Une étude menée par l'Association des maires ruraux de France (AMRF) et le groupe Macif, en partenariat avec France Bleu, publiée mercredi 16 décembre, s'est intéressée aux inégalités en terme d'espérance de vie entre les ruraux et les urbains. Croyez-le ou non, il se trouve que les personnes résidentes à la campagne auraient une espérance de vie plus courte que les citadins. Oui, vous avez bien lu !

"Une forte corrélation avec l’absence de médecins traitants"

L'étude s'appuie sur les chiffres de l'Insee et démontre que ces inégalités ne datent pas d'hier. En réalité, elles ne cessent de se creuser entre les territoires ruraux et urbains. En 1990, les Français domiciliés à la campagne auraient eu trois mois d'espérance de vie en moins que les urbains. Aujourd'hui, l’écart est passé à plus de deux ans. Concrètement : une personne habitant à la campagne meurt deux ans avant celle qui vit en ville.

En quelques chiffres, en 1990, on estimait l'espérance de vie d'un homme vivant jusqu’à 72,9 ans, contre 78,5 ans en 2019. Alors qu’en zone urbaine, en 1990, un homme pouvait espérer vivre jusqu’à 73,2 ans, contre 80,7 ans en 2019.

Pour expliquer ces chiffres, l’AMRF évoque notamment les disparités territoriales en matière d’accès aux soins, d’autant que “la cartographie des données suggère une forte corrélation avec l’absence de médecins traitants : là où il n’y pas de médecins libéraux qui dépistent et adressent le patient à l’hôpital, moins de patients vont à l’hôpital”, détaille-t-elle. En clair, les zones où l'espérance de vie est la plus basse coïncide avec celles où on trouve le moins de médecins traitants.

Selon les auteurs de l'étude, la pandémie que nous traversons "a mis en avant l’importance de la proximité dans l’organisation du service de santé".

L'obésité, plus répandue à la campagne

Une précédente étude, parue en 2019 au sein de la revue scientifique Nature, peut également expliquer ces inégalités entre les ruraux et les urbains. En plus de subir le manque d'accès aux soins de santé, les personnes résidentes à la campagne seraient aussi plus sujettes à l'obésité que celles domiciliées en ville.

"L'obésité augmente plus rapidement dans les zones rurales de la planète que dans les villes", estiment les auteurs de cette étude qui s'est basée sur plus de 2000 recherches antérieures, portant sur 112 millions d'adultes de 200 pays entre 1985 et 2017.

Selon l'étude, entre 1985 et 2017, l'IMC a globalement augmenté de 2 points pour les femmes et de 2,2 pour les hommes, soit un gain de poids de 5 à 6 kilos en moyenne par individu. Il se trouve que "55% de cette hausse globale est due à l'augmentation observée dans les zones rurales", selon les scientifiques. Dans certains pays à faibles et moyens revenus, les zones rurales comptent même pour 80% de l'augmentation.

"Les discours de santé publique ont tendance à se concentrer sur les aspects négatifs de la vie urbaine, partage l'un des auteurs de l'étude. En réalité, vivre en ville donne accès à une meilleure nutrition et à davantage d'exercice physique. À l'inverse, l'obésité dans les zones rurales des pays à faibles et moyens revenus monte en flèche, en raison du changement des conditions de vie : accès plus facile aux aliments ultratransformés et aux boissons sucrées".

Pour rappel, l'obésité figure en tête des causes de mortalité prématurée. À l'heure actuelle, environ quatre adultes sur dix sont en surpoids et un sur sept obèse. Le surpoids favorise les maladies cardiovasculaires, le diabète ainsi que certains cancers.