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À l’heure actuelle, presque toutes les stratégies gouvernementales reposent sur l’idée qu’un vaccin va nous fournir une protection généralisée contre le coronavirus SARS-CoV-2. Pour autant, rien ne garantit que cela se produira. Et même dans le cas, très probable, où un vaccin est mis au point, nous ne pouvons pas être sûrs que ce dernier éradiquera totalement le virus. Pour tenter d’en savoir plus sur ce que l’avenir nous réserve, nous avons interrogé le biologiste Jean-Philippe Galhaud, Directeur des Affaires Médicales du Groupe LABEXA.

Est-il possible de ne jamais trouver de vaccin contre le coronavirus ?

“Il n’y a pas de panacée et il n’y en aura peut-être jamais”. Tel était le message pessimiste du directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 3 août dernier. “Les essais cliniques nous donnent de l'espoir. Cela ne veut pas nécessairement dire que nous aurons un vaccin”, avait-il précisé.

Néanmoins, “au vu des moyens colossaux déployés dans le monde entier et du nombre de laboratoires qui œuvrent dans ce sens, il est probable que nous en trouvions un”, estime Jean-Philippe Galhaud. “Il y a, en revanche, plus d’incertitude quant au degré d’efficacité de ce vaccin”.

Le vaccin pourrait ne procurer qu’une immunité partielle ou temporaire

D’après le biologiste, il est tout à fait possible que ce vaccin ne puisse pas procurer une immunité parfaite pour tout le monde. Cette immunité pourrait n’être que partielle, et ainsi ne concerner qu’une certaine portion de la population, ou temporaire, comme c’est le cas avec le vaccin anti-grippal, à renouveler chaque année. “Dans les deux cas, la vaccination resterait un outil efficace pour casser les chaînes de transmission et diminuer la propagation du virus au niveau mondial”.

Une fois le vaccin mis au point, tout l’enjeu sera de “définir les stratégies de vaccinations, et notamment savoir par qui on commence”, détaille l’expert. L’hypothèse la plus probable étant que le personnel soignant et les sujets les plus fragiles face au Covid-19 (personnes âgées, patients immunodéprimés, malades chroniques…) recevront le vaccin en priorité.

Vaccin anti-Covid : quelles conditions pour une commercialisation ?

Bien sûr, pour pouvoir être mis sur le marché, ce dernier devra avoir démontré son efficacité, son innocuité et l’absence d’effets secondaires sur une cohorte suffisante, lors des essais cliniques. “Comme pour tout vaccin, il faudra considérer la balance bénéfices / risques”.

Avant qu’ils soient commercialisés, la sécurité des médicaments et des produits biologiques est évaluée dans le cadre d’une procédure d’autorisation de mise sur le marché, explique le site vaccination-info-service.fr. Cette AMM n’est délivrée qu’après “une évaluation de la qualité pharmaceutique, de l’efficacité et de la tolérance du vaccin”, autrement dit s’il ne présente pas de danger aux doses auxquelles il est inoculé.

En France, c’est l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé qui délivre cette autorisation, après avoir évalué les bénéfices et les risques de ce médicament immunologique. L'AMM peut aussi être délivrée par la Commission européenne, pour l’ensemble des pays membres de l’UE, suite à un avis positif de l’Agence européenne des médicaments.

Pourra-t-on alléger le recours aux mesures barrières ?

Pourra-t-on alléger le recours aux mesures barrières ?© Istock

Nombreuses sont les personnes qui attendent avec impatience l’arrivée d’un vaccin, dans l’espoir d’en “finir” avec les mesures restrictives, comme le port du masque et la distanciation sociale. Pourtant, ces dernières doivent plutôt être envisagées comme de bonnes habitudes, à adopter sur le long terme.

“Tousser dans son coude, se laver les mains régulièrement, éviter les contacts lorsqu’on est malade…Ce ne sont que des gestes de bon sens et, pourtant, il faut sans cesse les marteler ”, regrette Jean-Philippe Galhaud. Bien sûr, certaines mesures plus strictes, comme le port du masque dans tous les lieux clos, sont plus exceptionnelles, et répondent au besoin actuel d’enrayer l’épidémie de Covid-19.

L’allègement des mesures barrières dépendra de l’efficacité du vaccin

Ainsi, la découverte d’un vaccin pourrait peut-être s’accompagner d’un certain assouplissement des consignes. Le biologiste précise toutefois que "tout va dépendre de l’efficacité du vaccin”.

S’il est suffisamment efficace, on peut envisager d’alléger certaines mesures barrières. “Mais aujourd’hui, en dehors du confinement, elles constituent le seul moyen pour limiter la propagation du virus – comme de toute autre pathologie infectieuse transmissible par voie aérienne et manuportée – et je ne vois pas comment, dans un futur proche, nous pourrions nous en passer”, explique le scientifique.

Que se passera-t-il si on ne trouve pas de vaccin efficace ?

Que se passera-t-il si on ne trouve pas de vaccin efficace ?© Istock

Même si le vaccin contre le coronavirus n’a pas une efficacité de 100 %, il pourrait néanmoins permettre de diminuer le taux de transmission de la maladie et ainsi mettre fin à la pandémie. La fameuse “immunité collective”, dont on parle beaucoup, peut tout à fait être obtenue, à condition que suffisamment de gens soient vaccinés et que l’efficacité soit assez élevée.

Dans un article publié dans The Conversation, la microbiologiste britannique Sarah Pitt explique que la valeur R0 du SARS-CoV-2 serait comprise entre 4 et 6, selon les estimations actuelles de la communauté scientifique - soit la même que la rubéole. Cela signifie qu’une personne infectée contamine entre 4 et 6 autres individus.

“Le niveau de vaccination nécessaire pour produire une immunité collective et éliminer la rubéole est de 85 %”, indique la spécialiste. Dans l’exemple de la rubéole, il faudrait donc que 85 % des gens développent une résistance à la maladie grâce à la vaccination - ou éventuellement suite à une infection naturelle.

“L’immunité collective dépend du niveau d’immunisation protectrice des individus ; pour le Covid-19, ce pourcentage d’immunisation de la population est estimé à 70 % par l’Institut Pasteur. ”, précise Jean-Philippe Galhaud.

Sans vaccin, le dépistage massif est indispensable

Par ailleurs, en attendant de trouver un vaccin suffisamment efficace - ou dans l’hypothèse où nous ne le trouverions pas - la gestion de la pandémie repose sur le respect des gestes barrières, et le dépistage massif de la population.

“Si ce coronavirus était bénin, comme celui à l’origine des rhumes, on pourrait le laisser circuler et s’en accommoder”, énonce le scientifique. “Le problème, ce sont les cas graves, qui peuvent entraîner une saturation des hôpitaux et le décès des patients”. En l’absence de vaccin, le risque est donc que le virus continue à atteindre des personnes vulnérables. C’est pour cela qu’il faut continuer à tester beaucoup de monde, pour isoler au plus vite les porteurs du virus et ainsi casser les chaînes de contamination.

“Dans la pratique, il est compliqué pour les laboratoires de fournir suffisamment de tests à l’échelle de la population”, déplore le biologiste. "En effet, même si le gouvernement a permis, par différents arrêtés, d’augmenter le déploiement de moyens humains pour augmenter le nombre de prélèvements effectués, l’approvisionnement en réactifs et en machines reste difficile, car on est confronté à une demande mondiale”.

Or, pour identifier rapidement les cas positifs et pouvoir les isoler, il faudra encore augmenter la cadence de fabrication des tests et les déployer rapidement. Il faut donc espérer que nous serons en mesure de tenir ce rythme, le temps qu’il faudra.

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Sources

Merci à Jean-Philippe Galhaud, biologiste et Directeur des Affaires Médicales du Groupe LABEXA.

Coronavirus: what will happen if we can’t produce a vaccine?, The Conversation, 13 août 2020. 

Procédure de mise sur le marché des vaccins, Vaccination-info-service.fr 

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