Divorce du sommeil : faire chambre à part signe-t-il la fin du couple ?Adobe Stock
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Ceux qui l’ont expérimenté une fois (et en sont devenus des disciples assumés), l’assurent à tous leurs interlocuteurs aux yeux cernés, inquiets de ne pas dormir à côté de leur moitié (même à renforts de boules quies) : ne pas dormir dans le même lit change la vie. Ou a minima, améliore le sommeil. Les ronflements intempestifs du partenaire, source de râleries nocturnes, de poussées de l’autre côté du matelas (pour les plus à bout) et de réveils grognons ne sont alors plus qu’un lointain souvenir.

Faire chambre à part pour la paix du ménage ?

Qu’elle soit motivée par des impératifs de sommeil, par l’envie de dormir sans se battre pour des centimètres de couette ou de ne plus pâtir des mouvements impétueux de sa moitié, faire chambre à part devient une pratique de plus en plus assumée. Aux Etats-Unis, ils seraient plus d’un tiers des Américains à faire chambre séparée afin de s’épargner des pommes de discorde au réveil, selon une enquête de l'American Academy of Sleep Medicine (AASM). L’étude s’est basée sur l’interrogatoire d’un panel de 2005 adultes américains, réalisé entre le 24 et le 29 mars 2023.

Les résultats illustrent ce qui pourrait bien être un nouveau phénomène de société, amplifié par la pandémie de Covid et le vent de liberté qui a suivi.

D’après l’étude, les hommes seraient le plus prompts à céder le lit pour aller roupiller sur le canapé ou dans la chambre d’amis : ils sont 45 % à dormir occasionnellement ou régulièrement dans une autre pièce, contre seulement un quart (25 %) des femmes, dixit l’enquête.

Faire chambre à part, une pratique désignée sous l’expression péjorative de "divorce du sommeil" (traduction de "sleep divorce"), ne serait plus l’apanage des personnes âgées, contrairement à une idée répandue. Cette tendance traverserait toutes les générations.

Divorce du sommeil : les jeunes générations se convertissent

"43% des milléniaux [génération Y, nés entre le début des années 80 et la fin des années 90, ndlr ] dorment occasionnellement ou régulièrement dans une autre pièce". Ils sont suivis par un tiers (33 %) des membres de la génération X [nés entre les années 60 et les années 80], 28 % de ceux de la génération Z [nés entre 1996 et 2020] et… seulement 22 % des baby-boomers (nés après la seconde guerre mondiale). Des chiffres qui donnent à réfléchir.

Dormir à deux peut nuire à la relation de couple

"Nous savons qu'un sommeil insuffisant peut détériorer l'humeur et que les personnes qui manquent de sommeil sont plus susceptibles de se disputer avec leur partenaire, analyse le Dr Seema Khosla, pneumologue et porte-parole de l’AASM. Il peut y avoir un certain ressentiment à l'égard de la personne à l'origine de la perturbation du sommeil, ce qui peut avoir un impact négatif sur les relations".

Pour cet expert, faire chambre à part serait donc un recours sain aux difficultés de sommeil rencontrées par l’un des partenaires. "Bien que le terme "divorce du sommeil" semble dur, il signifie simplement que les gens donnent la priorité au sommeil et vont dans une chambre séparée la nuit lorsque cela est nécessaire", observe le Dr Seema Khosla.

Dans les cas où dormir séparément s’explique par des ronflements trop bruyants, le pneumologue encourage leur auteur d’aller consulter un médecin pour vérifier qu’il ne s’agisse pas d’apnée obstructive du sommeil. "Cela s'applique aussi bien aux hommes qu'aux femmes qui ronflent".

Faire chambre à part est un phénomène qui fait des disciples en Europe. Au Royaume-Uni, par exemple, le quotidien britannique The Daily Telegraph a quantifié ce "sleep divorce" en 2020. Il montrait que cette séparation nocturne grignote du terrain parmi les Britanniques : 15% d’entre eux feraient chambre à part. Une proportion qui serait dix fois plus importante qu’en 2010.

Le divorce du sommeil peut-il sonner le glas du couple ?

En France aussi, le divorce du sommeil est une pratique qui a cours, même si aucune étude chiffrée ne permet de mesurer le phénomène. La médiatisation de cette "tendance" ne manquera pas d’ouvrir le débat au pays des Lumières.

Mais on peut s’interroger : s’agit-il d’une "habitude" applicable à tous les couples ? A quel moment peut-il s’opérer un glissement entre une pratique saine pour le sommeil des partenaires vers un risque sérieux pour la santé du couple ?

Pour y voir plus clair, Medisite a posé la question à Johanna Rozenblum, psychologue-clinicienne à Paris. L’experte se veut rassurante et invite à se défaire du préjugé selon lequel un couple qui s’aime doit absolument dormir ensemble. "Rien ne dit qu’un couple qui s’en porte bien est un couple qui dort ensemble toutes les nuits. Il est parfois pertinent de ne pas le faire. Si un des partenaires souffre ponctuellement d’insomnie, ronfle, ou si le besoin d’être seul.e se fait ressentir, alors pourquoi ne pas s’adapter occasionnellement ?" analyse-t-elle.

Une démarche saine si elle est comprise et acceptée

Faire chambre à part peut même relever d’une démarche saine pour le couple, quand elle est comprise et bien acceptée. "Cela montre que l’on sait s’écouter d’un côté, et que l’autre comprend le besoin de dormir seul sans tirer de conclusions arrives ou inadaptées. Cela implique donc de parler pour s’assurer que la démarche est comprise et bien tolérée", prévient la thérapeute.

Dormir seul pour mieux se retrouver

Le besoin de solitude d’un des deux partenaires ne signifie donc aucunement une prise de distance en forme d’éloignement. "Certaines personnes ont besoin d’être un peu seules, quand d’autres ne ressentent absolument pas cette nécessité. C’est une question de caractère, et parfois simplement de régulation des émotions dans un moment de repli sur soi où l’on ne se consacre qu’à soi", explique Johanna Rozenblum.

Divorce du sommeil : quand peut-il mettre en péril le couple ?

Pour autant, il arrive que cette habitude de dormir séparé soit le révélateur d’un problème structurel ou d’un malaise latent. Quand faut-il s’inquiéter ? "Lorsque la séparation fait suite à un conflit non-réglé, à un malaise qui s’est installé dans la durée et qui ne permet plus au couple de prendre plaisir à être ensemble", observe la psychologue.

Une décision commune pour ne pas être subie

A ceux qui seraient tentés d’essayer de dormir seul mais qui ont peur de froisser l’autre, ou de créer des incompréhensions, l’experte insiste sur l’importance de bien communiquer sur les motivations qui justifieraient cette pratique : "Il convient de s’a ssurer que tout est compris, que l’autre ne se sente pas rejeté en restant dans le dialogue. Faire chambre à part doit être une décision commune pour ne pas être subie."

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