Définition du choc anaphylactique

Par définition le choc anaphylactique (ou anaphylaxie) est une réaction allergique extrêmement violente à un allergène (substance étrangère à l’organisme). Ce sont des accidents rares et parfois mortels si la personne n’a pas un traitement approprié très rapidement. La pénétration de l’allergène dans l’organisme se fait principalement par voie respiratoire, digestive ou intraveineuse, mais aussi par piqûre d’insecte ou simple contact.

La réaction allergique peut provoquer une insuffisance circulatoire, une chute de la tension artérielle, une accélération du rythme cardiaque, des troubles respiratoires et digestifs mettant en danger les organes vitaux.

Qu’est-ce qui provoque l'anaphylaxie ?

Lors d’un premier contact avec un allergène (substance étrangère à l’organisme), les anticorps IgE sécrétés par les plasmocytes (cellules du système immunitaire qui produisent des anticorps) vont se fixer sur les mastocytes ou les polynucléaires basophiles (tous deux des globules blancs). Souvent, le premier contact n’entraîne pas de signes cliniques. Mais la réintroduction successive de cet allergène peut entraîner à terme une très forte réaction allergique : le choc anaphylactique. Ce dernier peut aussi se produire lors du tout premier contact avec une substance donnée.

Parmi les substances les plus fréquemment mises en causes, on retrouve : les agents anesthésiques (curare, anesthésiques locaux…), les piqûres d’insectes (abeilles…), certains aliments (poissons, fruits de mer, noix, œufs, arachide, fraises, bananes, avocats, kiwis, lentilles, soja…), des médicaments (aspirine, pénicillines…), le lait, le latex, les produits iodés utilisés en radiologie.

Combien y a-t-il de chocs anaphylactiques par an en France ?                                                

L’anaphylaxie constitue une urgence médicale absolue puisqu’il s’agit d’une réaction allergique dont l’issue peut être fatale. Selon Véronique Olivier, présidente de l’association française pour la prévention des allergies (Afpral), environ 500 000 personnes vivent en France avec « un risque potentiel d’anaphylaxie ». D'après l'Inserm, 60 % des chocs anaphylactiques sont dus à des aliments. 

Le nombre d'hospitalisations est en hausse

Une étude britannique révèle que le taux d'hospitalisations pour anaphylaxie causée par la nourriture a plus que triplé en 20 ans, au Royaume-Uni. Il est donc tout à fait possible que ce soit aussi le cas dans l'Hexagone, même si la prévalence de cette réaction allergique sévère est encore mal documentée. 

Les chercheurs du National Heart & Lung Institute de l'Imperial College de Londres ont analysé les données disponibles sur l'anaphylaxie entre 1998 et 2018, soit 101 891 admissions à l'hôpital. Parmi elles, 30 % étaient imputables à un déclencheur alimentaire. 

Sur la période étudiée, les admissions pour anaphylaxie alimentaire sont passées de 1,23 à 4,04 pour 100 000 habitants, par an, soit une augmentation annuelle de 5,7 %. Cette hausse est encore plus élevée chez les enfants. 

Quels sont les symptômes et signes de cette urgence médicale grave ?

Les symptômes de l’anaphylaxie peuvent prendre différentes apparences en affectant un ou plusieurs organes et avec une intensité variable. Les trois signes principaux sont :

  • l’urticaire : ce signe ressemble à une éruption similaire à une piqûre d’ortie. Des plaques rouges qui démangent et évoluent sur le corps apparaissent. Un œdème du visage et un œdème de Quincke (spasme laryngé) peuvent également apparaître ; 

  • des troubles respiratoires : œdème du larynx, sifflement, râles, essoufflement avec accélération de la respiration, crise d’asthme (spasme bronchique). Peut également apparaître une chute de la pression artérielle qui provoque une accélération du rythme cardiaque : pouls rapide, tension artérielle très basse voire arrêt cardiaque. La voix de la personne en état de choc peut également se modifier et devenir plus rauque ou « cassée » ; 
  • des troubles digestifs : douleurs abdominales, nausée, vomissement, diarrhée ;
  • un  malaise : pâleur, sensation de mort imminente, chute de tension, perte de connaissance voire coma.

Photo d'une plaque d'urticaire

Photo d'une plaque d'urticaire© Creative Commons

Auteur : James Heilman, MD — Travail personnel CC BY-SA 3.0 https://fr.wikipedia.org/wiki/Choc_anaphylactique#/media/Fichier:Rash_on_the_chest_of_a_person_with_anaphylaxis.jpg

Généralement, l’apparition des symptômes se fait quelques minutes après le premier contact avec l’allergène. Dans environ 10 % des cas, une deuxième réaction peut survenir quelques heures après la réaction initiale. On parle alors d’anaphylaxie bisphasique. C’est ce phénomène qui justifie une hospitalisation pour surveillance après un constat d’anaphylaxie. 

L’apparition des symptômes peut déprendre de la quantité absorbée, de la nature de la substance et de la voie d’introduction (absorption pour les médicaments ou les aliments, piqûres d’insectes, contact cutané…).

Face à un choc anaphylactique, que faire, comment réagir ?    

Si vous êtes témoin d’un choc anaphylactique, la première chose à faire est de rester calme. Si la personne est toujours consciente, vous pouvez l’allonger sur le dos et surélever ses jambes. Au contraire si elle a perdu connaissance, vous pouvez la mettre en position latérale de sécurité (PLS). Appelez immédiatement le 15, les médecins du SAMU sauront vous indiquer la marche à suivre.

Le seul traitement efficace et immédiat est le stylo d’adrénaline à administrer par voie intramusculaire. Si la victime sait qu’elle souffre d’une allergie grave, elle transporte avec elle une trousse d’urgence prescrite par son allergologue. Dans cette trousse se trouve généralement :

  • un antihistaminique si rhinite, conjonctivite, érythème cutané, prurit cutané (en réaction avec une ingestion de l’allergène) ;

  • un corticoïde à faire fondre si œdème ;
  • un aérosol en cas de gêne respiratoire aigüe ;
  • un stylo auto-injecteur d’adrénaline si modification de la voix, malaise, pâleur, sueur, perte de connaissance (chute de tension artérielle).

Tout le monde devrait savoir se servir d’un stylo d’adrénaline" data-url="

Parfois la combinaison de plusieurs de ces médicaments est nécessaire pour arrêter la réaction allergique. Les médecins du SAMU en ligne vont vous conseiller sur la démarche à suivre en attendant l’arrivée des secours.

Quelles sont les causes ?    

L’Inserm explique que "l’anaphylaxie est une réaction allergique hyper-aiguë. Elle est le résultat d’une réaction immunitaire inappropriée suite à l’introduction dans l’organisme d’un antigène habituellement inoffensif. La fixation de cet antigène à des anticorps préexistants dans l’organisme déclenche la sécrétion massive de puissants médiateurs vasodilatateurs, ce qui provoque un état de choc pouvant entraîner une défaillance de plusieurs organes, voire la mort".

Comment fonctionne une allergie ?

Notre corps, notre système immunitaire en règle générale, sait reconnaître et combattre des corps étrangers comme des parasites, des bactéries ou un virus. Si l’un d’eux entre dans notre corps, ce dernier produit des molécules chargées de détruire cet intrus. Une allergie désigne un dérèglement du système immunitaire qui se bat contre une substance a priori inoffensive, ce qu’on appelle alors allergène.

Si certaines maladies allergiques (comme l’asthme ou l’eczéma) sont causées par des anticorps et/ou les lymphocytes T (des cellules spécialisées du système immunitaire), la majorité des allergies sont causées par des anticorps les immunoglobulines de type E (IgE).

Chez une personne « normale », non allergique, les IgE servent à lutter contre les parasites. Ces anticorps sont fabriqués par le système immunitaire et circule librement dans le sang. Ils sont souvent associés à des cellules du système immunitaire, appelées les polynucléaires basophiles et les mastocytes tissulaires. Elles sont particulièrement présentes dans la peau, les poumons et le système immunitaire, ce qui explique en partie la localisation des symptômes allergiques.

Lorsqu’un allergène se lie à des IgE associés à une de ces cellules, cette dernière est "activée". Elle va alors « relarguer » des médiateurs chimiques : histamine (amine naturelle, est une cytokine, une molécule de signalisation du système immunitaire, de la peau, de l'estomac et du cerveau), tryptase (sert d'indicateur du nombre total de mastocytes), leucotriènes (lipide), prostaglandines (molécules liposolubles destinées à la sécrétion dans le milieu extracellulaire) … Ces molécules sont responsables des rougeurs, sécrétions et œdèmes observés lors de la réaction allergique.

Quels sont les facteurs de risques ?

Le seul facteur de risque est le contact du patient avec son allergène. En fonction des personnes, les allergènes peuvent varier : piqûres d’insectes, administration médicamenteuse, certains aliments…

Qui sont les personnes à risque d'anaphylaxie ?

Les personnes qui ont un ou plusieurs proches parents souffrant déjà d’allergie, sont plus susceptibles de développer une allergie.

Combien de temps peut durer un tel choc ?

La réaction à un choc survient quelques minutes après le contact avec l’allergène. Il s’agit de le faire durer le moins longtemps possible pour éviter une issue létale.

Est-ce contagieux ?

Non les réactions allergiques, et par conséquent le choc anaphylactique, ne sont pas contagieuses.

Choc anaphylactique : qui et quand consulter ?

Un choc anaphylactique demande une prise en charge rapide et adéquate de risque d’entraîner une issue létale. Si vous constatez un choc anaphylactique chez quelqu’un, appelez immédiatement le SAMU sur le 15 (112 si vous êtes à l’étranger). Ce coup de fil doit permettre d’évoquer rapidement le diagnostic.

Il s’agit bien d’une urgence médicale. En cas de collapsus (chute de la tension), on administre de l’adrénaline. C’est la thérapeutique d’urgence du choc anaphylactique. Un arrêt respiratoire peut exiger un "bouche-à-bouche", et un arrêt circulatoire, un massage cardiaque, en attendant l’arrivée du SAMU. De l’oxygène pur par un masque facial ou après intubation trachéale est préconisé si la personne étouffe.

Diagnostic : quels examens et analyses réaliser ?

Après avoir traité le patient dans l’urgence, on procède lorsque cela est possible, à  des tests cutanés et des prélèvements sanguins juste après la réaction. 

Il est conseillé, dans un deuxième temps, une consultation allergologique pour identifier l’allergène.

Quelles sont les conséquences et les complications d’un choc anaphylactique ?

L’évolution est le plus souvent favorable si le traitement est rapide et adapté. Si le choc se prolonge et que le traitement n’est pas administré dans les plus brefs délais, des complications telles qu’un coma, un syndrome de détresse respiratoire, une insuffisance cardiaque... jusqu’au décès, peuvent survenir.

Des épisodes de rechute sont possibles durant les 24 premières heures qui suivent le choc anaphylactique. Ainsi, une surveillance est mise en place.

Quel est le lien entre choc anaphylactique et tampons ?

Certaines femmes, une centaine par an selon l’Inserm, sont victimes d’un syndrome de choc toxique. Ces chocs concernent principalement, mais pas exclusivement, les femmes qui utilisent des tampons hygiéniques pendant leurs règles. Il est aussi possible d'en faire avec des coupes menstruelles. Le tampon faciliterait la production et la multiplication du Staphylococcus aureus (staphylocoque doré) qui est producteur de la toxine TSST-1 et son passage dans la circulation sanguine. Il s’agit d’un choc toxique, qui n’a donc rien à voir avec un choc anaphylactique qui lui est une réaction allergique.

Existe-t-il des traitements contre l'anaphylaxie ?

Il n’existe pas de traitement curatif à proprement parler.

En cas de choc anaphylactique, les premières mesures préconisent l’éviction rapide de l’allergène en cause et l’administration la plus rapide possible d’adrénaline par voie intramusculaire. Cette administration peut être réalisée par le patient lui-même ou par un témoin.

L’adrénaline ne doit pas se dissocier d’une prise en charge globale, c’est-à-dire prise en charge des voies aériennes, pose d’une voie veineuse et surveillance stricte des paramètres vitaux. Cette prise en charge se fait à l’arrivée des secours. Le patient doit être allongé pour favoriser le retour veineux. La position assise ou semi-assise est proscrite, car elles peuvent entraîner un désamorçage de la pompe cardiaque.

La surveillance à l’hôpital permet de prévenir le risque de réaction anaphylactique bisphasique. Cette réaction survient dans 1 à 20 % des cas et est définie par une récurrence des symptômes entre une et soixante-douze heures après la résolution de la première réaction. Il est préconisé de surveiller le patient entre quatre et six heures, mais cela dépend des hôpitaux et des médecins.

Comment prévenir ces chocs anaphylactiques ?

L’identification de l’allergène en cause est primordiale pour en éviter tout contact. Lorsqu’on se sait allergique, il est important d’avoir toujours sur soi un stylo d’adrénaline auto-injectable, prescrit par un médecin et une liste dans son portefeuille mentionnant en cas de malaise les substances allergènes.

N’hésitez pas à refuser un aliment auquel vous vous savez sensible et à lire attentivement la composition d’un produit avant de le consommer

Le premier épisode allergique peut-il être dangereux ?

Réponse du docteur Eric Reboli, médecin urgentiste : "Ne sous-estimez jamais un premier épisode allergique car le second peut être dramatique. La recherche de l'allergène est importante mais surtout : toujours avoir sur soi une seringue d'adrénaline (si vous êtes allergique, elle peut sauver une vie".

Sites d’informations et associations

https://sfa.lesallergies.fr/

Sources

Entretien avec le Dr Eric Reboli, médecin urgentiste. 

UK study reveals that hospital admissions for food-induced anaphylaxis is on the rise, EdexLive, 18 février 2021. 

Anaphylaxie, Inserm, mars 2016.