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L’antibiorésistance : bientôt la principale cause de mortalité dans le monde

Candida auris, Staphylococcus epidermidis, Salmonella… ces noms barbares de levures et bactéries vous disent peut-être quelque chose, car ils sont régulièrement mentionnés dans la presse. Et l’attention qu’on leur porte est justifiée. Ces germes inquiètent en effet les autorités sanitaires du monde entier : devenus résistants aux antibiotiques, ils constituent un risque mortel pour leurs victimes.

Qu’est-ce que la résistance aux antibiotiques (ou antibiorésistance) au juste ?

Le ministère de la Santé la définit comme le fait pour "les bactéries exposées aux antibiotiques, d’évoluer et de développer des mécanismes de défense qui leur permettent d’échapper à leur action". Et ce phénomène ne touche pas seulement les bactéries à l’origine des infections (dites pathogènes) : les germes naturellement présents sur notre corps, la plupart du temps inoffensifs, peuvent eux aussi muter et alors devenir problématiques.

Comment expliquer ce phénomène ?

Par une utilisation massive et inadaptée des antibiotiques. Un problème pris à bras-le-corps depuis le début des années 2000 par les autorités sanitaires au travers notamment de campagnes prônant le bon usage de ces substances, utiles seulement en cas d’infection bactérienne – comme le rappelait celle lancée en France en 2002, dont le slogan "Les antibiotiques, c’est pas automatique" a marqué les esprits.

Mais le problème persiste.

Et "si les habitudes de surconsommation d’antibiotiques ne sont pas stoppées, l’antibiorésistance pourrait devenir l’une des principales causes de mortalité dans le monde", selon le ministère de la Santé. Car les bactéries devenues résistantes aux antibiotiques se retrouvent dans la plupart des infections, telles que les infections de la peau, les méningites, les infections sexuellement transmissibles (IST), les infections urinaires ou encore les pneumonies. Rien qu’en France, on estime que 5 543 décès par an sont imputés à l’antibiorésistance. Lumière sur quatre des germes qui menacent la santé mondiale.

Salmonelles : très préoccupantes selon l’OMS

Le 27 février 2017, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publiait une liste de bactéries contre lesquelles il est urgent d’avoir de nouveaux antibiotiques. Parmi elles, les salmonelles, résistantes aux fluoroquinolones, sont considérées comme une "priorité élevée".

Aussi appelées Salmonella, ces bactéries se trouvent dans l’intestin des hommes et des animaux. Selon l’Institut Pasteur, elles sont "le plus souvent transmises à l’homme par le biais d’aliments contaminés", notamment la viande et plus particulièrement la volaille, les produits carnés, les œufs et les produits laitiers. Les salmonelles peuvent provoquer des fièvres typhoïdes et paratyphoïdes ou des gastro-entérites ; les infections à ces bactéries (aussi appelées salmonelloses) représentent la deuxième cause de maladies d’origine alimentaire en Europe.

En principe, lorsque la salmonellose se présente sous forme de gastro-entérite, celle-ci disparaît après trois à cinq jours, sans qu’aucun traitement ne soit nécessaire. En revanche, "une antibiothérapie peut être prescrite chez les personnes âgées, les nourrissons ou les personnes immuno-déprimées chez lesquels l’infection peut être plus sévère, voire mortelle", explique l’Institut Pasteur. Si ce traitement abaisse le risque de mortalité à moins de 1%, les souches résistantes aux antibiotiques se multiplient : ainsi, en Asie du Sud-est et dans le sous-continent Indien par exemple, "plus de 90% des souches isolées sont de sensibilité diminuée aux fluoroquinolones".

Mais il existe des moyens simples permettant de prévenir les infections à Salmonella. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), ceux-ci passent par des mesures d’hygiène : bien se laver les mains après un contact avec un animal vivant et après avoir manipulé des aliments crus, cuire ces derniers à cœur et conserver les œufs à une température stable notamment.

Candida auris : mortel dans 59% des cas

Autre germe qui fait beaucoup parler de lui ces derniers temps : Candida auris (C. auris), un champignon dont l’infection est mortelle dans 59% des cas, retrouvé dans une douzaine de pays à travers le monde. Et sa course ne ferait que commencer.

Découvert pour la première fois en 2009 dans l’oreille d’un japonais, C. auris est à l’origine de véritables épidémies dans les hôpitaux (on parle d’infections nosocomiales) : 72 patients ont été identifiés comme porteurs du germe en 2016 dans un hôpital de Londres, 372 dans un hôpital de Valence en Espagne, et 153 infections ont eu lieu aux Etats-Unis en 2017. En France, deux cas ont été enregistrés. Le champignon s’attaque principalement aux personnes fragiles : sujets immunodéprimés souffrant de diabète, d’insuffisance rénale, d’infection au VIH ou de cancers, nourrissons et jeunes enfants.

Difficile à identifier, C. auris se retrouve fréquemment sur la peau, dans la sphère uro-génitale et les voies respiratoires. Il peut ainsi entraîner des candidémies, des péricardites, des infections urinaires ou des pneumopathies. Si les modes de transmission du champignon ne sont pas encore connus avec précision, celui-ci pourrait contaminer les patients "par manuportage ou via l’environnement ou du matériel contaminé", selon un bulletin d’information des Centres de Prévention des infections associées aux soins (CPias). Et on sait qu’il est très invasif : il peut "non seulement coloniser rapidement la peau de porteurs sains, mais aussi contaminer et persister plusieurs semaines dans l’environnement de soins", des pompes à perfusion aux radiateurs en passant par les matelas et les rebords de fenêtre.

Plusieurs facteurs de risque d’infection à C. auris auraient été identifiés, tels qu’une longue durée d’hospitalisation, le port de cathéter veineux central, mais aussi "un traitement préalable par antibiotique ou antifongique". Le champignon est en effet multirésistant aux antifongiques utilisés habituellement pour traiter les candidoses, dans la majorité des cas au fluoconazole, à l’amphotéricine B et aux échinocandines.

Pour l’instant, le meilleur traitement de cette infection reste donc la prévention de la dissémination du champignon, qui passerait par le nettoyage minutieux du matériel médical, des chambres des patients et des mains.

Staphylocoque doré : première bactérie responsable d’intoxications alimentaires

Le staphylocoque doré, ou Staphylococcus aureus, possède un palmarès plutôt impressionnant : il est classé au premier rang des germes responsables d’infections nosocomiales et en France, il est également considéré comme la première bactérie responsable d’intoxications alimentaires.

Mais d’où vient-il ? En fait, c’est une bactérie naturellement présente sur notre peau. On estime que 30 à 50% de la population en sont des porteurs sains, c’est-à-dire qu’elle n’entraîne pas de pathologie. Mais elle peut devenir pathogène dans des situations sujettes aux infections : en cas de lésion cutanée, lors d’interventions chirurgicales ou chez les personnes avec un système immunitaire affaibli, comme les diabétiques. Dans ce cas, elle peut être à l’origine d’infections cutanées, d’ostéomyélites, d’endocardites, de pneumopathies ou encore de pyélonéphrites. Les intoxications alimentaires, elles, surviennent en cas d’ingestion d’aliments contaminés par des toxines de staphylocoques.

En cas d’infection à Staphylococcus aureus, l’antibiothérapie reste le traitement de choix. Problème : certaines souches sont résistantes aux antibiotiques les plus couramment utilisés, la méthicylline et la vancomycine. Un phénomène face auquel l’OMS considère qu’il est urgent d’agir, en développant de nouveaux médicaments. Des vaccins seraient également à l’étude.

Seuls moyens de prévenir ces infections : l’isolement des patients et l’application des règles strictes d’hygiène en milieu hospitalier. A la maison, pour éviter tout risque d’intoxication, il convient de veiller aux bonnes conservations et cuissons des aliments, la prolifération du staphylocoque doré étant stoppée par la chaleur. Le ministère de la Santé rappelle ainsi qu’il est important de respecter la date limite de consommation des aliments, de nettoyer régulièrement le réfrigérateur à l’eau de javel et de bien laver les plans de travail, les ustensiles ainsi que ses mains après contact avec des aliments crus pour éviter la contamination des aliments sains.

Staphylococcus epidermidis : une bactérie mortelle présente sur la peau

C’est une étude parue le 3 septembre 2018 dans la revue Nature Microbiology qui a révélé aux profanes l’existence de Staphylococcus epidermidis, aussi appelé staphylocoque blanc, et sa dangerosité dans le milieu hospitalier.

En analysant des échantillons de cette bactérie - naturellement présente sur notre peau au même titre que le staphylocoque doré - provenant de 96 hôpitaux de 24 pays, les chercheurs ont pu observer que plusieurs de ses souches avaient muté, la rendant résistante à la rifampicine et aux glycopeptides (vancomycine et teicoplanine). En cause : un recours trop fréquent à ces antibiotiques dans les unités de soins intensifs notamment, qui ont permis à la bactérie de développer des mécanismes de défense et de se répandre rapidement. Or, ces médicaments sont cruciaux dans le traitement des infections bactériennes et notamment de la tuberculose.

Premières victimes des infections à Staphylococcus epidermidis : les personnes âgées, les patients au système immunitaire affaibli et ceux porteurs de dispositifs médicaux implantés tels que des cathéters, des prothèses articulaires ou des valves cardiaques. "[La bactérie] peut être mortelle, mais c’est généralement chez des patients qui sont déjà très malades à l’hôpital. Cela peut être assez difficile à éradiquer et les infections peuvent être graves", avertit le directeur de l'étude Benjamin Howden. Pour ce dernier, "il ne fait aucun doute que la résistance aux antibiotiques est l'un des plus grands dangers pour les soins hospitaliers dans le monde entier".

Du bon usage des antibiotiques

Ces menaces font peur. Mais au niveau individuel, il est tout à fait possible d’agir pour limiter voire empêcher la propagation de la résistance aux antibiotiques. Ainsi, l’OMS explique vous devez :

  • "n’utiliser ces médicaments que s’ils sont prescrits par un professionnel de santé qualifié ;
  • ne jamais exiger d’antibiotiques si votre agent de santé vous dit que vous n’en avez pas besoin ;
  • toujours respecter les conseils du soignant lorsque vous utilisez des antibiotiques [et notamment ne pas arrêter le traitement prématurément] ;
  • ne jamais partager vos antibiotiques avec d’autres personnes ou utiliser les médicaments qui vous restent ;
  • prévenir les infections en vous lavant régulièrement les mains, en suivant les règles d’hygiène pour la préparation de la nourriture, en évitant les contacts proches avec des malades, en ayant des rapports sexuels protégés et en tenant vos vaccinations à jour ;
  • préparer les aliments de façon hygiénique en respectant les Cinq clés pour des aliments plus sains (les garder propres, séparer les aliments crus et cuits, bien les cuire, les conserver aliments à une température adaptée) et choisir des aliments, notamment les produits d’élevage sans antibiotiques."

> Un expert santé à votre écoute !

Sources

"L'antibiorésistance : pourquoi est-ce si grave ?". Ministère de la Santé. 14 juin 2018.

"L’OMS publie une liste de bactéries contre lesquelles il est urgent d’avoir de nouveaux antibiotiques". OMS. 27 février 2017.

"Salmonellose". Anses. 22 décembre 2017.

"Salmonellose". Institut Pasteur.

"Candida auris : nouveau 'CHRe' ?". Bulletin SF2H. 2018.

"Staphylocoque". Institut Pasteur.

"Les staphylocoques dorés". Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation. 6 septembre 2011.

"Résistance aux antibiotiques". OMS. 5 février 2018.

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mots-clés : Antibiotique danger
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