Cancer de l'estomac : les inhibiteurs de la pompe à protons augmentent les risques

Publié le 04 Juin 2019 à 16h58 par Pauline Capmas-Delarue, journaliste santé
Des médicaments largement répandus, pour lutter contre les affections gastro-intestinales, pourraient augmenter le risque de décès liés au cancer de l’estomac, aux maladies cardiaques et rénales.
Istock

16 millions de personnes ont eu une prescription d’inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) en 2015 dans l’hexagone, selon l’ANSM. Soit presque un quart de la population française. Un chiffre inquiétant, puisque selon une étude publiée dans le British Medical Journal, ils pourraient augmenter le risque de décès dus à des maladies chroniques.

Les inhibiteurs de la pompe à protons sont des médicaments couramment utilisés contre les brûlures d’estomac, le reflux acide et les ulcères. Parmi eux, ont peut citer l’Inexium®, le Lanzor®, le Mopral®, l’Inipomp® et le Pariet®, commercialisés en France.

45,2 % de décès supplémentaires après consommation d’IPP

Des chercheurs de la Washington University School of Medicine (Etats-Unis), menés par le Dr. Ziyad Al-Aly, ont examiné les données médicales des anciens combattants américains, de 2002 à 2004. Durant cette période, 157 625 sujets ont eu une prescription pour des IPP, et 56 842 personnes ont reçu des antihistaminiques H2, un autre type d'antiacide.

Les scientifiques ont suivi ces patients pendant une dizaine d’années. Pendant cette période, il y aurait eu 45,2 % de décès supplémentaires pour 1000 personnes sous IPP. Une mortalité largement associée aux maladies cardiovasculaires, au cancer de l’estomac et aux maladies rénales chroniques.

Le taux de décès par maladie cardiovasculaire ou maladie rénale chronique est supérieur chez les patients sous IPP que chez ceux qui utilisent des anti-H2. En revanche, la mortalité liée au cancer de l’estomac est sensiblement la même dans les deux groupes. De manière générale, le risque de décès augmente avec la durée du traitement, même à faible dose.

Les experts alertent sur l’usage excessif de ces médicaments

Ces recherches ont aussi montré que plus de la moitié des patients qui utilisent des IPP n’en ont aucun besoin médical. “Ce qui me préoccupe le plus, c’est que les personnes sous IPP risquent de subir de graves préjudices, alors même qu’ils n’en ont pas forcément besoin”, souligne le Dr. Al-Aly. “Leur sur-utilisation n’est pas sans conséquences”.

Un constat qui rejoint celui de l’ANSM. Selon l’agence, l’utilisation très importante (voire excessive) des IPP en France “ne semble pas toujours en adéquation avec les recommandations” sanitaires. Ces derniers seraient “ très souvent initiés en prévention des lésions gastroduodénales dues aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), chez des patients ne présentant pas de facteur de risque”.

Le Dr. Al-Aly estime que ces médicaments “devraient fournir un avertissement plus clair quant aux risques qu’ils présentent pour la santé [...] et sur la nécessité de limiter leur durée d’utilisation, qui ne doit généralement pas excéder 14 jours”. “En prendre sur plusieurs mois ou sur plusieurs années n’est pas sûr”, conclut-il.

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