Cancer de la peau : une désorganisation des adipocytes facteur de mélanome

Selon des chercheurs de l’université de Tel Aviv, des tissus graisseux, les adipocytes, seraient impliqués dans la transformation du mélanome en cellules cancéreuses agressives.

C’est une découverte pour le moins surprenante qu’ont fait les chercheurs de l’université de Tel Aviv, supervisés par les professeurs Carmit Levy et Tamar Golan du département de génétique humaine et de biochimie. Selon eux, les adipocytes, des cellules adipeuses spécialisées dans le stockage de la graisse, seraient directement impliqués dans la propagation du mélanome.

"Nous avons répondu à une question majeure qui préoccupe les scientifiques depuis des années. Qu'est-ce qui fait que le mélanome change de forme et devient agressif et violent ?, explique la professeure Levy.

La transformation du mélanome en cellules agressives

Conduite en collaboration avec plusieurs pathologistes de haut niveau, le Dr Hanan Vaknin du Centre médical Wolfson, le Dr Dov Hershkowitz et le Dr Valentina Zemer du Centre médical de Tel Aviv, l'étude a été publiée le 23 juillet dans la revue scientifique Science Signaling.

Elle a cherché à comprendre quel était le rôle joué par les adipocytes dans la transformation du mélanome. En effet, dans son état normal, c’est-à-dire lorsqu’il n’a pas pénétré le derme et reste sur l’épiderme, la partie externe de la peau, le mélanome est traitable. Il est encore au stade 1 puisqu’il ne s’est pas répandu dans votre corps via les vaisseaux sanguins. "Il peut être retiré sans provoquer de dommages", déclare la scientifique Carmit Levy qui poursuit : "Le mélanome devient dangereux lorsqu’il se réveille. Il envoie alors des cellules cancéreuses vers le derme de votre peau sous l’épiderme en créant des métastases dans vos organes vitaux".

Parvenir à arrêter la transformation de cette tumeur maligne pourrait donc apporter une solution contre le cancer de la peau.

L’analyse de dizaines d’échantillons de biopsie

Pour comprendre le rôle joué par les adipocytes dans la transformation du mélanome, les chercheurs ont analysé des dizaines d'échantillons de biopsie prélevés chez des patients atteints d'un mélanome au Wolfson Medical Center et au Tel Aviv Medical Center.

Après un examen scrupuleux, ils ont constaté qu’à proximité de la tumeur, les cellules adipeuses adoptaient un comportement pour le moins étrange. "Nous nous sommes demandés ce que les cellules adipeuses faisaient là-bas et avons commencé à enquêter", affirme la chercheuse.

Les scientifiques ont d’abord placé les adipocytes dans une boîte de Pétri (une boîte cylindrique transparente) près des cellules de mélanome. Puis, ils ont étudié leurs interactions. Et leur constat est le suivant : les cellules graisseuses, les fameux adipocytes, "transfèrent" des protéines appelées "cytokines" aux cellules du mélanome. Ces cytokines, dont le rôle est de réguler les fonctions immunitaires, affectent l'expression des gènes. "Nos expériences ont montré que l'effet principal des cytokines est de réduire l'expression d'un gène appelé miARN211. Ce gène a pour principal effet de réduire le nombre de récepteurs de mélanome, appelé TGF beta.", ajoute la scientifique.

Ainsi, lorsque le nombre de gènes miARN211 diminue, le nombre de récepteurs mélanome TGF beta, lui, s’élève. "La tumeur détecte ces récepteurs, ce qui stimule les cellules du mélanome et les rend agressives", souligne la professeure. Au contact du mélanome, les cellules graisseuses, les adipocytes, se désorganisent alors que dans leur état normal, elles sont très bien organisées sous la peau.

Un processus réversible

Cette découverte est loin d'être anodine. Elle est même porteuse d'espoir. Et pour cause. D'après les chercheurs, le processus, précédemment évoqué, peut être "inversé". En laboratoire, une fois les adipocytes prélevés et retirés, les cellules cancéreuses "se calment". Elles cessent également de se déplacer.

La prise de conscience du rôle des adipocytes dans la mutation du mélanome en cellules dangereuses ouvre la voie à de nouvelles recherches, notamment en ce qui concerne les médicaments.

Des thérapies connues pour empêcher les cytokines d'agir et donc freiner l'augmentation du nombre de récepteurs mélanome TGF beta, n'ont, par exemple, jamais été utilisées dans le traitement du mélanome. "Nous parlons de substances actuellement à l'étude en tant que traitements possibles du cancer du pancréas et qui font également l'objet d'essais cliniques pour le traitement des cancers de la prostate, du sein, des ovaires et de la vessie", a ainsi expliqué le Dr Golan. "Nous avons vu qu'elles restreignaient le processus métastatique et que le mélanome revenait à son état calme" a-t-il aussi déclaré.

Cette nouvelle étude permettra d'améliorer la détection d'un mélanome dangereux puisqu'on connaît désormais la signification d'une désorganisation sous la peau des adipocytes.

Reste cependant une question à éclaircir. "Pourquoi certaines cellules deviennent mortelles chez des personnes mais pas chez d'autres ?", s'interrogent les chercheurs.

La professeure Levy a annoncé vouloir entrer en collaboration avec des entreprises du médicament. Une coopération permettrait, selon elle, d'améliorer le "développement de l'approche de prévention du mélanome métastatique".

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