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La somniloquie n'est pas un trouble du sommeil

Parler en dormant est un phénomène assez fréquent. Il nous est presque à tous arrivés de dormir avec une personne et de s'entendre dire au réveil : "tu as parlé cette nuit !". Ce phénomène-là concerne 71 % des hommes et 75 % des femmes. Mais la somniloquie, la vraie, celle qui consiste à parler toutes les nuits ou presque est beaucoup moins fréquente. Seule 1,5 % de la population adulte serait quotidiennement somniloque.

Le phénomène est davantage fréquent chez les enfants. Selon un article publié dans la revue médicale WebMD, 50 % des enfants âgés de 3 à 10 ans parlent durant leur sommeil.

"Les somniloques ne représentent qu'1 à 2 % de la population", note Ginevra Uguccioni, neuropsychologue et autrice d'une thèse sur la somniloquie. Ce phénomène n'est pas considéré comme une pathologie, car il n'engendre pas de souffrances, de risques (comme des blessures dues à des gestes incontrôlés et des chutes) et très peu de gêne pour le dormeur.

"La somniloquie n'est pas considérée comme une maladie du sommeil. Toutefois, elle rentre dans le spectre des parasomnies (des manifestations anormale durant le sommeil, ndlr) dont certaines sont effectivement des pathologies du sommeil comme le somnambulisme ou les terreurs nocturnes", explique la psychothérapeute qui a étudié pour son travail de recherche les paroles nocturnes de 232 patients et récolté 883 verbatim nocturnes de dormeurs somniloques.

Le sommeil ne sera pas d'aussi bonne qualité que lors d'un sommeil normal, mais bien meilleur que pour un somnambule par exemple. "La somniloquie a peu d'impact sur la somnolence et la fatigue durant la journée. Mais elle provoque toutefois des micro-réveils lors du sommeil lent profond qui réactive notre cerveau. Le sommeil lent profond est normalement totalement réparateur et complet. Ces micro-réveils perturbent et peuvent être légèrement fatiguants le matin", développe la spécialiste.

Toutefois, le dormeur n'en aura pas conscience sur le moment et aucune mémoire à son réveil.

100 % des somnambules sont des somniloques

100 % des somnambules sont des somniloques© Istock

"La somniloquie est très proche du somnambulisme dans tous ses mécanismes d'action. Très souvent les somniloques sont ou ont été somnambules", affirme Ginevra Uguccioni, qui écrivait dans son travail de thèse que la somniloquie survient fréquemment dans le cadre de parasomnies de sommeil lent, lié au somnambulisme, ou de sommeil paradoxal, lié dans ce cas au trouble du comportement en sommeil paradoxal (le TCSP soit le fait d'extérioriser d'une manière parfois brutale et dangereuse son activité onirique).

La somniloquie est le fait de parler pendant la nuit (ou crier, chuchoter, marmonner) ce qui n'est pas une maladie ou un trouble, mais qui évoque un sommeil différent de la norme. En sommeil lent profond, on ne bouge pas, on ne parle pas, contrairement au sommeil paradoxal qui est lui associé aux rêves. "En sommeil lent profond, on est comme bloqué. Les personnes qui souffrent de somnambulisme ont des comportements moteurs durant ce sommeil lent profond. Les personnes qui souffrent de somniloquies durant ce sommeil lent profond ont des comportements verbaux qui font partie des comportements moteurs. On sait aujourd'hui que 100 % des somnambules sont aussi des somniloques".

Mais la réciproque n'est pas vraie puisque certains somniloques ne sont pas somnambules : c’est-à-dire qu'ils ne présenteront que des comportements verbaux durant la nuit, aucun comportement moteur. "Les somniloques purs ne représentent que 1 à 2 % des somniloques", affirme la neuropsychologue.

Un mal qui ne se soigne pas

Un mal qui ne se soigne pas © Istock

La somniloquie n'étant pas considérée comme une maladie, il n'existe aucun traitement médicamenteux pour la soigner. Toutefois, celui qui en souffre peut agir sur plusieurs facteurs déclencheurs ou aggravants pour la minimiser.

"Le patient peut essayer d'agir contre le stress en pratiquant la relaxation et la méditation. Il est également conseillé de réduire la consommation d'alcool le soir, de ne pas faire de repas trop lourd et d'éviter de faire du sport en fin de journée", détaille notre experte. Elle conseille également de dormir avec une petite lumière allumée. Le somniloque devra finalement veiller à conserver une bonne hygiène de sommeil.

L'hypnose pourrait également aider les somniloques. "L'hypnose marche très bien chez les somnambules, assure Ginevra Uguccioni. Puisque somnambules et somniloques sont très proches, l'hypnose devrait également fonctionner pour eux".

Des mots vulgaires et agressifs

Des mots vulgaires et agressifs © Istock

"Fréquemment, les paroles prononcées par les somniloques sont incompréhensibles. Il s'agit surtout de marmonnements, de chuchotements, de cris, d'un langage peu articulé et peu clair. Il est en plus biaisé par la position, la bouche sur le coussin ou sous les couvertures. Le somniloque émet aussi quelques rires et quelques exclamations. Toutefois une partie importante de ce qui est dit relève d'un langage clair et de veille. Le langage de nuit est au final le même que le langage diurne, mais présente davantage de marmonnements et de chuchotements", développe Genevra Uguccioni.

Que disent les somniloques alors qu'ils sont endormis ? "On retrouve beaucoup de langages vulgaires et négatifs la nuit. Il y a beaucoup d'insultes, de gros mots et de mots tels que 'non', 'pas', 'ne pas'''.

Pourquoi tant d'insultes et de grossièretés sont-elles prononcées la nuit dans un profond sommeil ? "À ce moment-là, le cerveau est bien activé, mais pas les régions frontales qui nous permettent en journée d'inhiber notre langage vulgaire. La nuit le lobe frontal est désactivée, ce qui génère une tendance à la désinhibition. C'est un alors un langage primitif qui ressort, comme- 'putain', 'merde', 'chiant'", explique la spécialiste du sommeil.

Ce langage négatif est en lien avec les contenus des rêves. "Les rêves rattachés à la somniloquie sont souvent négatifs, dangereux, menaçants et agressifs. Ce qui expliquerait ce langage plus négatif de la somniloquie", ajoute Ginevra Uguccioni. Ce contenu onirique est souvent en lien avec la vie du dormeur. "Il peut s'agir d'une anxiété anticipatoire à l'approche d'un événement à venir", ajoute la neuropsycholoque.

Cela signifie-t-il que les somniloques sont plus agressifs que la moyenne ? Absolument pas, assure notre experte qui a fait passer des tests de personnalité aux patients avec lesquels elle a travaillé. "Les personnes qui ont participé à l'étude n'était pas plus anxieux ou violents que la moyenne. Elles n'étaient pas du tout agressives durant la journée. Elles étaient représentées, mais en pourcentage normal", poursuit-elle.

La somniloquie à l'origine de malaises dans les couples

La somniloquie à l'origine de malaises dans les couples © Istock

La somniloquie a beau ne pas être considérée comme un trouble du sommeil, elle peut causer des problèmes au sein d'un couple. "Le contenu d'un langage somniloque est souvent violent, agressif et injurieux. Et malheureusement, il est impossible de le contrôler", pose notre experte.

Ainsi, le somniloque peut être inquiet de se montrer, malgré lui, sous un jour qui ne lui correspond pas. "Cela peut être également vraiment déstabilisant pour le conjoint d'entendre de telles choses", ajoute Ginevra Uguccioni. La divulgation de possibles secrets est également source de malaise. "Les somniloques craignent aussi de révéler des secrets s'ils en ont. Ils ont peur de dire certaines choses, de mettre des mots sur des noms de personnes et d'être entendus". Comme dit plus haut, le langage du dormeur peut être tout à fait compréhensible pour le conjoint.

La somniloquie est également à l'origine d'un dérangement sonore pour le conjoint. Celui-ci sera en effet très fréquemment réveillé en plein milieu de la nuit, ce qui à la longue peut être difficilement tenable. "On a des marmonnements, mais aussi beaucoup de langage parlé, à un niveau sonore normal, cela peut être très dérangeant pour l'autre ! Presque plus que pour les somniloques d'ailleurs", remarque notre experte. "Cela peut conduire à des crises de couples. On dort mal, on fait chambre à part... j'ai vu des couples en thérapie à cause de la somniloquie", conclut-elle.

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Sources

Merci à Ginevra Uguccioni, neuropsychologue dans l'unité des pathologies du sommeil à l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière et auteur d'une thèse sur la somniloquie en 2015. 

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