Dents : trop de fluor peut abîmer votre émail (fluorose)

Une étude américaine vient de révéler les mécanismes à l'œuvre dans la fluorose, une pathologie dentaire liée à une exposition trop élevée au fluor, qui provoque des tâches blanches sur les dents.
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Vous pensiez que votre dentifrice enrichi en fluor allait protéger vos dents ? Il pourrait, en fait, avoir l’effet inverse… Une étude menée par des chercheurs du NYU College of Dentistry, et publiée dans Science Signaling, montre comment une surexposition au fluor pendant l’enfance abîme l’émail des dents.

La surexposition au fluor entraîne une fluorose

Le fluor est un minéral naturel qui aide à prévenir les caries, en favorisant la minéralisation et en rendant l’émail des dents plus résistant à l’acidité. Dans la majorité des pays développés, il est ajouté à l’eau potable du robinet - généralement sous forme de fluorosilicate de sodium de l'acide hexafluorosilicique - et parfois dans le sel de table, afin de prévenir les problèmes bucco-dentaires.

Mais si, en faible quantité, il renforce et protège effectivement l’émail des dents, trop de fluor peut provoquer une fluorose dentaire. Celle-ci se traduit par une décoloration des dents, qui laisse souvent des marques blanches opaques, des lignes ou une marbrure de l’émail, et une mauvaise minéralisation des dents.

Une exposition élevée au fluor pendant les dix premières années de sa vie, période à laquelle les dents se forment, favorise la fluorose dentaire. Dans ce cas, le fluor peut, paradoxalement, augmenter le risque de caries. Une enquête des Centers for Disease Control and Prevention a révélé qu’un quart de la population américaine examinée, âgée de 6 à 49 ans, est touché par la fluorose. En France, une autre étude a montré que 45 % des 4/12 ans ont des apports excessifs en fluor.

Pourcentage de population disposant d'eau potable fluorée en 2004

Pourcentage de population disposant d'eau potable fluorée en 2004© Creative Commons

© CC - Auteur : The British Fluoridation Society, The UK Public Health Association, The British Dental Association, The Faculty of Public Health, 2004, The extent of water fluoridation in One in a Million: The facts about water fluoridation - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr

Fluor : il abîme et déminéralise les cellules de l’émail dentaire

Les chercheurs ont analysé les effets de l’exposition des cellules de l’émail dentaire au fluorure, à des taux dans la fourchette haute de ceux qu’on peut trouver dans l’eau potable, et qui correspondent à ceux enregistrés dans les zones où les gens souffrent de fluorose. Ils ont ensuite évalué l’impact du fluorure sur la signalisation cellulaire du calcium, dans la mesure où ce dernier joue un rôle dans la minéralisation de l’émail.

Ils ont découvert que l’exposition des cellules d’émail de rongeurs au fluorure entraîne une dérégulation du calcium. Ce dernier pénètre alors en plus petite quantité dans le réticulum endoplasmique, et il y est plus difficilement stocké. Le fluor perturbe également la fonction des mitochondries, ce qui modifie la production d’énergie des cellules.

En outre, le séquençage de l’ARN leur a permis de constater une expression accrue des gènes codant pour les protéines de réponse au stress du réticulum endoplasmique et ceux codant pour les protéines mitochondriales. Autrement dit, les scientifiques ont pu voir la façon dont la fluorose se met à l'œuvre dans l’émail dentaire.

Les mécanismes de la fluorose mis en lumière

“Cela nous donne une vision mécaniste très prometteuse de la façon dont la fluorose survient”, explique Rodrigo Lacruz, PhD, professeur agrégé de sciences fondamentales et de biologie craniofaciale au NYU College of Dentistry et auteur principal de l'étude.

“Si vos cellules doivent produire de l’émail, qui est fortement calcifié, et qu’à cause d’une surexposition au fluor, les cellules subissent un stress continu dans leur capacité à traiter le calcium, cela va se refléter dans les cristaux d’émail à mesure qu’ils se forment, et aura un impact sur la minéralisation”, ajoute l’expert.

Les chercheurs ont ensuite répété l’expérience sur des cellules rénales humaines, en les exposant au fluor, mais ils n’ont pas observé les mêmes effets. Cela suggère que les cellules de l’émail sont différentes des cellules formant des tissus dans d’autres parties du corps.