Jusqu’ici, les recherches concernant la douleur étaient surtout faites sur des rongeurs mâles. Cela signifie que non seulement, ces recherches étaient basées sur des animaux et non sur l’être humain, créant un premier fossé. Mais en plus, elles n’impliquaient jamais de femelles alors que plusieurs éléments de la littérature scientifique montraient déjà que les femmes ne ressentaient pas la douleur de la même façon que les hommes.

Une équipe de scientifiques a donc décidé d’étudier le sujet et a découvert les mécanismes sous-jacents liés à ces différences. “Une approche biaisée par les hommes a dominé la recherche en neurosciences, y compris la douleur, généralement sans justification fournie”, soulignent-ils. Bien loin des clichés selon lesquels cela se passerait dans la tête, les femmes ressentent réellement la douleur de façon plus intense que les hommes.

Douleur inflammatoire chronique : des mécanismes neuronaux différents

“La prévalence et la gravité de la douleur chronique diffèrent selon le sexe”, ont expliqué les chercheurs. “Dans l'évaluation quantitative de la douleur induite expérimentalement chez l'être humain, les femmes montrent une plus grande sensibilité à la douleur que les hommes à travers plusieurs modalités nocives, y compris la douleur induite mécaniquement, électriquement, thermiquement et chimiquement.” D’après leurs travaux publiés le 23 mars dernier dans la revue Brain, les neurones de la moelle épinière traitent les signaux de la douleur de façon différente selon les sexes.

Grâce à des analyses de tissu de la moelle épinière en laboratoire, les chercheurs ont découvert que cette différence était liée à un facteur de croissance neuronal appelé BDNF (brain-derived neurotrophic factor). Lorsque les rats femelles se sont fait retirer les ovaires, la différence a disparu, ce qui indique un lien hormonal. “Une étude plus approfondie est nécessaire pour identifier quelles hormones sexuelles féminines régulent ce dimorphisme en isolant les effets que les œstrogènes et la progestérone ont sur le développement de la douleur nociceptive chez les rongeurs et les humains.”

Douleurs chroniques : 37 % des femmes seraient touchées

Les études de prévalence montrent que 37 % de la population féminine aurait des douleurs chroniques contre seulement 28 % des hommes. Les femmes “sont plus susceptibles que les hommes de déclarer des douleurs lombaires, des douleurs cervicales, des douleurs bucco-faciales et des douleurs neuropathiques, et deux fois plus de femmes signalent des migraines ou des maux de tête courants”, détaillent les chercheurs. Ainsi, 90 % des malades souffrant de fibromyalgie sont des femmes.

Cette prévalence du sexe féminin est donc une autre raison qui devrait pousser les scientifiques à mieux inclure les femmes dans les essais cliniques, afin d’améliorer la prise en charge des malades de sexe féminin. “ Il faut trouver des cibles efficaces pour chaque sexe et développer des traitements adaptés”, concluent les chercheurs.

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Sources

https://academic.oup.com/brain/advance-article/doi/10.1093/brain/awab408/6551129?login=false 

https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-carre/l-edito-carre-09-avril-2019#:~:text=Cependant%2C%20la%20litt%C3%A9rature%20scientifique%20semble,contre%2028%25%20pour%20les%20hommes. 

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