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Ce n’est ni une maladie, ni un trouble psychique ou même un complexe, mais plutôt un mécanisme de défense psychologique que chacun peut un jour être amené à rencontrer dans sa vie. Comment se manifeste le syndrome de l'imposteur et quelles en sont ses causes ? Peut-on s’en sortir seul ? Réponses de Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne.

Qu'est-ce que le syndrome de l’imposteur ?

Le terme de ce syndrome ou complexe de l’imposteur a été inventé en 1976 par deux psychologues américaines, Pauline Rose Clance et Suzanne A. Imes. Elles ont souhaité mettre des mots sur cette expérience de vie ou mécanisme psychologique qui donne une impression quasi permanente de se tromper.

Johanna Rozenblum le décrit comme « cette tendance à la peur et à la remise en question de façon excessive. Le syndrome de l’imposteur fait douter la personne de ses propres résultats, y-compris de ses réussites, et la pousse à penser de façon irrationnelle qu’elle est un escroc qui dupe son entourage malgré ses capacités ».

Quelle que soit la reconnaissance qu’elles peuvent avoir, les « victimes » du syndrome de l’imposteur croient qu’elles sont moins intelligentes et compétentes que les autres ne les perçoivent ; et que cette réalité finira par être dévoilée.

« Vivre avec cette pensée est une douleur au quotidien » rajoute la spécialiste, « la personne étant persuadée de demeurer dans l’imposture et la fausseté permanente ». Tant que celui ou celle qui en est atteint n’a pas pris conscience de ce qui est en cause, la rationalisation de cette fausse croyance restera difficile.

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Quels sont les signes du syndrome de l'imposteur ?

Souvent, la victime minimise son travail ou son rôle. Elle se dit aussi qu’elle a eu de la chance ou des opportunités pour expliquer ses réussites et ses bonheurs, ce qui pourrait se confondre avec de la fausse modestie.

Ce syndrome est pourtant un malaise vécu comme une réalité. « Il crée du retrait social, du repli sur soi, ainsi que le sentiment physique désagréable de ne pas être à sa place avec la peur d’être démasquée », constate la psychologue clinicienne, qui accompagne fréquemment des personnes qui en souffrent.

Dans la vie courante ou au travail, il n’est pas rare que le patient ait l’impression de duper son entourage sur qui il est ou ce qu’il fait vraiment, et ressente de la honte. L’anxiété prend alors beaucoup de place, voire, est omniprésente. La peur peut même pousser à mettre au point des stratagèmes de défense.

Comme pour le stress post-traumatique, la personne préfèrera éviter une situation anxiogène, repoussera le travail jusqu’à la dernière limite (procrastination systématique) ou, au contraire, se noiera dans le travail avec zèle et perfectionnisme. « La mésestime de soi, associée à la peur d’être découvert, peut conduire, dans les cas les plus graves, à la dépression ou au burn-out ».

Quelles sont les causes du syndrome de l’imposteur ?

Bien souvent, elles sont multifactorielles et à comprendre par rapport à chaque histoire individuelle ou trajectoire de vie. « Selon le Professeur Kets de Vries, des attentes parentales de réussite professionnelle et sociale trop faibles ou trop élevées seraient des causes fréquentes à ce syndrome » explique Johanna Rozenblum. En d’autres termes, il faut rechercher une explication dans le décalage entre l’image que l’on a de soi et celle que l’on projette pour nous.

Un niveau socio-économique peu élevé ou un adulte ayant manqué de soins et d’attention dans l’enfance peut également être en cause. Le syndrome peut enfin affecter une personne dont la carrière professionnelle a souvent changé ou connu un essor rapide. Autant de situations qui créent doute et anxiété sur leurs compétences réelles et sur le facteur chance dans leur vie, ce qui les prive bien souvent du sentiment de mérite.

Y a-t-il des profils plus à risque ?

Le syndrome de l’imposteur est un sentiment susceptible d’être ressenti par beaucoup de personnes à un moment ou à un autre de la vie, précise notre experte. « Certains l’expérimenteront uniquement de façon épisodique, alors que pour d’autres, la pensée va se chroniciser ».

Se juger perpétuellement incompétent s’exprime essentiellement dans le cadre professionnel. « Mais à terme, la perte de confiance en soi peut investir toutes les sphères - sociales et privées - et être, par exemple, présente au sein du couple ». Il est donc difficile de dire qu’il y aurait un profil type, puisque le syndrome de l’imposteur est avant tout lié à une histoire personnelle, une éducation ou un événement de vie (deuil, divorce, chômage…).

Les femmes, plus touchées par ce syndrome ?

Les femmes seraient-elles néanmoins davantage touchées que les hommes ? Plusieurs d’entre elles, célèbres, dont Charlotte Gainsbourg, Simone Veil ou Michèle Obama ont en commun d’avoir avoué souffrir de ce syndrome. La bonne nouvelle serait qu’il s’amenuise avec l’âge.

Quelles solutions pour s’en sortir ?

« Il est essentiel de se libérer de ce sentiment qui empêche la personne de développer sereinement son potentiel et de s’épanouir » précise Johanna Rozenblum. N’étant pas un trouble psychiatrique, le syndrome de l’imposteur ne nécessite pas de travail d’introspection sur soi, comme une psychanalyse. La psychologue clinicienne est formelle : il est possible de surmonter par soi-même ces croyances limitantes.

La première chose est d’en être conscient. « Lire et apprendre de son syndrome est essentiel pour détecter les mécanismes à l’œuvre ». Au travail, on conseillera d’apprendre à accepter la reconnaissance, le mérite, les réussites et de savoir s’en féliciter.

Mais si la situation devient invivable et compliquée à maîtriser, l’aide d’un professionnel peut s’avérer utile : accompagnement de type coaching, consultation avec un psychologue, voire, thérapie comportementale et cognitive (TCC). « L’idée est de verbaliser ses peurs et souffrances, de comprendre leurs origines et d'instaurer des objectifs atteignables : revoir ses croyances et repérer les schémas de pensée dysfonctionnels ».

5 conseils pour réussir à se sentir « légitime »

Pour retrouver la confiance et être réaliste sur sa valeur, de petits exercices peuvent être faits au quotidien. Voici quelques pistes à essayer :

  • Écrire une lettre ou à un mail à 2 ou 3 personnes de confiance en leur demandant d’indiquer 3 qualités qui nous caractérisent.
  • Accepter les compliments et les retours positifs de son entourage, puis les consigner dans un carnet ou sur son Smartphone sans oublier de les relire régulièrement.
  • Lister ses forces, les domaines pour lesquels on vous dit doué et ce que vous aimez faire.
  • Tenir un cahier de réussite dans lequel on peut mettre en mots succès et performances objectives.
  • Relativiser les échecs et l’importance du regard de l’autre, en évitant de se comparer, pour s’autoriser à se tromper et apprendre.

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Sources

Merci à Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne. 

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