Faut-il s'inquiéter en cas d'essoufflement ?
Avec les années, beaucoup de personnes mettent leur essoufflement sur le compte du vieillissement ou d'une mauvaise condition physique. Elles adaptent alors leur quotidien : elles évitent les escaliers, marchent moins vite ou renoncent à certaines activités. Pourtant, cette baisse progressive des capacités respiratoires n'est pas une fatalité. Un essoufflement qui apparaît à l'effort, au repos ou en position allongée constitue un véritable signal d'alarme que l'organisme envoie lorsqu'il peine à s'oxygéner correctement.
Un symptôme trop souvent attribué à l'âge
L'une des causes les plus fréquentes est l'insuffisance cardiaque. En France, cette maladie touche plus d'1,5 million de personnes selon la Fondation pour la recherche Médicale (FRM). Son principal danger est qu'elle reste souvent diagnostiquée trop tard, alors que les premiers symptômes sont facilement banalisés.
Pour aider au dépistage, les cardiologues recommandent de retenir les quatre signes EPOF : un essoufflement inhabituel, une prise de poids rapide de plus de deux kilos en quelques jours, des œdèmes au niveau des chevilles ou des jambes et une fatigue inhabituelle. L'apparition d'un seul de ces symptômes doit conduire à consulter rapidement afin de rechercher une insuffisance cardiaque.
Tous les essoufflements ne relèvent pas d'une urgence, mais certains doivent faire réagir immédiatement. Une difficulté respiratoire qui apparaît brutalement peut être le signe d'un infarctus du myocarde, d'une embolie pulmonaire ou d'une autre détresse respiratoire.
Quand faut-il appeler le 15 ?
Un test simple peut aider à évaluer la gravité de la situation : si vous ne parvenez plus à terminer une phrase ou à compter jusqu'à 30 sans reprendre votre souffle, il est recommandé d'appeler immédiatement le 15. D'autres signes doivent également alerter, notamment des lèvres ou des ongles bleutés, des sueurs froides ou une respiration très rapide. Selon une méta-analyse publiée en 2022 dans le Journal of Clinical Medicine, environ 15 % des appels aux urgences pour dyspnée nécessitent une prise en charge médicale immédiate.
L'essoufflement est également l'un des premiers symptômes de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), une maladie respiratoire chronique qui touche 7,5 % des adultes français, soit près de 3,5 millions de personnes, selon la Haute Autorité de Santé.
Chez les fumeurs, un manque de souffle peut cacher une BPCO
Le problème est que deux tiers des malades ignorent qu'ils en sont atteints. Beaucoup de fumeurs ou d'anciens fumeurs considèrent leur manque de souffle comme une conséquence normale du tabac ou de l'âge, alors qu'il traduit une destruction progressive des bronches. Plus le diagnostic est posé tôt, plus il est possible de ralentir l'évolution de la maladie. C'est pourquoi toute personne de plus de 40 ans, fumeuse ou ancienne fumeuse, qui ressent un essoufflement à l'effort, devrait réaliser une spirométrie. Cet examen simple et indolore mesure les capacités respiratoires et permet de dépister la maladie avant l'apparition de lésions irréversibles.
Quel que soit votre âge, un essoufflement inhabituel ne doit jamais être considéré comme normal. Plus une insuffisance cardiaque ou une maladie respiratoire est diagnostiquée précocement, plus les traitements permettent d'en limiter les conséquences. Un changement récent de votre souffle mérite donc toujours un avis médical, même s'il semble s'installer progressivement. Mieux vaut consulter tôt que de laisser évoluer une maladie silencieuse.
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- Frédéric Balen. Evaluation précoce de la dyspnée aiguë de l’adulte en médecine d’urgence. Médecine humaine et pathologie. Université de Toulouse, 2024. Français Journal of Clinical Medicine (méta-analyse des signes d'alerte) - C. Zanker, et al.,
- Épidémiologie de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) en France : bilan des données disponibles (2019) publié dans Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) - C. Fuhrman, M-C. Delmas (Santé Publique France),
- l’INSERM, ameli.fr, Vaincre l’Insuffisance Cardiaque, la Haute Autorité de Santé, la Fondation pour la Recherche Médicale