Interné par erreur dans un hôpital psychiatrique pendant 2 ans, il obtient 800 000 euros de dédommagement
Cette histoire sidérante met en lumière les défaillances systémiques des procédures d'admission psychiatrique sous contrainte. Confondu avec un criminel en fuite, un homme innocent s'est retrouvé prisonnier d'une machine institutionnelle incapable de vérifier sa véritable identité. Ce cas extrême soulève de nombreuses interrogations sur la protection juridique des patients et les dérives possibles des soins non consentis, une réalité qui concerne également les établissements hospitaliers français.
Deux ans de vie volés par une identité usurpée
Tout bascule en 2011 lorsque Joshua Spriestersbach, alors sans domicile fixe, est interpellé par la police d'Honolulu. En déclinant uniquement le nom de famille de son grand-père, il est immédiatement assimilé à Thomas Castleberry, un individu activement recherché par les autorités pour trafic de drogue. Selon l'agence de presse Associated Press, les enquêteurs ne procèdent à aucune vérification d'usage. Ni les officiers de police ni le personnel soignant ne prennent la peine de contrôler ses empreintes digitales ou d'examiner ses photographies d'identité. Malgré ses dénégations continues, l'homme est transféré de force au Hawaii State Hospital en 2017. Il y subit un enfermement illégal d'une durée de deux ans, alors même que le véritable criminel purgeait déjà une peine distincte dans une prison située en Alaska.
Quand protester devient un symptôme pathologique
Le calvaire prend une tournure tragique au sein de l'établissement de santé. Les documents judiciaires révèlent une spirale médicale sans fin : plus la victime tentait de prouver son innocence, plus les soignants interprétaient ses cris de détresse comme des délires psychotiques. Cette médicalisation abusive du déni a conduit l'hôpital à lui imposer une lourde médication par contrainte tout au long de sa captivité. Le dénouement de cette affaire n'intervient qu'en janvier 2020. Une banale vérification de routine menée par un professionnel de la structure permet enfin de dévoiler la méprise. À sa sortie, l'homme ne perçoit que la somme insultante de 50 cents en guise de dédommagement immédiat pour regagner la rue. Il a depuis porté plainte et obtenu réparation en touchant l’équivalent de 800 000 euros.
L'hospitalisation sans consentement en France
En France, la privation de liberté pour motif psychiatrique demeure très encadrée mais régulièrement remise en question. Selon un rapport de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, sur les 285 947 personnes hospitalisées à temps plein en 2022, environ 76 000 patients ont subi des soins sans leur accord. La législation exige qu'un Juge des libertés et de la détention valide obligatoirement le maintien de cette mesure privative de liberté avant le douzième jour. Cependant, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté pointe du doigt des dérives persistantes. Les atteintes aux droits fondamentaux se multiplient particulièrement au sein des services d'urgences, où les décisions administratives manquent parfois de réactivité, laissant temporairement le malade sans aucun cadre légal.
Erreurs et indemnisations sur le sol français
Bien que les réparations financières européennes restent éloignées des montants américains, la justice française sanctionne régulièrement l'État pour des placements abusifs. En 2021, un patient enfermé à tort durant sept années dans une structure de Dijon a obtenu 190 000 euros de dommages et intérêts. Les tribunaux considèrent que la moindre irrégularité de procédure, comme un certificat médical manquant ou une signature non conforme, constitue une faute directe. Ces manquements ouvrent systématiquement le droit à une réparation pour le préjudice moral et matériel subi. Les arrêts récents de la Cour de cassation soulignent une exigence croissante des magistrats envers les institutions, afin de garantir le respect strict des droits des personnes hospitalisées sous la contrainte.