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Statines : des risques d'Alzheimer ?

Les statines (lovastatine, pravastatine, simvastatine, etc.), qui sont actuellement le traitement de premier choix contre le cholestérol, sont suspectées d'accélérer le déclin cognitif (mémoire, langage, raisonnement...). Elles pourraient même favoriser la maladie d'Alzheimer.

Pourquoi ? "Sans doute parce qu’elles affectent négativement le rapport oméga 3/oméga 6, les principaux acides gras du cerveau. Ceci est potentiellement délétère pour les fonctions cognitives", explique le Dr Michel de Lorgeril, cardiologue et chercheur au CNRS.

Pour preuve, deux études de 6 mois, publiées en 2000 (1) et 2004 (2) portant sur les lovastatines et simvastatines ont montré une altération des fonctions cognitives chez les personnes traitées... Mais le sujet fait polémique dans le corps médical.

Une autre étude publiée en 2016 avance au contraire un rôle bénéfique de certaines statines dans la prévention d'Alzheimer.

Pour le Dr de Lorgeril, cardiologue : "ces études, très brèves, sont inquiétantes car les doses de statines utilisées actuellement sont beaucoup plus élevées que celles qui ont été testées. De nombreux patients se plaignent d’altérations cognitives, ce qui corrobore ces données."

Pour le Pr Jacques Mansourati, cardiologue, "aujourd’hui, aucune étude ne prouve formellement cette action nocive des statines sur la mémoire ou le raisonnement".

Attention : ne stoppez jamais un traitement de votre propre chef. Demandez toujours conseil à votre médecin avant.

Statines : des risques de cancer ?

Le lien entre les statines (atorvastatine, fluvastatine, lovastatine, etc.) et les cancers est controversé.

Même si elle a été décriée, l'étude PROSPER (4), parue en 2002 dans la revue The Lancet, a confronté l'effet de la pravastatine (une statine anti cholestérol) et d'un placebo sur 6000 personnes durant 3 ans... Résultat, elle a mis en évidence 25% supplémentaires de cas de cancers chez les personnes sous statines. Même si d'autres facteurs pourraient être en cause.

Néanmoins, une étude menée par des chercheurs norvégiens a abouti au résultat opposé. Dans l’article paru dans la revue du New England Journal of Medecine, ils concluent en effet : "La consommation de statines chez les patients atteints d’un cancer est associée avec une diminution de la mortalité liée à cette maladie." (5)

Là encore, nos deux spécialistes ne sont pas du même avis.

Pour le Pr Jacques Mansourati, cardiologue : "en fait, ces molécules ont été utilisées chez des centaines de milliers de patients dans de nombreuses études depuis 1996 et aucune n’a mis en évidence de survenue plus fréquente des cancers sous un traitement par statine. L’inquiétude vient du fait qu’il y ait une association dans certaines études épidémiologiques entre un taux de cholestérol bas et cancer. Cette association est due au fait que les patients atteints d’un cancer sont souvent dénutris, ce qui explique une plus fréquente hypocholestérolémie dans cette population. Au vu des données actuelles, il n'est pas davantage prouvé que les statines provoquent des cancers. Il faut se méfier de conclusions trop hâtives à partir d’une seule étude."

Pour le Dr Michel de Lorgeril, cardiologue : "les études scientifiques menées pour l'instant n'ont pas été assez longues pour prouver que les statines provoquent le cancer... Mais au vu des 40 dernières années de recherches sur les lipides, on peut dire que pratiquement tous les traitements contre le cholestérol augmentent le risque de cancer !"

Attention : ne stoppez jamais un traitement de votre propre chef. Demandez toujours conseil à votre médecin avant.

Statines : en cause dans la cataracte ?

La cataracte est une maladie de la vue qui rend le cristallin opaque. En se penchant sur les effets indésirables des statines (dont font partie le Tahor ®, le Crestor ® ou encore le Zocor ®), des chercheurs britanniques ont noté un taux significatif de cette maladie chez les personnes sous traitements. Ils ont analysé les dossiers médicaux de 2 millions de personnes durant 5 ans dont 11% prenaient différents types de statines. Résultat : 307 cas de cataractes supplémentaires chez les personnes sous statines par tranche de 10 000 personnes ! (6)

Ces résultats sont confortés par une étude parue en 2013 dans le Journal of the American Medical Association. Ainsi, les chercheurs ont conclu que les sujets qui prenaient des statines avaient un risque augmenté de 27 % de développer la cataracte par rapport à ceux qui n’en prenaient pas. (7)

Pour le Pr Jacques Mansourati, cardiologue "aucune étude fiable ne prouve cette action nocive des statines sur la cataracte".

Pour le Dr Michel de Lorgeril, cardiologue, "cet effet des statines sur la vue est réel. D'ailleurs, d’autres chercheurs ont mis en évidence une augmentation de la DMLA (ou dégénérescence maculaire liée à l’âge) sous statine."

Attention : ne stoppez jamais un traitement de votre propre chef. Demandez toujours conseil à votre médecin avant.

Les statines responsables d'insuffisance rénale ?

Des chercheurs britanniques se sont penchés sur les effets indésirables des statines (dont font partie le Tahor ®, le Crestor ® ou encore le Zocor ®), c'est-à-dire les médicaments anti cholestérol les plus répandus. Là encore, ils ont analysé les dossiers médicaux de 2 millions de personnes sur 5 ans dont 11% sous ces médicaments. (6)

Résultat : un lien a été mis en évidence, avec 23 cas de plus par tranche de 10 000 personnes. (3)

Même si "ce risque n’est pas clairement prouvé, chez les insuffisants rénaux, certaines statines peuvent s’accumuler dans l’organisme et entraîner éventuellement des complications", indique le Pr Jacques Mansourati, cardiologue. "C’est pourquoi, il faut choisir avec attention le traitement à prescrire chez ce type de patient."

Pour le Dr Michel de Lorgeril, cardiologue, "la cérivastatine est une statine qui a été retirée du marché en 2001 car elle perturbait gravement les fonctions rénales. Toutes devraient être davantage étudiées."

Attention : ne stoppez jamais un traitement de votre propre chef. Demandez toujours conseil à votre médecin avant.

Hypocholestérolémiants : mauvais pour le foie !

Les médicaments anti cholestérol peuvent dans de rares cas entraîner des atteintes hépatiques (au niveau du foie). Côté études, des chercheurs britanniques (toujours les mêmes) se sont penchés sur les effets indésirables des statines (atorvastatine, fluvastatine, simvastatine, etc.). Là encore, ils ont analysé les dossiers médicaux de 2 millions de personnes sur 5 ans, dont 11% prenaient différents types de statines. Résultat : 74 cas de dysfonction du foie supplémentaires par tranche de 10 000 usagers. (6)

Pour le Dr Michel de Lorgeril, cardiologue : "Les industriels prétendent que les dysfonctions reviennent à la normale après l’arrêt du traitement, ce qui n’est pas prouvé dans tous les cas, notamment les plus graves".

Pour le Pr Jacques Mansourati, cardiologue : "Ils peuvent avoir des effets secondaires au niveau des cellules du foie, mais la fonction hépatique est surveillée régulièrement lors d’un traitement par statine ou fibrate et le traitement est interrompu en cas de modification des données de la biologie".

Attention : ne stoppez jamais un traitement de votre propre chef. Demandez toujours conseil à votre médecin avant.

Médicaments anti cholestérol : toxiques pour les muscles

Douleurs musculaires, crampes, fatigue anormale... Les médicaments anti cholestérol de la famille des statines, de l’ézétimibe ou des fibrates (fenofibrate, bezafibrate…) peuvent être toxiques pour les muscles et les ligaments. Plus rarement, des troubles graves entraînant la destruction des cellules musculaires peuvent survenir lors du traitement.

A noter : ces risques augmentent en fonction de la dose de médicament prescrite, mais chacun réagit selon son terrain...

Pour le Dr de Lorgeril, cardiologue : "cet effet indésirable peut paraître bénin dans la majorité des cas, mais ses conséquences sur le pronostic à long terme sont considérables. Ces douleurs musculaires sont accentuées par l’activité physique, ce qui dissuade de nombreuses personnes d’en avoir une. Cette dernière reste pourtant la meilleure façon de prévenir la prise de poids, le diabète et les syndromes métaboliques qui sont devenus les principales causes de maladies cardiovasculaires chez les jeunes générations et les femmes."

Pour le Pr Jacques Mansourati, cardiologue : "On ne connaît pas pour l'instant la façon précise dont ces substances agissent sur les muscles, mais leur toxicité est établie. Si le traitement n’est pas complètement nécessaire, il peut être stoppé en cas de douleurs, et le médecin peut prescrire éventuellement une autre molécule mieux supportée par le patient."

Attention : ne stoppez jamais un traitement de votre propre chef. Demandez toujours conseil à votre médecin avant.

Fibrates, statines, ézétimibe... gare aux troubles digestifs !

Il n'est pas rare que les médicaments contre le cholestérol entraînent des troubles digestifs. Les traitements à base de colestyramine (Questran®) constipent fréquemment.

Dans 10% des cas, les statines (atorvastatine, fluvastatine, lovastatine, pravastatine, rosuvastatine et simvastatine) ou l’ézétimibe peuvent entraîner des constipations, nausées, flatulences, diarrhées ou des douleurs abdominales.

Les fibrates (fenofibrate, bezafibrate…) entraînent des nausées et diarrhées, mais dans une moindre mesure (moins de 5% des cas).

(Source : Guide des médicaments Dorosz)

Attention : ne stoppez jamais un traitement de votre propre chef. Demandez toujours conseil à votre médecin avant.

Traitements anti cholestérol : gare aux mélanges dangereux

Les médicaments anti cholestérol peuvent faire mauvais ménage. Certains mélanges peuvent être dangereux.

  • Ne prenez jamais en même temps plusieurs traitements visant à faire baisser le taux de cholestérol sanguin (statines, fibrates ou ézétimibe) sans l’accord d’un médecin.
  • Les statines ne doivent pas être associées avec certains antirétroviraux et antifongiques susceptibles eux aussi de causer des maladies musculaires.
  • es interactions médicamenteuses graves sont courantes sous médicaments abaissant le taux de mauvais cholestérol s'ils sont associés à des anticoagulants oraux.

Attention : aucune prise de médicament si vous êtes sous hypocholerostélémiants ne doit se faire sans l'avis d'un médecin.

Médicaments anti cholestérol : attention au pamplemousse !

Le pamplemousse est un agrume recommandé pour faire baisser son taux de cholestérol. Mais attention, il ne doit en aucun cas être pris avec certains traitements anti cholestérol, comme la simvastatine (Zocor®...). Le jus du fruit inhibe une de nos enzymes, ce qui perturbe le métabolisme du médicament (8).

En pratique : si vous prenez un traitement contre le cholestérol, demandez conseil à votre médecin avant de consommer des pamplemousses ou leur jus.

Attention : ne stoppez jamais un traitement de votre propre chef. Demandez toujours conseil à votre médecin avant.

Médicaments anti cholestérol : êtes-vous à risque ?

"Des effets indésirables sérieux, inquiétants ou devant faire stopper le traitement sont rapportés par 15% des patients sous statines dans les études publiées", note le Dr Michel de Lorgeril, cardiologue, dans son livre Cholestérol, mensonges et propagande (éd. Souccar). "Toutefois, les patients aux effets indésirables précoces ne sont souvent pas inclus dans ces études. La fréquence des effets indésirables est certainement sous-évaluée", précise le spécialiste.

Les effets secondaires indésirables touchent en priorité les personnes âgées (plus de 70 ans). Par ailleurs, ces traitements peuvent être contre-indiqués car nocifs chez les personnes ayant déjà une insuffisance rénale, une maladie musculaire génétique ou souffrant d'alcoolisme. "Chez une personne âgée par exemple, on prescrira des doses modérées au début du traitement pour voir si le traitement est bien toléré puis la dose sera adaptée à la baisse du cholestérol et à la tolérance", note le Pr Jacques Mansourati, cardiologue.

Attention : ne stoppez jamais un traitement de votre propre chef. Demandez toujours conseil à votre médecin avant.

Pourquoi ces médicaments sont-ils toujours en vente ?

Nous avons posé la question à nos deux spécialistes... et leurs avis divergent là aussi.

L'avis du Dr Lorgeril, cardiologue : "Ces médicaments coûtent chaque année plus d’un milliard d’euros à l’Assurance Maladie. Vous imaginez ce que cela peut représenter pour l’industrie pharmaceutique ! Les fabricants financent et conduisent eux-mêmes dans la majorité des cas les essais cliniques qui, de façon totalement biaisée, démontrent les effets protecteurs de ces médicaments. De la même façon, les industriels minimisent les effets indésirables. C’est pourquoi on ne connaît pas vraiment leur ampleur. Ce qui est toutefois admis aujourd’hui, c’est que ces médicaments n’ont pas d’effet sur l’espérance de vie."

L'avis du Pr Mansourati, cardiologue : "Ces médicaments sont très bénéfiques aux personnes à haut risque cardiovasculaire. Par exemple à un homme de plus de 50 ans ou une femme de plus de 60 ans et qui ont des facteurs de risque tels que l’obésité, l’hypertension artérielle et le cholestérol, des antécédents familiaux ou des antécédents d’infarctus du myocarde, d’AVC ischémique ou d’artérite. Dans ce cas, ces médicaments diminuent significativement la mortalité et la survenue d’événement cardiovasculaire. Ils sont efficaces rapidement et sont surveillés régulièrement par le médecin traitant et le cardiologue. C’est chez la personne à faible risque cardiovasculaire qu’il faut rester raisonnable dans la prescription. D’autant plus que dans ce cas, une meilleure hygiène de vie avec une alimentation équilibrée et une activité physique régulière, suffirait à ramener le taux de mauvais cholestérol à la normale."

Médicaments anti cholestérol : comment agissent-ils ?

Les médicaments anti cholestérol font partie des hypolipidémiants. En clair : ils diminuent les lipides (graisses) circulant dans le sang. Ils sont prescrits lorsque les régimes anti cholestérol ne suffisent pas à faire ramener le taux de cholestérol LDL (mauvais cholestérol) à une valeur normale ou lorsque le sujet est à haut risque cardiovasculaire.

Il en existe plusieurs catégories : les statines (les plus répandues), les fibrates, le colestyramine et l’ézétimibe. Ces médicamnets inhibent ou diminuent la synthèse ou l’absorption intestinale du cholestérol.

Les statines anti diabète ?

De nombreuses études, souvent financées par les fabricants, recherchent des effets bénéfiques aux statines en plus de leur action hypocholestérolémiante, parce que ce sont les traitements les plus utilisés. On soupçonne ainsi des effets bénéfiques sur le diabète. Une équipe de chercheurs anglais a suivi 6000 personnes durant cinq ans en moyenne. Elle a montré que les personnes sous statines avaient 30% de risque en moins de présenter un diabète (9). Mais d’autres études n’ont pas montré d’aussi bons résultats.

"De nombreux autres bienfaits sont prêtés aux statines. Aucun n’est prouvé à ce jour", précise le Pr Jacques Mansourati, cardiologue...

Sources

(1) Muldoon, Effects of Lovastatin on Cognitive Function and Psychological Well-being, Am J Med, 2000

(2) Muldoon, Randomized trial of the effects of simvastatin on cognitive functioning in hypercholesterolemic adults, Am J Med, 2004

(3) Sex and Race Differences in the Association Between Statin Use and the Incidence of Alzheimer Disease, JAMA Neurol. 2017;74(2):225-232

(4) Pravastatin in elderly individuals at risk of vascular disease (PROSPER): a randomised controlled trial

(5) Statin Use and Reduced Cancer-Related Mortality ; N Engl J Med 2012; 367:1792-1802

(6) Julia Hippisley-Cox, Unintended effects of statins in men and women in England and Wales: population based cohort study using the QResearch database, BMJ 2010;340:c2197

(7) Association of Statin Use With Cataracts : A Propensity Score–Matched Analysis, JAMA Ophthalmol. 2013;131(11):1427-1434.

(8) Karch AM, The Grapefruit Challenge : the juice inhibits a crucial enzyme, with possibly fatal consequences, American Journal of Nursing, décembre 2004, Vol. 104, No 12, 33-5.

(9) Freeman DJ, Norrie J, Sattar N, Neely RD, Cobbe SM, Ford I, et al. Pravastatin and the development of diabetes mellitus : evidence for a protective treatment effect in the West of Scotland Coronary Prevention Study. Circulation 2001;103(3):357-62.

- Guide pratique des médicaments Dorosz, Maloine, 2009.

- Dr Michel de Lorgeril, Cholestérol, Mensonges et propagande, éd. Souccar, 2008.

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