Le pain fait-il grossir ? Une étude tranche enfin (et explique pourquoi)

Publié par S. Coucke-Haddad
le 15/05/2026
le pain fait-il grossir
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Photo d'illustration
On a longtemps accusé le pain de faire grossir, notamment car il est assez calorique. Mais qu’en est-il vraiment ? Une étude publiée plus tôt cette année s’est plongée au cœur de la miche et répond sans détour à cette épineuse question !
 

Nous aimons le pain. 56 % des Français en consomment au moins une fois par jour selon le dernier baromètre (2025) Bridor. Notre attirance pour l'amidon remonte à bien avant l'invention de l'agriculture, elle repose sur l'amylase, une enzyme présente dans notre salive qui a influencé l'évolution humaine. Mais voilà, le pain ferait grossir parce qu’il est calorique. Pas si sûr selon des chercheurs japonais qui ont travaillé sur les souris.

Un métabolisme ralenti sans excès calorique

Les chercheurs de l'Université Métropolitaine d'Osaka ont établi qu’il y a bien prise de poids (chez la souris) consécutive à la consommation de pain mais qu’elle ne vient pas d'une simple surconsommation. D'après leurs travaux publiés dans Molecular Nutrition & Food Research en janvier de cette année, le phénomène est plus sournois car l'ingestion de farine de blé provoque une chute drastique de la dépense énergétique.
Ce ralentissement métabolique (plus notre métabolisme moins nous consommons d’énergie au repos et plus nous grossissons) se vérifie aussi bien lorsque l'organisme est au repos qu'en pleine activité physique. Les souris présentaient en effet une baisse marquée de la consommation d'oxygène, signe d'un corps fonctionnant au ralenti. L'énergie apportée par l'alimentation n'étant pas brûlée, elle se trouve inexorablement convertie en masse grasse, même à apport calorique égal avec une alimentation équilibrée.

Le blé reprogramme le fonctionnement de notre foie

Comment expliquer ce (désolant) constat ? La consommation de pain blanc modifie en profondeur la chimie du foie. L'étude met en évidence une activation accrue des gènes responsables de la lipogenèse, transformant littéralement le foie en un centre de production de graisses. L'ingestion de blé stimule l'expression génétique, entraînant une hausse notable des acides gras saturés et insaturés dans la circulation sanguine. En parallèle, les transporteurs de triglycérides s'emballent sous l'effet de ces modifications génétiques, accélérant le transfert et le stockage excessif des graisses dans les tissus adipeux. Il est à noter que le paradoxe de la farine de riz s'applique ici : bien qu'elle soit souvent jugée plus saine, elle engendre des perturbations hépatiques identiques.

Perturbations hormonales et déficits nutritionnels : le poids du pain !

Ainsi, consommer une importante quantité de produits à base de blé déclenche de véritables alertes hormonales. Les chercheurs observent une augmentation anormale de l'insuline et de la leptine. Un excès prolongé de ces deux hormones favorise l'installation d'une résistance métabolique, ouvrant la voie à l'obésité. De plus, le caractère fortement attractif des glucides raffinés pousse l'organisme à délaisser d'autres nutriments essentiels. Les bilans sanguins révèlent une chute des acides aminés essentiels, indispensables pour préserver la masse musculaire et l'équilibre mental. L'étude note également une disparité selon le genre : si les souris femelles bénéficient de la protection des œstrogènes contre la prise de poids massive, elles affrontent tout de même une hausse préoccupante des triglycérides et un déséquilibre glycémique.

Un effet métabolique heureusement réversible

La bonne nouvelle dans tout cela ? Le ralentissement métabolique induit par la farine de blé n'est pas permanent. Les résultats montrent une normalisation fulgurante du métabolisme dès l'arrêt de l'ingestion de ces produits. La prise de poids se fige instantanément, et les taux hormonaux perturbés retrouvent rapidement des valeurs standards. Les auteurs de l'étude insistent sur le fait que la véritable menace provient de la farine raffinée et non des calories pures. Pour inverser la tendance, il convient de repenser la structure de nos assiettes en évitant la surabondance de glucides transformés au profit d'aliments complets. Le pain au levain notamment, est une excellente option.

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