Pénurie de médicaments en France : quelles sont les causes ?

Publié le 10 Juillet 2019 à 16h39 par Pauline Capmas-Delarue, journaliste santé
La France connaît actuellement une importante pénurie de médicaments. Les prix très faibles fixés par l’Etat, la localisation des sites de production et les stratégies financières des laboratoires sont en cause.

Cela fait quelques années qu’une pénurie de médicaments commence à s’installer insidieusement en France. Ainsi, l’Agence national de sécurité du médicament (ANSM) a reçu 538 signalements de rupture de stock 2017… Contre seulement 44 en 2008.

Plus encore, l’agence estime que plus de 1200 traitements ou vaccins seront concernés par des situations de rupture ou tensions d'approvisionnement en 2019. Cette situation inquiète fortement les professionnels de santé, et les patients en attente de traitement.

Les prix fixés par l'État ne sont pas assez attractifs

Comment expliquer ces pénuries de plus en plus importantes ? Plusieurs facteurs seraient à l’origine du problème. Selon la fédération France Assos Santé, “industriels et grossistes répartiteurs sont les principaux responsables de cette situation : stratégies financières contestables, exportation des stocks vers des pays qui paient mieux, désengagement sur certains médicaments ou trop forte concentration des sites de production font partie des causes identifiées de longue date”.

Effectivement, les prix de vente fixés par l'État sont jugés peu attrayants par les laboratoires et leurs intermédiaires, dans la mesure où ils sont deux à trois fois moins chers que dans d’autres pays d’Europe. Une baisse des prix exigée par la Sécurité Sociale, qui souhaite avoir un taux de remboursement le plus faible possible. La France n’est donc pas distribuée de façon prioritaire par les laboratoires, qui préfèrent vendre en premier lieu à nos voisins.

Ce genre de pratique est pourtant illégal, puisque les grossistes répartiteurs ont pour obligation d’assurer les stocks dans l’hexagone. Cette mission de service public leur est imposée par la loi. Dominique Martin, directeur général de l’ANSM, a expliqué à Europe 1 que ces industriels ne constituent pas les stocks qu’ils doivent constituer, et qu’ils exportent largement. “Nous avons pris des sanctions financières de plusieurs centaines de millions d’euros”, précise-t-il.

Les sites de production sont souvent éloignés, voire dispersés

Par ailleurs, les sites de production sont généralement très éloignés de l’hexagone : 80 % des molécules proviennent d’Asie et des États-Unis. La fabrication a même souvent lieu sur plusieurs sites : le médicament sera conçu en Pologne, avec des matières premières venues de Chine et emballé en Italie, par exemple. Tandis que la demande mondiale est à la hausse, les entreprises, qui travaillent à flux tendus, n'arrivent plus à suivre.

Les contrôles extrêmement rigoureux augmentent le risque de rupture de stock, puisqu’au moindre problème de qualité, toute la chaîne de production se retrouve impactée. En effet, le médicament défectueux ne peut être distribué, et l’usine se retrouve avec un retard important à rattraper. Lorsque celle-ci est la seule à fabriquer un traitement largement distribué, les conséquences se répercutent sur le marché mondial.

Ainsi, en 2018, un traitement contre Parkinson s’est retrouvé en rupture de stock, car l’usine américaine qui le fabriquait a dû fermer pour se mettre aux normes. Étant la seule à produire le Sinemet®, celui-ci a souffert d’une pénurie mondiale sur plusieurs mois. Quant à la pénurie de corticoïdes qui a frappé la France récemment, elle est due aux difficultés rencontrées par son usine de production à Lille, qui n’a pas jugé utile d’avertir les laboratoires qu’elle fournissait, ni les autorités sanitaires, de ses problèmes.

Le gouvernement a décidé de se saisir du problème

Pour contrer ce problème, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a dévoilé ce lundi sa feuille de route. Celle-ci repose principalement sur une meilleure gestion et une plus grande transparence du circuit du médicament. Dès septembre, un comité de pilotage va être mis en place pour lutter contre les pénuries, en mobilisant l’ensemble des acteurs concernés.

Pour Gilles Bonnefond, pharmacien titulaire et membre fondateur de l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine interrogé par Medisite, ce plan est “de bonne qualité, car il va obliger tous les acteurs à devenir transparent dans les pratiques. Les pharmaciens auront enfin accès à des informations. Auparavant, ce n’était pas le cas, mais aujourd’hui, on remet enfin de l’ordre dans ce secteur”.

Recevez toute l'actualité chaque jour GRATUITEMENT !
X