Syndrome du cœur brisé : avoir un chagrin d’amour pourrait favoriser le cancer

Publié le 19 Juillet 2019 à 16h37 par Pauline Capmas-Delarue, journaliste santé
Le syndrome du cœur brisé - ou de Takotsubo - qui peut survenir après un choc émotionnel, pourrait être fortement corrélé à l’apparition du cancer, selon une récente étude.
Istock

Le syndrome du cœur brisé fait encore parler de lui. La semaine dernière, une femme de 88 ans était décédée moins de douze heures après son mari : le choc et le chagrin causés par la perte de l’amour de sa vie auraient été trop lourds à porter pour son cœur. Selon de nouvelles recherches, celui qu’on nomme aussi le syndrome de Takotsubo pourrait favoriser l’apparition du cancer.

Syndrome du cœur brisé : un patient sur six déclare aussi un cancer

Cette étude suisse, menée sur plus de 1600 adultes dans neuf pays différents, et publiée dans le Journal of the American Heart Association, montre qu’une personne sur six souffrant du syndrome du cœur brisé a aussi déclaré un cancer. Plus encore, les chances de survie cinq ans après le diagnostic du cancer sont également plus faible.

“Il semble exister une forte interaction entre le syndrome de Takotsubo et les tumeurs malignes”, indique le Dr. Christian Templin, auteur principal de l’étude et directeur des soins cardiaques intensifs à l’Hôpital universitaire de Zurich (Suisse). Ce dernier recommande aux patients atteints de ce syndrome de faire des dépistages du cancer, “afin d’améliorer la survie globale”.

Le spécialiste ajoute que l’inverse est aussi possible - à savoir, que le cancer pourrait favoriser cette cardiomyopathie. Néanmoins, cette étude n’a pas encore prouvé de lien de cause à effet entre les deux pathologies.

Les femmes, plus à risque d’avoir ces deux pathologies

Parmi les participants diagnostiqués du cancer, 88 % d’entre eux étaient des femmes, avec une moyenne d’âge de 70 ans. Des chiffres qui rejoignent les proportions plus générales de personnes atteintes de la maladie de Takotsubo, majoritairement féminines (à 80 %) et âgées de plus de 50 ans.

Le Dr. Templin souligne que l’incidence des cas de cancers était bien plus élevée que la moyenne chez les patients atteints de ce syndrome, et ce pour les deux sexes et pour tous les groupes d’âge. Ainsi, chez les femmes de 44 ans et moins, le taux de cancer moyen est de 0,4 % dans la population globale. Ce chiffre monte à 8 % chez les patientes atteintes de la maladie du cœur brisé. Quant aux hommes âgés de 45 à 64 ans, leur taux de cancer attendu est de 2 %, mais il s’élève à 22 % chez ceux qui souffrent de Takotsubo.

Le stress causé par le cancer pourrait causer le syndrome de Takotsubo

Les chercheurs ont observé une majorité de cancers du sein chez les participants, mais aussi d’autres types de cancers, touchant le système digestif, les voies respiratoires, les organes sexuels et la peau. Toutefois, ils ne parviennent pas à expliquer comment les deux pathologies sont liées.

L’une des hypothèses avancées par les scientifiques est que le stress provoqué par le diagnostic du cancer pourrait entraîner le syndrome du cœur brisé. En effet, celui-ci apparaît généralement après un choc psychologique importante comme le décès d’un proche, une rupture sentimentale, et donc, pourquoi pas, la nouvelle d’une maladie grave. Il est aussi possible que des changements métaboliques ou hormonaux causés par le cancer augmentent le risque de cette maladie cardiaque.

Des travaux complémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre le lien entre ces deux maladies

Le syndrome du cœur brisé est une cardiomyopathie qui peut survenir après un choc émotionnel intense - négatif, mais aussi positif, comme apprendre qu’on a gagné au Loto par exemple. Il peut aussi être déclenché par un stress physique majeur, tel qu’une intervention chirurgicale, un AVC ou encore une insuffisance respiratoire.

“De nombreux patients atteints de cancer subissent à la fois un stress émotionnel important et de multiples interventions médicales, les déclencheurs les plus courants [du syndrome de Takotsubo]”, énonce le Dr. Guy Mintz, directeur du service de santé cardiovasculaire au Northwell Health’s Sandra Atlas Bass Heart Hospital (Etats-Unis), qui n’a pas participé à l’étude.

Mais selon lui, “cette étude est trop réduite, et les cancers sont trop variés pour tirer des conclusions quant à une interaction directe des deux diagnostics”. Il estime toutefois qu’il est important que les médecins soient au courant du lien entre le syndrome du cœur brisé et le cancer, de manière à intervenir plus tôt dans le traitement de l’une ou l’autre de ces maladies.

Cet article vous a intéressé ?

Recevez encore plus d'infos santé, en vous abonnant à la quotidienne de Medisite.

Votre adresse mail est collectée par Medisite.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.