Statines : leur dosage influe sur le risque d’ostéoporose

Une étude révèle qu’à forte dose, les statines augmentent le risque d’ostéoporose… alors même qu’un dosage modéré aurait plutôt un effet protecteur.

Les statines sont régulièrement décriées pour leurs effets indésirables. Une nouvelle étude, publiée dans la revue Annals of the Rheumatic Diseases, vient ajouter à la liste des possibles risques liés à leur consommation. Celle-ci montre qu’à haute dose, elles augmenteraient les probabilités de souffrir d’ostéoporose.

Plus la dose de statines est élevée, plus le risque d’ostéoporose augmente

Près de 20 % de la population française présenterait une hypercholestérolémie, d’après la Fédération Française de Cardiologie. Les statines, médicaments destinés à traiter l’excès de cholestérol dans le sang, constituent l’une des classes thérapeutiques les plus prescrites dans l’hexagone. En 2013, 6,4 millions de patients suivaient ce traitement en France, selon un point d’information de l’Assurance Maladie.

Une étude menée par le Complexity Science Hub Vienna révèle qu’à faible dose, les statines pourraient protéger contre la résorption osseuse, un processus de destruction de l’os. Mais en quantité plus élevée, ce traitement s’avère beaucoup moins bénéfique. En effet, plus le dosage de statines est fort, plus le risque d’ostéoporose est important.

"Les statines inhibent la synthèse du cholestérol par le foie. Cela réduit le cholestérol sanguin. Cependant, le cholestérol est d'une importance cruciale pour de nombreux processus dans le corps", explique le Dr Michael Leutner, du département clinique d’endocrinologie et métabolisme à la Medical University of Vienna (MedUni), et premier auteur de l’étude.

Les statines réduisent la production d’hormones, ce qui impacte la densité osseuse

Entre autres choses, le cholestérol est un élément de base pour la production d'hormones sexuelles telles que l'estradiol et la testostérone. En réduisant le taux d’hormones, les statines pourraient impacter la densité osseuse.

“Nous savons que les faibles concentrations d’hormones sexuelles, en particulier la baisse du taux d'œstrogènes pendant la ménopause, sont la principale cause de l’augmentation de l'ostéoporose chez les femmes”, ajoute le Dr Alexandra Kautzky-Willer, endocrinologie et directrice de l’équipe de chercheurs de MedUni.

“Il existe une relation similaire entre la densité osseuse et la testostérone. Nous voulions savoir si l’inhibition de la production de cholestérol par les statines avait un effet sur la formation osseuse, et s’il pouvait exister une relation entre leur dosage et la réponse de l’organisme”, précise la chercheuse. Il apparaît que plus le dosage est élevé, plus l’effet sur la densité osseuse est fort.

Près de 8 millions de personnes analysées par les chercheurs

Pour aboutir à ces conclusions, les chercheurs ont utilisé le Big Data. “Nous avions accès aux données de santé de plus de 7,9 millions d’Autrichiens, de 2006 à 2007”, indique Caspar Matzhold, qui a participé à l’étude. “Dans cet ensemble massif de données, nous avons filtré les personnes qui ont pris régulièrement des statines pendant au moins un an”. Les experts ont aussi calculé le dosage quotidien de statines pour ces sujets, de manière à les classer en différents groupes.

Dans un second temps, l’équipe a filtré toutes les personnes diagnostiquées d’ostéoporose. Cela leur a permis de trouver une corrélation entre le dosage des statines et l’occurrence de l’ostéoporose.

Au-delà de 20 milligrammes de statines, le risque d’ostéoporose augmente

“Dans les groupes à faible dose, il y avait moins de cas d’ostéoporose que prévu”, souligne le Dr Kautzky-Willer. Pour des quantités de statines allant jusqu’à 10 milligrammes, les scientifiques ont trouvé moins d’ostéoporose que chez les patients ne suivant pas ce traitement.

“Avec des doses de 20 milligrammes et plus, en revanche, la tendance semble s’inverser”. Nous avons trouvé plus de cas d’ostéoporose chez les patients traités par simvastatine, atorvastatine et rosuvastatine, que ce à quoi nous nous attendions”, indique la chercheuse.

Cette tendance pouvait toujours s’observer, même après avoir ajusté d’autres facteurs, comme l’âge, le surpoids et d’autres affections préexistantes. La corrélation était également présente chez les deux sexes.

Le Big Data, combiné à l’expertise médicale, offre des connaissances inédites

Les chercheurs saluent les avantages de l’utilisation du Big Data en médecine. “Lors de précédentes études conjointes, nous avions constaté à quel point de grands ensembles de données pouvaient être utiles pour examiner des questions médicales en suspens”, souligne Peter Klimek, responsable de l’équipe en charge d’analyser ces données.

“La combinaison de l’expertise médicale et de nos connaissances en matière d’analyses de données volumineuses permet de disposer de connaissances totalement nouvelles”. Selon l’expert, ces découvertes devraient désormais faire l’objet d’études cliniques pour être confirmées.

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