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Alice Detollenaere et son compagnon, le nageur Camille Lacourt sont, depuis peu, les parents d’un petit garçon prénommé Marius. Un heureux évènement survenu après un combat de taille : le cancer du sein. Alice Detollenaere avait annoncé sa maladie le 8 janvier 2020 via son compte Instagram. L’ancienne reine de beauté (Miss Bourgogne 2010) a aujourd’hui remporté cette bataille et s’apprête à donner naissance à un autre "bébé" : son premier livreGuérie par ton amour, à paraître en septembre 2021 aux éditions Leduc.s.

"J’ai décidé de ne plus jamais réduire au silence cette épreuve qu’est le cancer du sein en racontant mon combat, ce combat que nous avons gagné à deux", partage Alice Detollenaere durant une interview accordée dernièrement à Medisite. La mannequin a en effet pu compter sur le soutien sans faille de Camille Lacourt durant sa maladie.

Du diagnostic à la guérison, en passant par la mastectomie [chirurgie mammaire non conservatrice consistant à retirer le sein dans son intégralité, ndlr], Alice Detollenaere nous confie sans tabou tout ce par quoi elle a dû passer. Interview exclusive.

"On peut s'accepter avec une nouvelle poitrine"

Medisite : Pourquoi ce livre ?

Alice Detollenaere : Dans mon entourage, plusieurs femmes connues en ont été victimes du cancer du sein et ont décidé de le taire. Je les comprends : certaines avaient peur d’être stigmatisées, d’autres de perdre leur emploi. Mais de mon côté, à travers mon expérience de femme et de mannequin qui utilise son corps pour travailler, je voulais donner l’exemple et montrer qu’on peut s’accepter avec une nouvelle poitrine. J’ai eu la chance de pouvoir continuer à travailler malgré mon cancer. Aussi, je voulais apporter un témoignage pour les filles touchées par ce cancer et qui cherchent des conseils sur les endroits où se faire soigner ou d’autres informations. Je ne prétends pas détenir le mode d’emploi, mais j’espère pouvoir les éclairer sur plein d’aspects.

Medisite : Comment aviez-vous réagi à l’annonce du diagnostic ?

AD : C’était la douche froide. Pourtant, je n’aurai pas dû être aussi surprise. Le cancer est assez présent dans ma famille et le cancer du sein particulièrement. J’avais des prédispositions. Il n’y a jamais de bon moment pour recevoir ce genre de diagnostic, mais pour ma part, le timing était vraiment mauvais. J’ai perdu mon papa un an avant à cause d’un cancer. Pour cette raison, j’avais décidé de ne pas parler de ma maladie à ma famille tout de suite. Je ne me voyais pas faire encore plus de peine à ma maman. Et avec Camille, cela faisait seulement un an qu’on était ensemble, donc je ne savais pas du tout comment il allait réagir. Je me disais qu’il aurait envie de me quitter et je l’aurai compris. Dans ce contexte, j’étais perdue et très triste…

Medisite : Vous aviez des symptômes annonciateurs ?

AD : Grâce à l’autopalpation, j’avais senti une boule dans mon sein durant l’été. Il se trouve qu’un an avant, j’avais également ressenti une douleur à ce même sein. Exactement là où on a trouvé la boule. À l’époque, j’avais préféré ne pas y penser. Mais avec du recul, je me dis que j’aurai dû consulter bien avant. Je suis donc allée faire une mammographie et mon cas a nécessité une biopsie [un prélèvement, ndlr]. Le docteur m’avait rassurée en me disant que j’avais 99,9 % de chance que ce ne soit rien. "Il ne faut pas vous inquiéter", m’avait-il dit. Après le diagnostic, il s’est excusé. Il voulait simplement se montrer rassurant et empathique. En même temps, si l’on tient compte des statistiques, aux vues de mon âge, le médecin ne pouvait pas s’attendre à un tel diagnostic. Après les examens, je m’étais donc replongée dans ma vie sans me préparer psychologiquement.

"De nombreuses femmes veulent savoir si la mastectomie est douloureuse"

"De nombreuses femmes veulent savoir si la mastectomie est douloureuse"

Medisite : Quelles ont été les alternatives que vous aviez après le diagnostic ?

AD : Le gynécologue que j’ai consulté lorsque j’ai constaté le nodule m’a proposé de retirer la tumeur à l’endroit où les cellules cancéreuses ont été repérées, puis d’avoir recours à une radiothérapie. Il m’a assuré qu’il n’y avait pas besoin de retirer tout le sein. Mais en faisant d’autres analyses, j’ai eu des avis d’autres médecins. Après mon IRM, une docteure s’était particulièrement affolée en disant qu ’il y avait des cellules cancéreuses partout et qu’il fallait retirer tout le sein. Je n’étais alors plus sûre de rien. Si j’avais envie de suivre ce que me préconisait le premier médecin, je ne me sentais pas en sécurité dans ce diagnostic. J’ai annulé l’opération qu’il me proposait trois jours avant et j’ai consulté l’Institut Curie. Ils m’ont confirmé qu’il fallait avoir recours à la mastectomie, car j’avais des cellules disséminées. C’était un cancer plus grave que ce que le premier docteur m’avait décelé.

Medisite : Ce n’était pas trop dur à accepter ?

AD : Si, évidemment. Mais au bout d’un moment, entre tous les examens et les diagnostics… C’était un ascenseur émotionnel. On finit par être pressé d’arriver à l’opération. On veut juste en finir et être tranquille. Et finalement, après ma mastectomie, les médecins ont procédé à l’analyse de la chaîne ganglionnaire afin de savoir si le cancer s’était répandu ailleurs. Ils m’ont annoncé que je n’avais pas besoin de traitements supplémentaires. Finalement retirer tout mon sein m’aura évité la chimiothérapie et la radiothérapie.

Medisite : Avez-vous beaucoup souffert ?

AD : De nombreuses femmes me contactent et veulent savoir si la mastectomie est douloureuse. Je peux leur répondre que non. On ne souffre pas. On s’imagine que cela va être très douloureux, mais non.

Medisite : Vous avez envisagé ou déjà fait une reconstruction ?

AD : J’ai eu la chance d’avoir la reconstruction le même jour que la mastectomie. Cela m’a permis de ne jamais rester sans sein. Ma peau n’avait pas été atteinte par les cellules cancéreuses. On m’a retiré ce qu’il y avait en dessous, mais la peau, c’est toujours la mienne.

Medisite : La reconstruction immédiate vous a aidé à mieux accepter ?

AD : Oui, complètement. C’était un parfait compromis. Ce qui a changé, c’est qu’aujourd’hui, je suis obligée de porter des soutien-gorges. Sans quoi, on voit la prothèse puisqu’elle se trouve à seulement quelques millimètres sous la peau et ce n’est pas très beau. Normalement, j’aurai droit à une autre reconstruction pour injecter plus de graisses, redessiner le mamelon etc… Mais chaque chose en son temps. Je préférais avoir mon bébé avant. D’autant plus que la grossesse a accentué l’asymétrie entre les deux seins. Mais finalement, ce n’est pas si grave. Avec les sous-vêtements, on peut tricher. On trouve toujours des solutions.

"Ce cancer était notre combat"

"Ce cancer était notre combat"

Medisite : Vous avez entamé votre grossesse combien de temps après votre guérison ?

AD : 8 mois. À l’époque où j’ai découvert mon cancer, c’était justement le moment où l’on prévoyait de faire un enfant avec Camille. Donc notre projet bébé a été reporté d’un an. J’ai eu quand même beaucoup de chance. Si l’hormonothérapie [traitement visant à prévenir les récidives de cancer, ndlr] est très recommandée chez certaines patientes après le cancer, dans mon cas, il était possible de s’en passer. On m’a alors proposé de faire mon enfant et de suivre le traitement après. Ce dernier n'est pas compatible avec la grossesse.

Medisite : Qu’est ce qui vous a le plus aidé à tenir pendant votre combat ?

AD : On me dit souvent que je suis courageuse, mais tout le monde l’aurait été à ma place. On doit avancer. Mais Camille était à mes côtés et je pense que ça a aidé. Ce qui me faisait le plus de peine, c’était de voir la tristesse chez mes proches. Or, chez Camille, je ne la ressentais pas. Il n’a jamais voulu prendre une après-midi et respirer. Il disait qu’il ne se sentait bien qu’auprès de moi. Je n’ai pas ressenti de souffrance chez lui. Je pouvais m’appuyer sur lui comme je voulais. Il a dû avoir de la peine, c’est logique, mais à aucun moment il n’a eu envie de prendre de la distance – en tout cas, je ne l’ai pas ressenti. Et surtout, à aucun moment il n’a douté qu’on allait y arriver. Ce cancer était notre combat.

Medisite : Avez-vous un message à adresser aux lecteurs de Medisite ? Aux femmes qui sont touchées par le cancer ou par celui d’un de leur proche ?

AD : Oui. Choisissez bien les personnes qui vous entourent. Celles avec qui vous voulez traverser ce combat. C’est important d’être bien épaulée. Et pour les accompagnants, je sais aussi que ce n’est pas facile. Je me mets à leur place, car j’ai été accompagnante du temps où mon père était malade. Il faut mettre son orgueil de côté, être fort… Être présent tout simplement.

Je voudrais ajouter, qu’à l’annonce d’un diagnostic de cancer, on craint souvent de perdre les cheveux ou le sein. Mais finalement, on se rend compte que ce n’est pas si grave que ça. On s’en remet vite. Ce n’est pas un hasard si certaines femmes préfèrent attendre avant d’avoir la reconstruction. Car il faut un temps pour tout. Il faut du temps pour accepter d’être malade, mais aussi du temps pour accepter d’être guérie.

Medisite : Avez-vous un message à adresser aux lecteurs de Medisite ? Aux femmes qui sont touchées par le cancer ou par celui d’un de leur proche ?

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Sources

Merci à Alice Detollenaere, interviewée le 26 juillet 2021 par Emmanuelle Jung

mots-clés : Cancer
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