Voici ce que votre pharmacien a désormais le droit de modifier sur votre ordonnance
D'après un baromètre de l'association France Assos Santé, 37 % des Français ont déjà été confrontés à une pénurie de leur traitement lors de la délivrance de leur prescription. Pour faire face à cette situation, l'arsenal réglementaire s'adapte et donne la possibilité aux pharmaciens de modifier la prescription sans repasser par le médecin.
Quelles sont les nouvelles compétences des pharmaciens ?
Selon l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), plus de 3 800 signalements de ruptures ou de risques de ruptures de médicaments d'intérêt thérapeutique majeur ont été enregistrés en 2024, succédant à un pic de 4 925 déclarations en 2023. D'après une enquête du Groupement pharmaceutique de l'Union européenne (GPUE), les équipes en officine consacrent en moyenne 6 heures et 40 minutes par semaine à chercher des solutions de dépannage.
Pour débloquer ces situations, l'article L. 5125-23 du Code de la santé publique, en vigueur depuis 2025, élargit le rôle du pharmacien. Alors que la loi de 1999 limitait son intervention au strict remplacement d'un médicament par son générique direct, les textes permettent désormais d'ajuster une prescription indisponible sans exiger l’aval du médecin prescripteur. Ces initiatives reposent sur les recommandations officielles publiées par l'ANSM pour chaque molécule sous tension.
Dosage et forme galénique : quels sont les ajustements autorisés ?
Lorsqu'un dosage précis manque à l'appel, le professionnel de santé peut réorganiser la délivrance. Il a la faculté d'assembler des dosages plus faibles, en délivrant par exemple deux comprimés de 500 mg pour satisfaire une posologie de 1 000 mg, ou d'indiquer la découpe de comprimés sécables.
Le pharmacien peut également modifier la voie d'administration orale si le produit prescrit fait défaut. Un sirop pédiatrique indisponible peut ainsi être remplacé par un comprimé qui se dissout, à condition que l'enfant soit en âge d'avaler la solution, bien évidemment. En cas de pénurie sévère, les officines disposant d'un préparatoire peuvent aussi fabriquer des préparations magistrales pédiatriques. Durant l'hiver 2022-2023, une quarantaine d'établissements ont ainsi fabriqué des gélules de secours pour faire face à l'absence de sirops d'amoxicilline. Enfin, le recours à la dispensation à l'unité (DAU) ou l'octroi de boîtes d'importation étrangères autorisées temporairement permettent d'éviter les interruptions de traitement. Là encore, le pharmacien est maître de la décision.
Modification de l’ordonnance par le pharmacien : quelles sont les limites ?
Les marges de manœuvre s'étendent aussi aux médicaments hybrides. Contrairement au générique standard, un hybride peut présenter une différence de sel, de forme pharmaceutique ou de dispositif d'inhalation. Le pharmacien dispose du droit de substituer une spécialité par un produit de ce type.
Le pharmacien peut même basculer vers une autre molécule de la même famille thérapeutique. A ce stade en revanche, il agit sous un encadrement strict validé par l'ANSM. Aucun changement de principe actif ne peut être improvisé sans protocole national d'urgence. De plus, les molécules dites à marge thérapeutique étroite, comme la lévothyroxine, les antiépileptiques ou certains immunosuppresseurs, sont exclues de ces adaptations. La mention médicale « non substituable » portée sur l'ordonnance doit également être respectée.
Traçabilité et suivi : comment votre parcours de soins reste-t-il sécurisé ?
Toute modification doit être clairement mentionnée. Le pharmacien appose sur l'ordonnance le nom du produit délivré, la posologie corrigée, la date ainsi que son timbre professionnel. Le médecin prescripteur reçoit ensuite une notification par messagerie sécurisée de santé (MSSanté) pour maintenir la continuité du suivi.
La délivrance est simultanément inscrite dans le Dossier pharmaceutique (DP) et transmise au Dossier médical partagé accessible via Mon espace santé. Au comptoir, le pharmacien remet un plan de prise détaillé et explique les équivalences pour écarter les confusions à domicile. À noter que le patient conserve le droit de refuser l'ajustement proposé.