Et si l’obésité réduisait la taille de votre cerveau ?

Publié le 24 Avril 2019 par Pauline Capmas-Delarue, journaliste santé
Une vaste étude montre que l’obésité provoquerait un rétrécissement du tissu cérébral dès l’âge moyen, ce qui pourrait augmenter le risque de démence dans le futur.
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handsome bearded man in glasses feeling stressed looking up in mindfulness on gray background© Istock

Le surpoids, mauvais pour la matière grise ? C’est ce que suggère une étude de grande ampleur, réalisée sur des milliers d’adultes au Royaume-Uni, et publiée le 23 avril dans la revue Radiology.

Le cerveau de 12 000 adultes britanniques âgés de 45 à 76 ans a été analysé par les chercheurs, grâce à des IRM. Et ces derniers ont observés des différences de structure cérébrale, entre les personnes ayant un niveau de graisse corporelle élevé et les sujets plus minces.

“Plus la masse grasse était importante, plus le volume de matière grise était faible”

Plus la masse grasse était importante, plus le volume de matière grise (qui contient les neurones) était faible, en particulier dans les zones associées au mouvement, et aux circuits de “récompense”. Des modifications microscopiques de la substance blanche (qui sert à connecter les différentes parties du cerveau) ont aussi été mises en évidence.

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Ces découvertes viennent renforcer de précédentes études. L’une d’elles montrait notamment que les adultes d’âge moyen, souffrant d’obésité abdominale, avaient tendance à posséder un volume de matière grisemoins important que leurs homologues de poids “normal”. D’autres travaux avaient associé l’obésité à un risque accru de démence chez les personnes âgées. Des chercheurs avaient également établi un lien entre la diminution de la matière grise et le risque de démence.

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L’excès de tissu adipeux pourrait affecter le cerveau

Les résultats actuels pourraient aider à relier entre eux tous ces travaux. Un plus petit volume de matière grise suggère une perte de neurones, et des modifications de la matière blanche pourrait nuire à la transmission des signaux cérébraux. Tant d’éléments qui pourraient jouer un rôle dans le risque de démence.

Le Dr. Ilona Dekkers, du Centre médical de l’Université de Leiden (Pays-Bas), principale auteure de l’étude, affirme que l’excès de tissu adipeux pourrait affecter directement le cerveau. “Des études récentes montrent que l’obésité a un impact substantiel sur nos systèmes hormonaux et immunitaires, ce qui peut entraîner des réactions inflammatoires affectant aussi les tissus cérébraux”.

Des arguments confirmés par le Dr. Harold Bay, un endocrinologue américain qui n’a pas participé à l’étude. Celui-ci rappelle que la graisse est un tissu “actif”, et non une matière inerte simplement stockée dans le corps. Lorsque ces cellules deviennent trop grosses, et s’accumulent autour d’organes vitaux, elles deviennent “dysfonctionnelles”. Elles produisent alors des substances inflammatoires, qui contribuent au développement de certaines maladies.

D'autres facteurs possibles dans les modifications de la structure du cerveau

La perte de matière grise dans les circuits de récompense alimentaire pourrait aussi compliquer le contrôle du poids des personnes obèses, souligne le Dr. Dekkers. Toutefois, les chercheurs admettent que leurs travaux possèdent quelques limites, telles que l’absence d’évaluation des capacités mentales (comme la mémoire) des sujets.

Le lien de cause à effet entre l’excès de graisse et les différences cérébrales n’a pas non plus été complètement prouvé. Le Dr. Dekkers précise que cette structure “non-optimale” du cerveau, observée chez les patients obèses, pourrait résulter d’autres facteurs liés à l’obésité, tels qu’une mauvaise alimentation ou un manque d’exercice.

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