Qu'est-ce qu'une rupture d'anévrisme ?

Certaines personnes naissent avec une fragilité des vaisseaux, qui demeure ignorée parce qu’elle n’occasionne souvent aucun symptôme.

Au fil du temps, la paroi d’une artère se dilate peu à peu et forme un petit ballon de plus en plus mince et fragile, appelé anévrisme.

Si elle grandit et se dilate trop, l’artère peut alors se rompre à tout moment. Les anévrismes peuvent se former à différents endroits.

On parle souvent du cerveau, mais le type le plus courant est celui de l’aorte abdominale et du thorax, la plus grande artère du corps, qui achemine le sang du cœur aux organes.

Quels sont les types de ruptures d'anévrisme ?

Il existe trois principaux types d'anévrisme susceptibles de se rompre :

  • Les anévrismes cérébraux : sont les anévrismes les plus fréquents. Généralement localisés à la base du cerveau, ils provoquent une hémorragie intracrânienne lors d'une rupture.
  • Les anévrismes aortiques : l'aorte représente la plus grosse artère qui part du muscle cardiaque pour descendre le long de la colonne vertébrale.
  • Les anévrismes cardiaques, fréquemment situés au niveau du ventricule gauche. Ce type d'anévrisme se forme souvent à la suite d'un infarctus du myocarde.

Photo : Anévrisme de l'aorte abdominal

Photo : Anévrisme de l'aorte abdominal© Creative Commons

Crédit : National Institutes of Health - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/

Comment se forment les anévrismes ?

Le gonflement dans une artère se produit à la suite d'un amincissement de sa paroi, ce qui permet à la pression sanguine d’élargir anormalement la paroi artérielle.

Un anévrisme aortique prend en général la forme d’un gonflement qui est uniforme tout autour de l'artère, alors que l’anévrisme cérébral se traduit plutôt par la formation d’un gonflement qui prend la forme d’un sac, généralement à un endroit où les artères sont les plus fragiles.

Les anévrismes cérébraux avec rupture sont la cause la plus fréquente d'un type d'accident vasculaire cérébral (AVC) connu sous le nom d'hémorragie sous-arachnoïdienne. Ce type d'AVC est moins fréquent que les AVC d’origine ischémique.

Photo : Anévrisme intra-crânien

Photo : Anévrisme intra-crânien© Creative Commons

Crédit : Flappiefh - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/

Quelle différence entre un infarctus et hémorragie par rupture d'anévrisme ?

Les deux affections touchent la circulation sanguine du cerveau ou d’un autre organe et constituent une urgence vitale.

L'AVC ischémique (infarctus) est provoqué par l'obturation d'un vaisseau sanguin dans le cerveau à cause d'un caillot ou par la rupture d'un vaisseau. Cet AVC ischémique peut se transformer et devenir secondairement hémorragique.

La rupture d'anévrisme, elle, entraîne une hémorragie cérébrale. Ainsi, l'accident vasculaire cérébral est une dénomination globale, qui inclue plusieurs affections, dont la rupture d'anévrisme.

Prévalence et âge du pic de rupture d'anévrisme ?

Entre 1 et 4 % de la population mondiale serait porteuse d’un anévrisme (dilatation d’une artère qui rompt brutalement), soit congénital, soit acquis (dû à des pathologies cardio-vasculaires : hypertension, diabète...).

En France, on dénombre chaque année plus de 140 000 nouveaux cas d’accidents vasculaires cérébraux, soit un toutes les quatre minutes.

L’AVC peut survenir à tout âge : si l’âge moyen de survenue d’un AVC est de 74 ans, 25 % des patients ont moins de 65 ans et 10 % moins de 45 ans. Ces dernières années le nombre d’AVC affectant des personnes jeunes a augmenté de manière significative.

Quels sont les symptômes d'une rupture d'anévrisme ?

La rupture est spectaculaire et peut entraîner la mort.

La victime perd conscience après avoir ressenti un mal de tête d'une violence inhabituelle, semblable à un coup de tonnerre, souvent accompagné de nausées et de vomissements. Un déficit neurologique apparaît brutalement ou rapidement.

Ces signes cliniques témoignent de l'hémorragie cérébrale  provoquée par la rupture d'anévrisme.

Parfois, il arrive que le gonflement des parois de l’artère (cérébrale ou abdominale) provoque, quelques mois avant la rupture un déficit plus ou moins variable et dont l’expression dépend de la localisation de l’anévrisme :

  • Un syndrome de masse sur la IIIᵉ paire crânienne (nerf oculomoteur qui relève des mouvements oculaires) : chute de paupière, vision double, dilatation pupillaire,…
  • Une masse pulsation  au niveau du ventre, parfois des douleurs thoraciques, une difficulté à avaler ou à respirer (si elle se trouve dans l’abdomen ou le thorax).

Le Pr Ayman Tourbah précise : "Ce n’est pas systématique, mais au moment de l’incident, la personne peut présenter une différence de pouls entre un bras et l’autre. Un signe de plus auquel il faut rester attentif pour ne pas passer à côté."

Quelles sont les causes ?

L'origine de l'anévrisme est mal connue, mais on sait, que les anomalies congénitales qui se développent peuvent devenir des anévrismes au fil du temps.

Dans d'autres cas, ils sont acquis : l’association à d'autres pathologies telle que l'hypertension ou le diabète  peut provoquer une fragilisation de la paroi des artères, favorisant ainsi l'apparition d'un anévrisme.  

Quels sont les facteurs de risques ?

Les principaux facteurs de risques sont principalement le tabac même si c’est encore compliqué de décrire ses effets. Les spécialistes évoquent les contraceptifs oraux et une consommation excessive d'alcool comme facteurs influençant le développement des anévrismes. La sédentarité et l’obésité augmentent également les risques d’anévrisme.

Qui sont les personnes à risque ?

L’anévrisme peut toucher tout le monde, aussi bien les enfants (rare) que les personnes âgées, les femmes ou les hommes.

Vous avez un risque accru :

  • Si un ou des proches de votre famille ont eu un anévrisme ;
  • Si vous êtes atteints de pathologies cardio-vasculaires : hypertension artérielle, diabète, taux élevé de cholestérol...

Durée

La rupture d’anévrisme est une urgence absolue et nécéssite une prise en charge rapide. Certaines personnes se plaignent de maux de têtes quelques jours ou quelques heures avant la rupture de l’anévrisme.

Après une chirurgie, la durée d’hospitalisation évolue de 8 à 15 jours, avec une période postopératoire immédiate de 2 à 5 jours en unité de soins intensifs.

Est-ce contagieux ?

La rupture d’anévrisme n’est pas contagieuse, mais les antécédents familiaux représentent un facteur de risque.

Qui, quand consulter ?

Chez certaines personnes, les symptômes disparaissent, ainsi ils oublient vite l’incident précurseur d’anévrisme et retournent à leur quotidien. Pourtant, en cas de doute, n’hésitez pas à consulter en urgence dans un service de neurologie qui prescrira un certain nombre d’examens : prise de sang, échographie-doppler, électrocardiogramme, mais surtout imagerie cérébrale ...

Que se passe-t-il si l’anévrisme est avéré ?

Réponse du Pr Ayman Tourbah :

"Des précautionsun traitement et une surveillance  sont instaurés pour éviter l’accident grave."

Complications ?

La plupart du temps, les personnes ne souffrent pas des complications, cependant à la suite d’un anévrisme aortique silencieux ou avec rupture, des douleurs thoraciques et/ou lombaires sévères peuvent apparaitre. Enfin, certains types d'anévrisme peuvent conduire à une angine de poitrine, une douleur liée à des artères rétrécies qui alimentent mal le cœur.

Comment s'effectue le diagnostic de l'anévrisme cérébral ?

En cas d'anévrisme au cerveau

Si l’anévrisme est découvert lorsqu’il est encore petit (moins de 6 mm) et qu’il n’y a aucun symptôme, une surveillance est préconisée tous les 6 à 12 mois. Grâce à la surveillance, la plupart des patients sont aujourd’hui opérés dès que le seuil limite préventif est atteint.

En général les tests incluent :

  • Une tomographie informatisée (CT) :  Ce scanner est habituellement le premier test utilisé pour déterminer s’il existe des saignements dans le cerveau.
  • Un IRM qui est utilisé pour évaluer les artères en détail et permet d’identifier le site de l’anévrisme.
  • Parfois la détection d’hématies dans le liquide cérébrospinal (LCS) est effectuée sur une Ponction Lombaire.
  • Angiographie cérébrale ou angioscanner. L’angiographie conventionnelle est pratiquée actuellement avant un geste interventionnel. Le radiologue injecte un produit de contraste dans un cathéter après ponction d’une grande artère. Ce test est invasif

En cas d'anévrisme abdominal

On découvre parfois l’anévrisme de l’aorte abdominale au cours d’une échographie pour une toute autre maladie. Il arrive aussi que votre médecin généraliste le dépiste à la palpation : il peut sentir au niveau du ventre une masse battante suspecte. Dès 60 ans, n’hésitez pas à lui demander.

En cas de doute, il prescrira des examens de contrôle, comme une échographie abdominale ou un scanner.

Si l’anévrisme est confirmé, une surveillance annuelle est mise en place lorsqu’il ne dépasse pas 40 mm (le diamètre de l’aorte est de 20-25 mm). Grâce à la surveillance de l’aorte, la plupart des patients sont aujourd’hui opérés dès le seuil limite préventif atteint.

Traitements

L'embolisation

Dans 70% des cas, le médecin utilise l’embolisation car elle est beaucoup moins lourde qu’une chirurgie classique. Un petit cathéter est introduit dans l’artère fémorale, au pli de l’aine, puis remonté par les vaisseaux jusqu’au cerveau. Sous contrôle échographique, il dépose des spirales en platine souples dans la poche de l’anévrisme, destinées à le boucher et à consolider l’artère fragilisée.

La chirurgie classique

Dans environ 30 % des cas, l'embolisation n'est pas souhaitable pour diverses raisons et les médecins ont alors recours à la chirurgie classique. La technique consiste à clipper l'anévrisme : il est ainsi séparé du reste de la circulation et donc asséché en sang ou à poser une prothèse (tube synthétique) par cathéter ou chirurgie. La technique chirurgicale présente l’avantage d’avoir d’excellents résultats sur le long terme, et ne nécessite donc pas de suivi particulier après l’intervention, mais la chirurgie oblige à ouvrir la boîte crânienne, ce qui comporte toujours des risques et crée un traumatisme supplémentaire pour le cerveau. Elle est donc plutôt réservée aux patients jeunes  et en bonne santé.

Parfois, le médecin privilégiera la technique endovasculaire pour traiter l'anévrisme de l'aorte abdominale, car de cette manière l’abdomen n’a pas besoin d’être ouvert. Elle est donc réservée plutôt aux patients âgés ou trop fragiles pour supporter la technique ouverte.

Peut-on mourir d'une rupture d'anévrisme ?

Une rupture d’anévrisme peut être responsable de mort soudaine ou rapide, ailleurs de séquelles neurologiques.

Prévention

Encore faut-il savoir qu'il y a un anévrisme ! Dans la majorité des cas, l'anévrisme est dépisté de manière fortuite, à l'occasion d'un examen d'imagerie (scanner, IRM) réalisé pour autre chose. Le traitement préventif ne sera envisagé que si l'anévrisme excède une taille critique et si le patient n’est pas trop âgé, car toute intervention présente un risque.

Le Pr Ayman Tourbah ajoute qu'il ne faut pas oublier les règles de contrôle des facteurs de risque et d’éviter les traitements anticoagulants ou anti-agrégants.

Sites d’informations et associations

HAS Santé

Sources

https://fr.wikipedia.org/wiki/An%C3%A9vrisme