit votre cerveau, selon une étudeIstock

Un fléau encore mal connu, mais pourtant bien réel. En France, 5,5 millions de personnes souffrent de la solitude, d’après les chiffres communiqués en 2018 par Astrée (association engagée depuis plus de 30 ans contre l’isolement). Au total, 12 % de la population serait concerné par ce mal-être. Une étude réalisée par l’Institut BVA pour l’association Astrée apportait quelques chiffres sur la solitude : "c’est un problème important pour 8 Français sur 10, c’est même une expérience familière pour 6 sur 10. Peu importe le niveau social, l’éducation ou même l’âge…La solitude concerne tout le monde".

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Hélas, selon une nouvelle étude publiée au sein du New England Journal of Medicine, l’isolement social a des effets délétères sur le cerveau, "notamment en réduisant la génération de nouveaux neurones", précisent les chercheurs.

L’analyse a été menée sur des explorateurs en Antarctique, qui ont passé plus d’un an, isolés, sans interaction humaine (durant 14 mois). D’après les résultats, certaines parties de leur cerveau en sont arrivées à se rétrécir lorsqu’elles étaient exposées à la solitude pendant une certaine période.

Plusieurs zones du cerveau rétrécies après 14 mois de solitude

Etre seul pendant plus d’un an peut apparemment freiner la stimulation cérébrale. "Pour évaluer les effets de la privation physique et sociale sur l'hippocampe (structure jouant un rôle primordial dans la mémoire, ndlr), nous avons mené une étude impliquant des personnes ayant participé à des expéditions polaires, caractérisées par une monotonie environnementale et un isolement physique et social prolongé", a déclaré le chercheur en médecine spatiale Alexander Stahn.

Si les effets néfastes de la solitude avaient déjà été démontrés chez les animaux, cela n’avait pas encore mis en lumière chez l’Homme. D’où l’objet de l’étude. Neuf expéditeurs ont donc été étudiés avant et après 14 mois de solitude. Leurs cerveaux ont été analysés par IRM avant et après la mission.

L’hippocampe fortement impacté

Contre toute attente, le volume du gyrus denté de l’hippocampe avait considérablement diminué après les 14 mois. Zone primordiale puisqu’elle a un impact sur le développement cognitif : l’hippocampe est la partie du cerveau dont les fonctions principales s’apparentent à la mémoire et à l’apprentissage. En outre, d’autre régions ont été endommagées : il s’agit de la matière grise, qui joue un rôle majeur dans le traitement de l’information.

L’hippocampe fortement impacté

©Anatomy & Physiology, Connexions Web site. http://cnx.org/content/col11496/1.6/, Jun 19, 2013. OpenStax College

Les chercheurs notent aussi une réduction du facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF). Ce dernier affecte la mémoire, l’apprentissage et soutient également la survie et la régénération des neurones.

S’il y a besoin de faire des recherches complémentaires sur le sujet, les scientifiques peuvent d’ores et déjà affirmer que les interactions et espace de vie limité ont un impact sérieux sur le cerveau.

Quelles sont les causes de la solitude en France ?

Pour plus de la moitié des Français qui en sont victimes (58 %), c’est la mort qui est à l’origine de l’isolement. Le décès d’un conjoint ou d’un proche amène en effet bien souvent à se replier sur soi, toujours selon les données de l’association Astrée.

Pour d’autres, c’est une séparation ou un divorce qui conduit à la descente aux enfers. Par ailleurs, les problèmes de santé amènent aussi certaines personnes à s’isoler. Elles sont 25 % à être concernées par ce cas.

Enfin, le chômage ainsi que les difficultés financières conduisent aussi à la solitude. Il est, en effet, parfois difficile d’affronter le regard des autres lorsque l’on se sent en échec. Alors on préfère éviter les réunions, dîner, ou weekend… et toute activité impliquant une vie sociale.

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Source(s):

Brain Changes in Response to Long Antarctic Expeditions, New England Journal of Medicine, décembre 2019

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