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Un cancer rare mais dangereux

Avec 13 000 nouveaux cas en 2017, le cancer de la vessie, bien qu’il se hisse au deuxième rang des cancers urologiques les plus fréquents en France juste après le cancer de la prostate, est plutôt rare. Mais à quoi correspond-il exactement ?

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Comme nous l’explique le professeur François Desgrandchamps, chef du service d’urologie à l’hôpital Saint-Louis AP-HP, il n’existe pas un mais des cancers de la vessie : "Il faut bien en différencier deux en particulier : les tumeurs qui n’infiltrent pas le muscle, et les tumeurs qui infiltrent le muscle."

Les premières représentent 70 à 80% des cas de tumeurs de la vessie "et ne sont pas très dangereuses, affirme l’urologue. Le risque, c’est simplement qu’elles puissent récidiver mais en principe, elles ne tuent pas." En revanche, lorsque les tumeurs pénètrent le muscle, "il y a un risque de décès important. Les chances de survie en cas de tumeur infiltrante sont d’à peu près 50%." Heureusement, celles-ci ne représentent que 20% des cas de cancer de la vessie.

Mais qu’elles soient infiltrantes ou non, les tumeurs de la vessie peuvent largement être évitées, la plupart de leurs facteurs de risque étant modifiables car comportementaux, environnementaux et professionnels : afin de limiter ces risques, voici donc les erreurs à éviter.

Le tabagisme double le risque de cancer de la vessie

Le tabagisme double le risque de cancer de la vessie© Istock

Le tabagisme est le facteur de risque principal du cancer du poumon, mais saviez-vous qu’il est également celui du cancer de la vessie ? En effet, selon le professeur Béatrice Fervers, directrice du département Cancer et Environnement du Centre Léon Bérard, "on estime que 35% des cancers de la vessie sont attribuables au tabac". Et d’après le Pr Desgrandchamps, "fumer régulièrement double le risque de tumeurs de la vessie".

Mais par quel mécanisme ? "Les substances carcinogènes mutagènes [qui provoquent des mutations, NDLR] du tabac passent dans le sang, sont filtrées par les reins et éliminées dans les urines. Ces substances glissent donc dans l’uretère (canal qui conduit l’urine des reins à la vessie). Si les tumeurs au niveau de la muqueuse urinaire du haut appareil sont rares car le temps de contact avec ces substances n’est pas long, elles sont fréquentes au niveau de la vessie puisque là, le temps de contact est important."

Ce qu’il faut faire pour limiter les risques ? Avant d’arrêter complètement de fumer, les fumeurs peuvent déjà penser à bannir la cigarette du soir : "La dernière cigarette avant de se coucher, c’est la pire, affirme le Pr Desgrandchamps, parce qu’on a alors pendant toute la nuit un temps de contact d’urine mutagène avant le matin où l’on urine. Soit, au mieux, on ne fume pas avant d’aller dormir, soit on va vider sa vessie après la dernière cigarette !"

Attention également au tabagisme passif: "Un test a été fait à l’époque où l’on pouvait encore fumer dans le train. Des investigateurs étaient montés dans des wagons fumeurs alors qu’eux ne fumaient pas. Deux analyses d’urine ont été réalisées : une avant de prendre le train et une à l’arrivée. Après deux heures de tabagisme passif, on a pu remarquer que les urines contenaient des substances carcinogènes."

L’arsenic de l’eau de boisson, responsable de cancers de la vessie

L’arsenic de l’eau de boisson, responsable de cancers de la vessie

Élément chimique présent naturellement dans les eaux souterraines, l’arsenic se retrouve un peu partout : dans l’eau de boisson, dans les aliments, dans les pesticides… Pourtant, il n’est pas sans risque pour la santé.

C’est en effet sous forme inorganique que sa toxicité est la plus élevée. Et d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), "l’exposition prolongée [à l’arsenic inorganique] peut provoquer des cancers de la vessie". Si en France la concentration d’arsenic dans l’eau de boisson est contrôlée et limitée à 10 microgrammes (µg) par litre, l’Homme y est également exposé via la consommation de poissons, de coquillages, de crustacés et de riz principalement. Or, comme l’explique l’association de consommateurs américaine Consumer Reports, "bien que les risques liés aux métaux lourds provenant d'une seule source soient faibles, les dangers se multiplient au fil du temps lorsque l'Homme est exposé régulièrement à de faibles quantités provenant de plusieurs sources."

Une étude menée au Chili, pays particulièrement concerné par des taux d’arsenic élevés dans l’eau, a par ailleurs montré que même en réduisant drastiquement l’exposition de la population à ce composé toxique, les risques de cancer de la vessie pouvaient se manifester 40 ans après.

Ce qu’il faut faire pour limiter les risques ? Limiter la consommation de certains aliments et boissons (jus de fruits, thés…) qui en contiennent . D’après l’Institut national du cancer (INCa), "le risque de tumeur de vessie augmente si la quantité d'arsenic est supérieure à 80 µg par jour".

Attention aux substances toxiques en milieu professionnel

Attention aux substances toxiques en milieu professionnel© Istock

On estime que 2 à 14% des cancers de la vessie ont une origine professionnelle et sont ainsi reconnus comme des maladies professionnelles. En cause, l’exposition à certains produits classés cancérigènes par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), que l’INCa liste :

  • "les amines aromatiques (5% des cancers de la vessie), composés chimiques utilisés dans la fabrication des cosmétiques, des produits pharmaceutiques, des pesticides, des matières plastiques, dans l'industrie du caoutchouc, du textile, du cuir, de l’imprimerie, des peintures ;
  • les hydrocarbures aromatiques polycycliques, substances employées dans l'industrie du goudron, des pneumatiques ou du textile, dans le traitement du bois, dans les travaux de ramonage, etc."

Concernant l’exposition aux amines aromatiques, elle serait aujourd’hui "plus faible" grâce aux mesures d’interdiction ou de restriction qui ont été prises ces dernières années. Mais certaines restent utilisées notamment dans l’industrie de plastique ou du caoutchouc. La Fondation contre le cancer alerte par ailleurs de la mise sur le marché de nouvelles substances qui remplacent les amines aromatiques dans les colorations pour cheveux, dont la cancérogénicité n’a pas encore été évaluée.

Ce qu’il faut faire pour limiter les risques ? Lorsque c’est possible, bien aérer les lieux de travail comme les salons de coiffure et les cabinets d’esthétique, préconise le Pr Desgrandchamps. Veiller à être bien informé des risques et à respecter les règles d’utilisation des produits.

L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) reconnait les cancers de la vessie comme maladies professionnelles selon certains critères tels que le type de travail effectué, la durée d’exposition aux produits toxiques et le délai écoulé entre la fin de celle-ci et l’apparition de la maladie. "Le tableau est très restrictif, admet l’urologue, mais cela permet aux personnes qui entrent dans ces critères d’être indemnisées."

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Sources

Remerciements au professeur François Desgrandchamps, chef du service d’urologie à l’hôpital Saint-Louis AP-HP et au professeur Béatrice Fervers, directrice du département Cancer et Environnement du Centre Léon Bérard.

"Tumeurs de la vessie n’infiltrant pas le muscle". La revue du praticien, vol.64, décembre 2014.

"Les tumeurs urothéliales, maladies professionnelles". La revue du praticien, vol.64, décembre 2014.

"Lung, Bladder, and Kidney Cancer Mortality 40 Years After Arsenic Exposure Reduction". 2018.

"Cancer de la vessie". Santé publique France. 16 avril 2018.

"Arsenic". Santé publique France. Mis à jour le 12 septembre 2011.

"Amines aromatiques". Cancer et Environnement.

"Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)". Cancer et Environnement.

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