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Nous vivons tous le deuil de manière différente, toutefois - malgré nos singularités - des étapes similaires sont franchies pour atteindre l’acceptation. Malheureusement, pour certains le deuil prend une forme dévastatrice jusqu’à devenir pathologique.

Quand le deuil devient pathologique ?

Pleurs, déprimes, apathie… être triste après avoir perdu un être cher est, on ne peut, plus compréhensible. Le deuil est un processus psychologique adaptatif qui nous aide à faire face à un choc qu’on vient de subir. "Et cela quelle que soit la nature, qu’il s’agisse de la disparition d’un être cher, du décès d’un proche, du départ d’un ami qui nous quitte pour aller vivre à l’autre bout du monde", précise le psychologue Boris Charpentier.

Ce processus naturel s’articule généralement autour de trois différentes phases sur une durée inférieure à 1 an. La première phase est la stupeur. Elle survient immédiatement après le décès. La personne endeuillée est sous le choc, abattue. Elle se comporte de manière automatique et alterne entre une recherche de l'être disparu et une prise de conscience progressive du caractère irrémédiable de la perte.

La deuxième étape s’apparente à un épisode dépressif où l’individu draine ses émotions douloureuses. "Dans cette phase, le risque de développer un trouble dépressif caractérisé est élevé, mais le plus souvent cela débouche sur la dernière phase", explique l’expert.

Cette dernière phase marque la résolution du conflit intérieur et l’acceptation de la disparition. Toutefois, environ 5% des endeuillés ne parviennent pas à franchir ces 3 étapes. On parle alors de deuil pathologique.

"Le deuil pathologique qu’on appelle « deuil complexe et persistant », se caractérise par une détresse continue de l’individu qui est dans une incapacité de faire face à la perte de l’être cher pendant une période qui va au-delà de 12 mois", explique le psychologue Boris Charpentier.

Il précise : "avec ce trouble, tout se passe comme si le processus adaptatif n’a pas fonctionné. La personne semble ne pas parvenir à passer de la phase deux à la phase trois. Le patient stagne alors dans cette “phase deux” qui évolue vers un trouble dépressif".

Deuil pathologique : quels sont les symptômes ?

"Les symptômes se rapprochent fortement de ceux d’un trouble dépressif : on constate un ralentissement psycho-moteur qui empêche la personne de fonctionner normalement au quotidien", explique le psychologue.

Cette humeur dépressive est quasi permanente. Elle ne laisse aucune place à des sentiments positifs ou des moments de joie fugaces, comme c’est le cas au cours d’un "deuil normal".

Si la personne endeuillée est très affectée sur le plan comportemental et dans la sphère relationnelle, nous remarquons également plusieurs difficultés sur le plan émotionnel et cognitif :

Sur le plan émotionnel :

  • Une tristesse envahissante et une véritable détresse psychologique.
  • Une culpabilité qui n’est pas nécessairement en lien avec le défunt.

Sur le plan cognitif :

  • Des ruminations pendant une grande partie de la journée qui ne concernent pas seulement les souvenirs du défunt
  • Des idées noires et des pensées suicidaires : il y a ici un risque de passage à l’acte très important. "Ces pensées sont présentes dans le deuil normal, mais elles ont pour objectif de ramener à l’être perdu. Ce qui n’est pas le cas dans le deuil pathologique", ajoute le spécialiste.
  • Une auto-dévalorisation et une perte d’estime de soi : ces derniers ne sont pas présents lors d’un “deuil normal”.

Dans certains cas, le deuil pathologique peut aussi prendre la forme de troubles anxieux. Le patient peut entre autres souffrir d’attaques de panique ou d’un état de stress post-traumatique. Ces troubles apparaissent le plus souvent lorsque la mort est brutale et inattendue comme un accident.

Deuil complexe et persistant : qui sont les personnes les plus à risque ?

Deuil complexe et persistant : qui sont les personnes les plus à risque ?© Adobe Stock

L’adaptation à la perte d’un être cher varie d’une personne à l’autre en fonction de son passé, de son caractère, mais également de sa culture. "Il existe de grandes différences entre les réactions et les émotions. Chacun expérimente le deuil d’une manière unique et nuancée et il convient d’en respecter le rythme de chacun", rappelle le psychologue Boris Charpentier.

S’il est difficile de présager du comportement d’un endeuillé, certains facteurs permettent toutefois d’identifier les personnes qui ont un risque de traverser un deuil pathologique :

  • les décès violents et/ou inattendus : suicide, mort brutale (attentats, catastrophe naturelle, accidents de voiture), disparition simultanée de plusieurs proches ;
  • des relations très proches : enfants, époux, parents... les parents ayant perdu un enfant sont plus susceptibles de développer un deuil pathologique ;
  • les rapports marqués par l’ambivalence peuvent aussi conduire à un deuil compliqué ;
  • l’âge : les enfants et personnes âgées semblent plus touchés par ce trouble ;
  • les personnes qui présentent des antécédents psychiatriques (trouble de la personnalité, dépression…) ;
  • l’absence de support psychosocial : manque de soutien affectif et relationnel… ;
  • des difficultés personnelles importantes : maladie, chômage, crise morale.

Deuil pathologique : comment le surmonter ?

Deuil pathologique : comment le surmonter ?© Adobe Stock

Le risque d’avoir des difficultés à faire son deuil est d’autant plus grand si la mort du défunt est inattendue. "L’annonce du décès est un élément clé. Il peut constituer un véritable traumatisme s’il est brutal. Plus elle sera bordée d’empathie, plus elle favorisera un deuil normal", reconnaît le psychologue Boris Charpentier. Il rappelle : "des mesures de prévention et d’accompagnement sont susceptibles de prévenir le deuil pathologique en amont notamment en impliquant au maximum les proches aux soins de fin de vie. Cette phase d’accompagnement permet de se préparer psychologiquement à la perte de l’être cher et de minimiser au maximum la brutalité de l’événement".

Si vous êtes en grande détresse après la disparition d’un proche, il ne faut pas hésiter à vous tourner vers votre médecin traitant ou un psychologue. "Différentes prises en charge peuvent être proposées en fonction du diagnostic, rappelle notre expert. Pour les deuils pathologiques, les plus sévères, un traitement médicamenteux est souvent indiqué en complément d’une prise en charge psychothérapeutique".

Il précise : "en fonction du profil et du diagnostic, il peut s’agir d’une thérapie de groupe ou d’une thérapie cognitive et comportementale. Dans certains cas et notamment lorsque la perte a été brutale et inattendue, la thérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est indiquée. Il s’agit de la thérapie de prédilection en ce qui concerne les ESPT (état de stress post-traumatique). La thérapie va alors permettre d’intégrer les traumatismes au niveau neuro-émotionnel".

Comment aider un proche en deuil ?

Comment aider un proche en deuil ?© Adobe Stock

Le psychologue Boris Charpentier rappelle : "les personnes en deuil ont besoin d’exprimer leur peine et leurs émotions au sens large, mais aussi de les partager. Il est important d’être actif dès qu’on s’en sent un peu capable. De s’engager dans des activités qui vont faciliter la guérison plutôt que de s’isoler socialement".

Toutefois, il est parfois difficile d’y parvenir. Si vous rencontrez un proche en difficulté à la suite du décès d’un être cher, le maître-mot est écoute. Il faut favoriser l’échange et l’expression des émotions dans un climat d’empathie et de soutien. Encouragez-le à débuter un suivi psychologique (psychologue, groupe d’entraide…).

"Toutefois, l'écoute n’est malheureusement pas toujours suffisante et il est important d’identifier le risque de passage à l’acte”, reconnaît notre expert.

Les signes sont entre autres un isolement accru, l’obtention d’un moyen de mettre fin à ses jours (médicaments, arme à feu…), préparation de "l'après" (assurance vie, enterrement...) ou encore un changement de comportement (grand calme, agitation nouvelle…).

Si le passage à l’acte semble imminent, ne laissez pas la personne souffrante seule et encouragez-la également à chercher de l'aide. Si son état semble grave, appelez les secours ou son médecin traitant.

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Sources

Merci au psychologue Boris Charpentier. Vous pouvez le retrouver sur son site internet

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