Canicule : “Une maladie chronique fragilise en cas de chaleur”
Quels sont les malades les plus affectés par ces épisodes de chaleur intense et pourquoi ?
De nombreux porteurs de maladie chronique doivent être plus vigilants dès que le thermomètre grimpe au-dessus de 35 °C. Premier point important, la chaleur sollicite de manière plus intense certains organes, notamment le cœur, les reins et les poumons. Pour les patients atteints de maladies cardiaques, rénales ou respiratoires c’est la double peine.
Les malades cardiaques tout d’abord, car la chaleur se comporte sur le cœur comme le ferait un exercice intense, ce qui le fatigue. De plus, quand il fait chaud, on transpire plus, on perd plus d’eau et de minéraux ce qui dilate les vaisseaux sanguins et augmente le rythme cardiaque. Ces phénomènes peuvent aggraver une insuffisance cardiaque et accroître les risques d’infarctus. Une autre problématique s'ajoute : celle des diurétiques, souvent prescrits aux patients, qui peuvent jouer sur la déshydratation.
La chaleur peut déséquilibrer une maladie pourtant parfaitement contrôlée jusque-là, elle peut tout dérégler.
Tout comme le cœur, les reins sont sur sollicités en cas de fortes chaleurs (ils régulent l’eau et les sels minéraux dans le corps). Pour les insuffisants rénaux, cette période peut être compliquée, car leur rein, abîmé, s’adapte moins bien et peut moins bien fonctionner.
Pour les patients atteints de maladie respiratoire (asthme sévère, BPCO…), la situation se dégrade avec la combinaison de chaleur et de pollution. Or quand il fait chaud, les pics de pollution sont aussi plus fréquents.
Mais d'autres maladies chroniques doivent aussi être surveillées de plus près en cas de forte chaleur.
Quelles autres maladies chroniques ?
Le diabète par exemple, car pour les diabétique un épisode de déshydratation peut être dramatique et entraîner des complications neurologiques graves. Pour les problématiques neuropsy, la période est également à risque, notamment à cause des traitements psychotiques qui modifient la thermorégulation, ce mal-être physique peut en outre entraîner une décompensation de la maladie psychiatrique, autrement dit un “réveil”. Toutes les personnes qui ont une maladie de peau très étendue, comme le psoriasis ou l'eczéma, peuvent souffrir de lésions plus larges, de poussées, d’infection car la chaleur gène la cicatrisation. Pour les grands brûlés, la situation appelle à la plus grande vigilance, car leur peau ne peut plus correctement remplir son rôle ; ils ne transpirent pas bien et risquent le coup de chaud.
Enfin, les obèses peuvent plus facilement faire des malaises, parce que leur système de thermorégulation fonctionne moins bien. Pour eux, s’ajoutent souvent des problématiques cardiaques ou le diabète.
Quels conseils plus spécifiques donner à ces malades chroniques ?
Pour eux, plus encore que pour les autres Français, la vigilance est maximale. Il faut prendre conscience qu’une maladie chronique fragilise en cas de chaleur et donc se rafraîchir et s’hydrater le plus possible : aérer la nuit, se mouiller régulièrement, adapter ses sortir, se reposer et surtout boire suffisamment (1,5 à 2 L) par petites gorgées, tout au long de la journée, miser sur les aliments riches en eau (fruits, légumes…). Evidemment alcool (même la bière) et boissons sucrées sont à proscrire car ces boissons accélèrent la déshydratation. Attention également avec le café, pour les mêmes raisons.
Quels signes doivent amener à consulter son médecin traitant rapidement ?
Tous les signes d’une moins bonne résistance à la chaleur doivent pousser à consulter : fatigue intense, vertiges, nausées, crampes, maux de tête, etc. Ils peuvent annoncer un coup de chaleur, qui est une urgence vitale. Aussi, il faut garder en tête que la chaleur peut déséquilibrer une maladie pourtant parfaitement contrôlée jusque-là, elle peut tout dérégler.
Toute évolution de votre maladie est un signal à ne pas ignorer. Il est aussi intéressant de faire un point sur les traitements, car il peut être utile d’adapter les dosages parfois ou de changer de molécules. Il faut en parler au pharmacien, infirmier ou médecin. Enfin, pour les patients âgés de plus de 70 ans (la sudation fonctionne moins bien et la sensation de soif s’atténue avec l’âge) et/ou polymédiqués, la vigilance grimpe encore d’un cran : plus on a de pathologies et de traitements et plus le risque d’avoir une complication lié à un facteur déclenchant comme la chaleur est important.
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Interview du Dr Dereix.