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Il peut rendre 85 médicaments toxiques

Certains substances présentes dans le pamplemousse sont des inhibiteurs des cytochromes (en particulier les cytochromes 3A4), des enzymes chargées de la métabolisation des médicaments. Lorsqu'on avale un médicament, une grande partie est censée être dégradée et éliminée par ces enzymes dans le tube digestif. Mais si on les consomme avec du jus de pamplemousse, cette élimination se fait moins bien et leur concentration dans le sang augmente.

Pourquoi ? "Le problème, c'est que cette enzyme intervient dans la métabolisation d'environ 60% des médicaments commercialisés actuellement. Plus de 85 interactions sont déjà connues ou supposées. Mais selon la classe de médicaments, les conséquences peuvent être plus ou moins graves, allant d'une augmentation de l'effet du médicament et de ses effets secondaires à une véritable toxicité", explique le Pr Bruno Laviolle, professeur en pharmacologie.

Le plus gros danger concerne les médicaments à 'index thérapeutique étroit' : "Avec ces molécules, il faut qu'une dose très précise arrive dans le sang : s'il en arrive trop peu, on est inefficace, et s'il en arrive trop, on peut très vite être toxique et avoir des effets secondaires importants", note le spécialiste.

Angine : des antibiotiques à ne pas associer avec le jus de pamplemousse

Le risque de surdosage existe surtout avec l'érythromycine et la clarythromycine, antibiotiques souvent prescrits pour traiter notamment les angines d'origine bactérienne. Là encore, risque est surtout d'augmenter les effets indésirables pour le cœur, avec de possibles tachycardies.

Des sédatifs à ne pas prendre avec du jus de pamplemousse

Midazolam ou triazolam (qu'on retrouve dans certains hypnotiques et sédatifs comme Hypnovel®, Dormicum®, Halcion®...) ne font pas bon ménage avec le jus de pamplemousse.

"Ce mélange risque surtout d'augmenter fortement la somnolence induite par ces médicaments et de réduire de manière prolongée la vigilance", explique le Pr Laviolle. Cela peut s'avérer très dangereux si l'on doit prendre le volant ou travailler avec des machines par exemple.

Médicaments anticancer et pamplemousse : gare à l'aplasie


Les inhibiteurs de la tyrosine kinase (erlotinib®, nilotinib®, crisotinib®, venurafenib®) sont des médicaments utilisés pour traiter certains cancers, notamment ceux du poumon ou du pancréas.

Le risque cardiaque (torsades de pointe) et le risque d'aplasie médullaire augmentent en cas de surdosage lié à la consommation concomitante de jus de pamplemousse.

Médicaments anti-cholestérol et pamplemousse : gare à la fonte musculaire

Les molécules concernées sont la simvastatine (Zocor®), la lovastatine (Lovastin®) et dans une moindre mesure, l’atorvastatine (Tahor®). "Ces médicaments voient leur biodisponibilité (la dose qui arrive vraiment dans le sang) multipliée 9 à 16 fois pour la simvastatine et 12 à 15 fois pour la lovastatine", précise le Pr Laviolle.

Cela revient par exemple, à prendre en une fois la dose prévue pour deux semaines. La biodisponibilité double pour l’atorvastatine.

En cas de surdosage : il existe surtout un risque pour les muscles avec une destruction de leurs cellules et une fonte musculaire. "Il faut noter que les interactions observées avec le pamplemousse ne sont pas forcément identiques pour tous les médicaments d’une même classe, mais sont spécifiques de chaque médicament", précise le pharmacologue. Dans le cas des médicaments anti-cholestérol, la pravastatine par exemple n'est pas concernée par l’interaction.

Médicaments contre l'hypertension et pamplemousse : un risque de chute de tension

Plusieurs molécules de cette classe de médicaments sont à surveiller : verapamil, felodipine, nifedipine, nitrendipine, nisoldipine... Leur concentration dans le sang peut être multipliée par 1,5 à 3 fois lorsqu'on les consomme en parallèle du jus de pamplemousse.

"Le danger principal est une forte baisse de la tension artérielle en raison du surdosage du médicament, avec notamment un risque de chutes accru", indique le pharmacologue. Un surdosage peut aussi entraîner des oedèmes au niveau des jambes.

Des troubles cardiaques avec des médicaments pour le coeur

Amiodarone, disopyramide, quinidine, dronédarone ou ivabradine sont souvent donnés en cas de troubles du rythme cardiaque ou de tachycardie.

L'interaction avec le jus de pamplemousse et l'augmentation de leur concentration dans le sang peut donc entraîner des troubles du rythme, en particuliers des accélérations appelées " torsades de pointe", une tachycardie ventriculaire qui peut avoir des conséquences graves.

Greffe d'organe : immunosuppresseurs et pamplemousse peuvent être toxiques pour les reins

Ces médicaments (ciclosporine, tacrolimus, sirolimus...) sont donnés pour supprimer ou moduler l'immunité par exemple après une greffe d'organe ou en cas de maladie d'origine immunitaire.

Avec le jus de pamplemousse, leur concentration dans le sang peut être multipliée jusqu'à 10 fois, avec un risque accru de toxicité pour les reins, mais également un risque de favoriser les infections et l'aplasie médullaire (la moelle osseuse ne produit plus de cellules sanguines).

Médicaments antipaludisme et pamplemousse : un risque de toxicité cardiaque

Ces médicaments destinés à soigner les crises de paludisme (halofantrine et arthemeter) possèdent une toxicité cardiaque. L'interaction avec le jus de pamplemousse augmente leur concentration dans le sang, donc le risque cardiaque, notamment de torsades de pointes.

En revanche, le risque n'est pas le même avec les traitements antipaludiques préventifs.

VIH, hépatite C : ne pas mélanger les antiviraux avec le pamplemousse

Les médicaments antiviraux sont donnés notamment aux personnes atteintes du VIH (indinavir et saquinavir, ribavirine) ou dans les nouveaux traitements de l'hépatite C (simeprevir, daclatasvir, par-itaprevir, ombitasvir, dasabuvir), également concernés par l'interaction avec le jus de pamplemousse.

Un verre peut suffire à déclencher les effets


Si l'on suit un traitement au long cours, quel qu'il soit, il faut en parler à son médecin pour vérifier si le médicament est concerné par l'interaction avec le jus de pamplemousse (et regarder la notice, c'est souvent indiqué). Auquel cas, mieux vaut arrêter complètement de consommer du jus de pamplemousse car on peut observer des effets dès un verre (250 ml) par jour.

Dans le fruit consommé tel quel, la concentration est moins importante et l'ANSM n'a pas émis de contre-indication mais mieux vaut rester prudent : jamais plus d'un demi pamplemousse par jour.

Si on prend un médicament ponctuellement, il faut arrêter la consommation de jus de pamplemousse pendant cette période. Les études ont montré un effet des substances du pamplemousse pendant au moins 24h. "Mais pour être tranquille, l'idéal est d'arrêter au moins 3 jours avant et après la prise car c’est le temps nécessaire à l'organisme pour refaire son stock de nouvelles enzymes cytochromes", précise le Pr Laviolle. Pas question donc de prendre un verre le matin même si on prend son médicament le soir.

Attention aussi avec les oranges de Séville et pomelo, qui contiennent les mêmes substances. Les autres agrumes, eux, n'ont pas le même effet.

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