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Le harcèlement moral se manifeste par des agissements répétés susceptibles d'entraîner, pour la personne qui les subit, une dégradation des conditions de travail. Cette situation peut aboutir à un non-respect de ses droits et de sa dignité, une altération de sa santé mentale et physique ainsi qu’une menace pour son intégrité et son évolution professionnelle.

C’est Marie-France Hirigoyen, psychiatre et psychothérapeute, qui développe le principe de “harcèlement moral” en France. Elle est l’une des premières de la profession à évoquer les effets destructeurs des profils “pervers narcissiques” et “pervers paranoïaques” qui agissent dans les milieux professionnel, familial, conjugal ou autres. Elle développe l’idée que ces individus créent de la souffrance psychique et physique, menant l’autre à bout d’une façon si intense, que la victime peut aller jusqu’au suicide.

Qu’est-ce que le harcèlement moral ?

Elle définit le harcèlement moral comme “toute conduite abusive qui se manifeste notamment par des comportements, des paroles, des actes, des gestes, des écrits, pouvant porter atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l’intégrité physique ou psychologique d’une personne, mettant en péril l’emploi de celle-ci ou dégradant le climat social.”

“Il s'exerce le plus souvent sous forme de conduites comportementales et verbales abusives. Le but étant de dégrader la vie de la victime, explique Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne. Le harceleur tente de soumettre sa victime et de la détruire jusqu'à la mettre en danger physiquement et psychologiquement.” Mais attention, tout comme il arrive qu’une situation de harcèlement ne soit pas dénoncée, il arrive aussi que le mot “harcèlement” soit posé de façon injustifiée sur un contexte qui n’en est pas.

Pour bien comprendre la notion de harcèlement, on retient 4 éléments principaux :

  • Le comportement vexatoire grave se répète ;
  • Celui-ci est à caractère nuisible et malveillant ;
  • Il porte atteinte à la dignité et à l’intégrité psychologique et physique de la victime ;
  • Il entraîne (lorsqu’il s’agit du monde de l’entreprise) un milieu de travailnéfaste pour le travailleur.

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Comment le reconnaître ?

La France est l’un des pays de l'Union Européenne qui est le plus touché par les pratiques de harcèlement moral au travail. En effet, dans certaines entreprises, ces événements sont banalisés ou pris en considération de façon isolée. Si les actes répétés ne sont pas mis en avant, il est tout à fréquent qu’ils soient ignorés et minimisés.

Pour l’identifier, il faut comprendre que le harcèlement n’est pas ponctuel puisque les faits sont réalisés de façon répétitive sur la durée. Il faut prendre en compte et analyser les situations en distinguant :

  • La durée des actes (depuis quand cela se passe-t-il ?) ;
  • La fréquence des agissements (combien de fois par semaine ?) ;
  • L’évaluation directe entre ce que vit la victime et les critères qui font la définition même du harcèlement moral.

Le harceleur va dénigrer et isoler sa victime

Il peut s’agir de gestes, de paroles, de comportements ou d’attitudes répétées (ou systématiques). Le harceleur va traiter injustement la victime en la dénigrant, en la rabaissant et en critiquant systématiquement son travail. Elle va l’interrompre sans cesse, lui interdire de parler aux autres et l’isoler. La victime est complètement déconsidérée et discréditée. Dans les cas les plus graves, il est possible que le harceleur menace et agresse la personne.

Le harcèlement moral a été inscrit dans le Code du travail le 17 janvier 2002. Comme le harcèlement sexuel, le délit est puni par la loi (peu importe le statut) et est sanctionné par un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amend e. Pour rappel : aucun acte malveillant n’est anodin en soi, d’autant plus s’il se répète et dure dans le temps. Il peut atteindre le plus profond de l’équilibre humain.

Quelles conséquences psychologiques cela peut avoir ?

Le caractère répétitif du harcèlement moral peut avoir de graves conséquences pour la victime. “Dans un premier temps des symptômes de stress et d'anxiété mènent à certains troubles fonctionnels comme la fatigue, la nervosité, les troubles du sommeil, les migraines, les troubles digestifs ou le mal de dos", illustre Geneviève Krebs, psychopraticienne en thérapies brèves et coach. "Le corps s’adapte à la situation tout en ressentant un sentiment d’impuissance, d’humiliation et de colère.”

Par la suite, si le harcèlement s’installe et se renforce à tel point que la victime semble prise au piège, sans savoir comment réagir, un état dépressif peut s’installer. “On remarque à ce stade une profonde tristesse, une humeur morose, une perte d’estime de soi et d’intérêt pour ce qui, jusqu’ici, la motivait ou lui procurait du plaisir”, indique la psychopraticienne.

À ce stade, le risque de suicide est important puisque la victime est déshumanisée et instrumentalisée au point de ne plus pouvoir se défendre.

Des répercussions sur le long terme

Par ailleurs, le corps retient les traumatismes. Dans ce cas, si le mal n’est pas détecté, ni pris en charge, les répercussions peuvent être graves. “Le stress post-traumatique s’installe avec comme conséquences, plusieurs troubles psychosomatiques et dont la gravité ne cesse de croître si rien n’est fait, alerte Geneviève Krebs. La victime peut faire face à un fort amaigrissement ou une importante prise de poids, des troubles du comportement alimentaire et digestifs, des problèmes thyroïdiens, de l’hypertension artérielle, des malaises, des vertiges ou des cancers."

Le harcèlement moral peut aussi changer radicalement la personnalité de la personne et sa capacité à ressentir les émotions. Elle porte une cicatrice psychologique qui la fragilise et l’amène à l’insécurité permanente. La culpabilité, la honte de soi, l’humiliation, la perte de sens et de confiance généralisée peuvent devenir une routine cauchemardesque.

Comment s’en sortir ?

Il faut alerter. Que ce soit un proche, une autorité ou un soignant, il est important d’en parler. Mais pour arriver à cette étape, il faut réussir à prendre conscience du harcèlement. Beaucoup de harceleurs parviennent à laisser penser à leur victime qu'elle est responsable ou encore complètement "folle" de penser qu'elle est maltraitée.

Terrorisée par la peur de ne pas être cru ou de subir encore plus de harcèlement, elle reste malheureusement longtemps dans les griffes de son prédateur au profil psychologique pathologique”, expose Johanna Rozenblum.

Il est donc important de prendre conscience de la situation, sans la nier, de l’accepter et d’être conscient que l’autre ne changera pas par miracle parce qu’un manipulateur pervers est une personne qui est malade. Il est essentiel de se faire aider, parler et de vous entourer pour vous libérer, car lorsque les signes de fatigue physique et psychologique sont installés, c’est que le mal a déjà agi en profondeur.

Sources

Merci à Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne

Merci à Geneviève KREBS, psychopraticienne en thérapies brèves & coach

mots-clés : Pervers narcissique
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