Sommaire

Grâce aux avancées de la recherche, plusieurs facteurs alimentaires susceptibles d'intervenir dans le développement de cancers ont été identifiés, explique l'Institut National du Cancer sur son site. Et pas moins de 19 000 nouveaux cas pourraient être évités chaque année, rien qu'en modifiant notre alimentation.

Si les aliments "anticancer" n'existent pas, certains peuvent néanmoins diminuer vos risques. D'autres, à l'inverse, augmentent les chances de développer la maladie. C'est sur ces derniers que nous avons portés notre attention dans cet article.

Viande rouge et charcuterie : des aliments cancérogènes

Depuis 2015, la viande transformée - dont fait partie la charcuterie - est classée comme cancérogène pour l'homme, par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). La viande rouge, quant à elle, est classée comme probablement cancérogène. Celle-ci regroupe de nombreuses viandes : bœuf, porc, veau, agneau, mouton, cheval...

Les viandes rouges et transformées sont tout particulièrement associées au risque de cancer du côlon et du rectum. Rien qu'en 2015, près de 5 600 nouveaux cas de cancers colorectaux leur aurait été attribuées.

Mais ce risque avait déjà été mis en évidence bien des années plus tôt, comme en atteste une étude américaine de 2005. Les auteurs ont suivi 148 610 adultes âgés de 63 ans en moyenne, pendant presque vingt ans. Ils ont constaté que les participants qui consommaient régulièrement de la viande rouge ou transformée avaient 50 % plus de risque de développer un cancer du côlon et du rectum.

Leur forte teneur en graisses animales saturées serait en partie responsable. Selon l'INC, d'autres mécanismes peuvent aussi expliquer ce lien de cause à effet :

  • la production de composés N-nitrosés cancérogènes ;
  • la production de radicaux libres et de cytokines pro-inflammatoires liés à un excès de fer héminique ;
  • les apports de sels nitrités par certaines charcuteries ;
  • la production d’amines hétérocycliques (AHC) ou d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), liée à la cuisson à forte température.

Delphine Lichte, nutritionniste et responsable du programme ETP à l'Institut Rafaël, maison de l'après-cancer, et le Dr Hanène Boudabous, oncologue, recommandent quant à elles de limiter la consommation de viandes rouges à moins de 500 g par semaine, en privilégiant les morceaux les moins gras et en faisant attention à son mode de cuisson.

"Si ça ne va pas à l’encontre des croyances culturelles ou cultuelles, la viande apporte des protéines, du fer, du zinc et de la vitamine B12", précisent-elles. Elles conseillent néanmoins de privilégier la volaille, et d'alterner avec le poisson, les œufs et les légumes secs.

Saucisson, jambon... Les nitrites et nitrates en cause

L'effet cancérogène de la charcuterie serait dû aux nitrites et aux nitrates (précédemment cités). Ces composés sont présents dans le saucisson, mais aussi dans la plupart des charcuteries industrielles comme le jambon blanc, cru, le bacon, le lard ou encore le foie gras.

« Les nitrates et les nitrites sont utilisés comme conservateur (sel nitrité pour prévenir le développement de certaines bactéries), mais aussi comme colorant du jambon cuit ou des saucisses pour les rendre plus roses et plus appétissantes. Les nitrites sont transformés par la flore intestinale en produits cancérigènes », explique le Dr Béatrice de Reynal.

Mieux vaut donc limiter la consommation de charcuterie à moins de 150 g par semaine, conseillent Delphine Lichte et le Dr Hanene Boudabous. Préférez un jambon artisanal cuit au torchon ou un jambon cru juste séché sans nitrite (regardez les étiquettes), ajoute le Dr de Reynal.

Attention : les produits de saurisserie (poisson séché ou fumé) qui sont très salés, fumés et souvent nitrités, peuvent présenter un risque similaire.

Les grillades au barbecue favorisent le cancer de la bouche

Outre le produit en lui-même, le mode de cuisson des viandes pourrait influer sur leur effet cancérogène. Ainsi, les viandes (et les poissons) cuits au barbecue sont très toxiques et suspectés d'augmenter les risques de cancers du pancréas, de la prostate, voire de la bouche.

« Les aliments cuits à forte température et en contact avec les flammes libèrent des composés hautement cancérogènes (hydrocarbures aromatiques polycycliques...) », détaille le Dr Béatrice de Reynal. Cette dernière recommande de les éviter le plus possible.

L'INC confirme que "plusieurs études soulignent une association avec le cancer de l'estomac" mais précise que "les données actuelles ne permettent pas de conclure".

Confitures et produits sucrés nourrissent le cancer

Confitures et produits sucrés nourrissent le cancer© Istock

Depuis quelques années, la recherche a montré que le sucre a tendance à nourrir les cellules cancéreuses, et à faire progresser la maladie. Plusieurs facteurs contribuent à expliquer ce phénomène. L'enzyme phosphoinositide-3-kinase, qui joue un rôle dans la régulation de la glycémie, est codée par un gène, qui mute chez environ 80 % des patients atteints de cancer.

Or cette mutation dérègle l'absorption du sucre par les cellules. Cela entraîne des pics d'insuline, et la libération d’une molécule appelée "Insulin-like growth factor-1" (IGF), qui stimulent la croissance des tumeurs. Cette molécule augmente aussi l'inflammation qui, elle aussi, peut faire croître les cellules cancéreuses.

De nombreuses études ont montré un lien entre la consommation de sucre et la survenue des cancers. Aisni, une étude publiée en 2006 a démontré qu’une consommation élevée de sucres (sirops, sodas, confitures…) augmente le risque de cancer du pancréas. Les chercheurs avaient suivi 77 797 hommes et femmes pendant environ 7 ans.

Une autre, menée auprès de 5 000 femmes, a permis d’observer une augmentation de 12 % du risque de cancer du sein chez les participantes qui consommaient régulièrement des aliments sucrés (glaces, miel, chocolat).

Le sirop de glucose-fructose, plus néfaste que le sucre

Pour le Dr Béatrice de Reynal, nutritionniste, « le sucre n’a jamais provoqué de cancer ». Selon la spécialiste, la faute porterait surtout sur le sirop de glucose-fructose. « Utilisé à la place du sucre dans de nombreux produits, allant du hamburger aux barres chocolatées, biscuits, viennoiseries industrielles, et autres boissons sucrées, ces sirops sont très perturbants pour le pancréas et le foie ».

La spécialiste explique que « leur consommation quotidienne favorise le diabète, les maladies cardiovasculaires et la constitution de stocks de graisses, notamment de triglycérides ». Des facteurs aggravant le risque de cancer.

Mieux vaut donc éviter ces aliments, estime la nutritionniste. « Privilégiez les biscuits à la « cuillère » et les marques qui utilisent du sucre de canne, des œufs frais, du beurre frais... ». Optez plutôt pour du sucre complet ou intégral plutôt que du sucre blanc, et, d’une manière générale, n’en abusez pas.

Limiter, mais pas bannir le sucre

La nutritionniste Delphine Lichte et le Dr Hanene Boudabous mettent toutefois en garde : "il faut faire la différence entre éviter l'excès de sucre et ne pas manger de sucre". Elles rappellent, en effet, que "le sucre est l'énergie vitale pour que le corps et le cerveau fonctionnent".

En outre, celui-ci est aussi source de plaisir. Il est d'ailleurs indispensable à la synthèse de la sérotonine, un neurotransmetteur du bien-être. Sa consommation modérée permet donc d'éviter la déprime, voire la dépression.

"La qualité du sucre consommé est importante, il faut donc bien choisir ses sources". De même, elles recommandent d'éviter les pics d'insuline pour ne pas stimuler IGF1.

Saumon d'élevage : plus d'une fois par mois, il augmenterait vos risques de cancer

Saumon d'élevage : plus d'une fois par mois, il augmenterait vos risques de cancer© Istock

Certes, le saumon est recommandé pour la santé, comme l'ensemble des poissons gras. Bourré d'antioxydants et d'oméga 3, il est bénéfique pour le coeur, pour le cerveau mais aussi pour les articulation. Or, certains chercheurs voient une ombre au tableau : selon eux, la consommation de saumon d'élevage constituerait un risque important pour la santé en raison du taux élevé de polluants cancérigènes.

Saumon d'élevage : il serait propice aux cancer du sein et de la prostate

Le saumon en sauvage est pêché en eau libre et le saumon d'élevage est élevé dans des espaces confinés. C'est ce dernier qui peut avoir des répercussions pour la santé. Une étude révélée en 2004 a prouvé que les POP (polluants cancérigènes) dans le saumon d'élevage étaient environ huit fois plus élevés que dans le saumon sauvage.

Il s'agit de produits chimiques industriels chlorés fabriqués par l'homme. Les POP sont interdits aujourd'hui à des fins commerciales, or, des traces peuvent encore être présentes dans l'environnement et l'exposition se fait désormais principalement par l'alimentation.

Des scientifiques ont donc fait le lien entre ces polluants et certains cas de cancer. Ils ont averti que la consommation régulière de saumon d'élevage pourrait augmenter le risque de développer un cancer. Les résultats, publiés dans la revue Science, suggèrent que le saumon d'élevage vendu dans les supermarchés peut faire plus de mal que de bien à l'organisme (s'il est consommé trop régulièrement). Selon, il ne faudrait pas en consommer plus d'une fois par mois.

"L'effet biologique et toxique des POP et de leurs métabolites est dû en partie à leur capacité à interagir avec plusieurs récepteurs cellulaires et nucléaires, modifiant ainsi les voies de signalisation et la transcription des gènes", explique de son côté la revue Environmental Research.

A priori, ce seraient le cancer de la prostate et le cancer du sein les plus grands risques.

Alcool : 16 000 décès par cancer chaque année

Alcool : 16 000 décès par cancer chaque année© Istock

Classé cancérigène pour l’Homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) depuis 1988, l'alcool représente la deuxième cause évitable de mortalité par cancer - derrière le tabac - et responsable de 28 000 nouveaux cas par an dans l'Hexagone.

Œsophage, larynx, bouche, pharynx, sein, rectum, côlon, foie... Les boissons alcoolisées toutes confondues sont responsables de près de 16 000 décès par cancer chaque année en France, selon l'INC. Le risque dépend davantage de la dose consommée que du type de boisson.

L'alcool se décompose en molécule cancérogène

« L'alcool est transformé dans l'organisme en acétaldéhyde, une molécule cancérogène, qui accroît les risques de cancer », explique le Dr Béatrice de Reynal. « Il agresse aussi directement la muqueuse et provoque des tumeurs localisées ».

Sa consommation doit donc être limitée à 10 verres par semaine maximum, avec deux jours d'abstinence totale, selon les nouvelles recommandations. « Préférez les vins élevés en fût de chêne plutôt que ceux en cuve inox et qui n’ont donc pas les atouts antioxydants du bois », préconise la nutritionniste. Il est, bien sûr, préférable de passer plusieurs jours sans boire d'alcool du tout.

À savoir : un verre d'alcool correspond à 3 cl de whisky, à 10 cl de vin, 25 cl de bière… En 2017, la consommation annuelle des Français était estimée à 11,7 litres d'alcool par habitant, soit environ 2,5 verres par jour.

Frites et friture : attention au cancer du rein

Frites et friture : attention au cancer du rein© Istock

La consommation d'aliments frits augmente le risque de nombreux cancers, comme celui du rein, de l'estomac... Le 12 février 2014, l'Académie Nationale de Pharmacie a mis en garde contre la glycation des protéines, une réaction chimique qui se produit dans les aliments lorsqu'ils sont cuits à haute température.

Parmi les produits de glycation avancée, on peut citer l'acrylamide. Cette molécule potentiellement cancérigène "se forme lorsque divers produits et denrées alimentaires, notamment les pommes de terre, les céréales et le café sont frits, rôtis ou cuits au four, et généralement lorsque la température de cuisson dépasse 120°C, indique l'OMS dans une note d'information du 1er mars 2005.

D'après l'Organisation, les frites, les frites au four, les chips de pomme de terre, les céréales, le pain grillé, les biscuits, le pain blanc et le café sont à l'origine de 80 % de nos apports en acrylamide.

« Les chips sont de loin les plus toxiques », estime le Dr Béatrice de Reynal. Parmi les autres aliments frits à risque : les frites, les nuggets, les beignets, les pommes de terres Dauphine... La spécialiste recommande de ne pas consommer plus d'un aliment frit par semaine. Elle précise que les snacks, comme les pop-corn, augmentent aussi les risques de cancer.

Camembert : mauvais pour la prostate !

Camembert : mauvais pour la prostate !© Istock

Les fromages affinés (camembert, roquefort, cantal...) consommés en trop grandes quantités, peuvent devenir néfastes pour les personnes de plus de 50 ans, en augmentant les risques de cancer de la prostate. La forte teneur en graisses animales saturées, présentes dans les fromages gras, serait en partie responsable, estime le Dr de Reynal.

"Consommer deux produits laitiers par jour protégerait du cancer colorectal, aurait un effet neutre sur celui du sein, mais favoriserait celui de la prostate", précise le Dr Boudabous. En cause : l'industrialisation et le traitement de ces produits, de même que les intolérances grandissanets aux lactoses, qui sont source d'inflammation chronique et peuvent donc activer des NF kappa B et IGF1.

Les produits laitiers stimulent l'hormone IGF-I

"Le lait et les produits laitiers sont liés à un risque accru de cancer de la prostate en raison de l'hormone IGF-I, qui deviendrait néfaste si elle est présente en trop grande quantité dans notre organisme", ajoute la spécialiste. Pour arriver à cette conclusion, des chercheurs de la Mayo Clinic ont passé en revue 47 études publiées entre 2006 et 2017, auprès de plus d'un million de participants.

Ces derniers ont constaté que les produits laitiers sont la principale source de calcium dans les pays occidentaux, où les taux de cancer de la prostate sont élevés. À l'inverse, les taux de cancer de la prostate sont plus faibles dans les pays asiatiques, où la consommation de produits laitiers est réduite. En outre, ils ont aussi observé une diminution du risque de cancer de la prostate chez les végétariens.

Laitages : pas plus de 2 portions par jour

"Par convention et sécurité, la consommation recommandée est fixée à 2 portions par jour", indique l'oncologue. "Et attention pour ce qui est du fromage : plus il est dur, plus il est gras".

La nutritionniste Béatrice de Reynal conseille, quant à elle, de consommer une portion de 40 g de fromage par jour, pas plus. Pour la seconde portion de produits laitiers, « il faut privilégier les laitages demi-écrémés (lait, fromage blanc) et les yaourts natures qui apportent moins de 3 % de MG », explique-t-elle.

> Téléchargez gratuitement votre guide mutuelle senior 2022 et économisez sur votre facture santé ! En savoir plus >

Sources

Meat Consumption and Risk of Colorectal Cancer, Journal of the American Medical Association, 12 janvier 2005. 

Consumption of sugar and sugar-sweetened foods and the risk of pancreatic cancer in a prospective study, American Journal of Clinical Nutrition, novembre 2006. 

Le sucre impliqué dans le développement de nos cellules cancéreuses ?, Le quotidien du patient, 24 mai 2019. 

Alcool, Institut National du Cancer, 29 mars 2019. 

Les dérivés toxiques du glucose : une menace pour la santé ?, Académie Nationale de Pharmacie, 12 février 2014. 

Effect of Plant- and Animal-Based Foods on Prostate Cancer Risk, The Journal of the American Osteopathic Association, novembre 2019. 

Remerciements au Dr Béatrice de Reynal, nutritionniste, directrice de l’agence Nutrimarketing, et auteur du blog « http://miammiam.mabulle.com/ ».

Merci à Delphine Lichte, nutritionniste, et au Dr Hanène Boudabous, oncologue à l'Institut Rafaël. 

https://www.express.co.uk/life-style/health/1535104/cancer-risk-farmed-salmon-polychlorinated-biphenyl

Voir plus

Vidéo : Le top des choses cancerigenes

mots-clés : Cancer
Notre Newsletter

Recevez encore plus d'infos santé en vous abonnant à la quotidienne de Medisite.

Votre adresse mail est collectée par Medisite.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.