Une généraliste tire la sonnette d’alarme “non, nous ne sommes pas prêts face au coronavirus”

Certifié par nos experts médicaux MedisiteLe Covid-19 se propage dans le monde et sur le sol français. Alors que le gouvernement se veut rassurant face à cette épidémie de stade 2, une généraliste installée au Kremlin-Bicêtre (Région Parisienne) tire la sonnette d’alarme : les médecins de ville ne sont pas en mesure d’assurer face à cette maladie venue de Chine.
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Les autorités françaises assurent que notre système de santé est prêt à faire face à l’épidémie du Covid-19. Elles mettent entre autres en avant les mesures prises et les 200 millions de masques commandés pour protéger les professionnels de santé du coronavirus. Mais pour le Dr Elsa Benitah, médecin généraliste au Kremlin-Bicêtre, le gouvernement ne fait pas le nécessaire face à cette maladie. Ainsi, pour la première fois, elle prend la parole dans les médias. Elle dénonce le manque de moyens criant et la solitude des médecins généralistes face à la maladie

Que pensez-vous de la gestion de l’épidémie de coronavirus SRAS Cov 2 par les autorités ?

Dr Elsa Benitah : les autorités veulent faire croire que nous sommes prêts, mais ce n’est pas le cas du tout. Les généralistes sont démunis. Nous n’avons par exemple pas de moyens de protection alors que nous en réclamons depuis plus de 10 jours.

Le ministère vient d’assurer que des millions de masques chirurgicaux ont été commandés. Pourtant, il est parfaitement connu que ces modèles ne sont pas adaptés aux médecins. Ils sont utiles que pour les malades. Les recommandations pour le personnel soignant sont, en effet, de porter des masques FFP2 face aux malades suspects.

J’ai personnellement réussi à en acheter un paquet de 20, à 6 euros le masque. Mais leur durée de vie est d'environ 3 heures. Ce n’est pas adapté à une situation d’épidémie.

Autre problème pour nous généralistes : le coronavirus se manifeste dans 80% des cas par une fièvre, une toux... exactement comme la grippe. Or, nous n’avons aucun moyen de dépistage rapide. On se retrouve donc avec des patients qui attendent pendant des heures dans notre salle d’attente. Pendant cette période, ils peuvent transmettre le virus au médecin ou aux patients suivants. Et nous avons actuellement aucun moyen de l'empêcher.

Il y a également un flagrant problème de communication. Le 28 février dernier, la situation a changé. Nous sommes passés en stade 2 de l'épidémie. Pourtant, nous n’avons reçu aucune nouvelle recommandation. Les consignes sont toujours celles données à l’époque où il y avait 18 cas en France.

Je n’ai jamais eu de soucis avec l’exercice de ma profession, mais aujourd’hui, face au manque de moyens et d’aides, je suis inquiète. J’ai l’impression que nous sommes envoyés dans la bataille comme des pions qui peuvent tomber.

Avez-vous été personnellement confronté à une suspicion de cas de coronavirus ?

Dr Elsa Benitah : je travaille dans un SAMI (Service d'Accueil Médical Initial), un centre médical régulé par le SAMU, le soir de 20h à minuit. Il y a deux semaines, j’ai reçu une dame qui venait de passer deux heures dans la salle d’attente. Elle m’explique alors qu’elle a de la fièvre, une toux… et qu’elle a récemment voyagé en Chine.

Immédiatement, j’ai appelé le 15. Comme elle habite seule, ils l’ont autorisée à rentrer chez elle en attendant qu’une ambulance vienne la prendre à 6 heures du matin le lendemain pour l’emmener à la Pitié Salpêtrière pour être dépisté.

Après son départ, j'ai rappelé le SAMU pour savoir ce que je devais faire de mon côté. Le médecin du 15 m’a alors conseillé de fermer le centre et de ne pas rentrer chez moi si j’ai des enfants. J’ai donc préféré prendre un hôtel.

Le lendemain à midi, je n’avais toujours pas les résultats. J’ai donc contacté l’infectiologue de la Pitié. Elle m’a conseillée de porter un masque dans la rue et d’éviter les contacts. Les résultats sont finalement arrivés à 14h : la patiente n’avait pas le coronavirus. Mais cela montre que nous, les médecins généralistes, nous sommes confrontés directement à des cas sans aucun matériel et sans protocole à suivre.

Cela me donne l’impression que les autorités sont totalement désorganisées. Aujourd’hui, nous arrivons à une période d’épidémie. Et nous allons devoir prendre en charge des malades comme pour une grippe alors qu’on sait que ce virus peut avoir des formes graves, voire mortelles.

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Merci au Dr Elisa Benitah