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Des scientifiques de l’entreprise Neuromod Devices Limited, travaillant en partenariat avec une équipe internationale de chercheurs, vient de dévoiler les résultats encourageants d’un essai clinique, testant un dispositif de stimulation non-invasif pour traiter les acouphènes. Dans un article publié dans la revue Science Translational Medicine, ils décrivent plus précisément le fonctionnement de cet appareil.

Acouphène : un bruit fantôme très incommodant

L’Inserm définit les acouphènes comme “des bruits générés spontanément dans la voie auditive, sans qu’ils proviennent de l’extérieur”. Il peut s’agir de sifflements, de grésillements ou de bourdonnements, survenant dans une seule ou dans les deux oreilles. D’après le site de l’Assurance maladie, ils font souvent suite à des traumatismes acoustiques répétés (musique trop forte, explosion…), ou simplement au vieillissement de l’oreille.

Dans 80 % des cas, ils sont associés à des troubles de l’audition et, plus spécifiquement, une perte auditive. En effet, le cerveau a tendance à “se réorganiser pour tenter de pallier cette déficience”, ce qui peut entraîner “un fonctionnement aberrant du cortex auditif”, explique l’Inserm. En résulte ces fameux sons fantômes.

Insomnie, anxiété, dépression : les acouphènes altèrent la qualité de vie

Cette condition peut survenir de façon occasionnelle, mais aussi s’avérer récurrente ou persistante. Dans ce cas, elle peut engendrer une forte gêne pour le patient et altérer considérablement sa qualité de vie. En effet, les acouphènes persistants sont souvent à l’origine de problèmes d’endormissements et d’insomnies, de difficultés de concentration, d’anxiété, voire de dépression.

En mai 2019, une étude publiée dans le Jama Otolaryngology a montré que les acouphènes pouvaient, dans le pire des cas, pousser le patient au suicide. Ainsi, parmi les 16 000 répondants victimes d’acouphène, 2 404 ont déclaré avoir tenté de mettre fin à leurs jours. Ces travaux ont également montré que le fardeau de santé mentale associé à ce trouble était plus important chez les femmes que chez les hommes.

La recherche planche encore sur les traitements

À l’heure actuelle, il n’existe pas encore de traitement connu pour supprimer durablement les acouphènes. De nombreuses pistes visant à les soulager sont néanmoins explorées par la recherche, “avec des espoirs réels”, selon l’Inserm. On peut notamment citer des thérapies sonores, la stimulation du nerf pneumogastrique situé dans le cou, des médicaments antagonistes des récepteurs NMDA, des injections de la molécule AM-101… Tous en cours d’expérimentation.

Dernière innovation en matière de traitement : un petit appareil, baptisé Lenire, qui combine un casque audio et une petite languette qui stimule la langue. Et celui-ci s’est montré très prometteur pour réduire la quantité d’acouphènes des participants. Nous vous dévoilons en quoi consiste cette nouveauté à la page suivante.

L'appareil réduit les acouphènes chez 67 % des patients

L'appareil réduit les acouphènes chez 67 % des patients© Istock

Les chercheurs de Neuromod Devices Limited ont mené un double essai clinique en Irlande, pour tester leur nouveau dispositif Lenire. Le système se compose d’un casque audio Bluetooth, qui joue des sons spécialement conçus pour réduire la perception du bruit fantôme. Mais aussi d’un petit appareil, le “Tonguetip”, qui s’introduit dans la bouche et délivre de minuscules impulsions électriques à la langue. D’après les chercheurs, cette stimulation de la langue oblige le cerveau à détourner l’attention des oreilles.

Dans le cadre des essais cliniques, les 326 participants ont été invités à utiliser l’appareil 60 minutes chaque jour, pendant 12 semaines. Ils ont été répartis en trois groupes, avec une légère variation du traitement - au niveau du type de son utilisé, de la fréquence des stimuli électriques et du délai entre le son et la stimulation.

81 % des patients font état d’une meilleure qualité de vie

Chaque patient a ensuite reçu un questionnaire pour évaluer si leurs symptômes s’étaient atténués. Ils ont également été invités à évaluer l’évolution de leurs symptômes tous les mois, pendant un an. Résultat : sur tous les participants, 83,7 % d’entre eux ont parfaitement suivi le protocole et, parmi eux, 66,5 % ont signalé une diminution des symptômes d’acouphènes, jusqu’à un an plus tard.

Par ailleurs, 81 % de ces candidats “bons élèves” ont observé des améliorations positives sur leur vie quotidienne : amélioration du sommeil et des capacités de concentration, diminution des niveaux de frustration et d’anxiété et, globalement, meilleure qualité de vie. Ces effets positifs ont persisté au moins un an après le traitement pour 77 % des sujets.

Où peut-on trouver cet appareil prometteur ?

Où peut-on trouver cet appareil prometteur ?© Istock

“La prochaine étape est l’imagerie cérébrale et l’expérimentation animale, afin de vraiment comprendre les changements survenus dans le cerveau”, Hubert Lim, professeur de génie biomédical et d’otolaryngologie à l’université du Minnesota, co-auteur de l’étude.

Leur appareil prometteur a récemment été mis à la disposition de certains patients en Irlande et en Allemagne. L’entreprise attend actuellement l’approbation des autorités américaines, pour pouvoir le vendre aux États-Unis. Il n’est malheureusement pas encore disponible sur le marché français.

Thérapie sonore fréquentielle : une autre solution éprouvée

Heureusement, il existe déjà des solutions éprouvées pour atténuer ces bruits parasites, qui concernent pas moins de 10 % de la population. La thérapie sonore fréquentielle, notamment, a largement fait ses preuves, comme nous l’expliquait le Dr Philippe Barraqué, musicothérapeute et auteur de Dites stop à vos acouphènes (éd. Guy Trédaniel), dans un précédent article.

Celle-ci consiste à écouter des bruits blancs ou des bruits roses, dits “neuroacoustiques”, plusieurs heures par jour. Pour une bonne efficacité, vous devez toutefois essayer cette solution pendant au moins six mois. À force d’entendre ces sons de masquage, le cerveau va finir, à terme, par se “déprogrammer” de l’acouphène.

N’hésitez pas, également, à coupler cette thérapie sonore avec d’autres remèdes naturels, comme le biofeedback, la méditation, la digitopuncture, l’hypnose ou encore l’EMDR. Et bien sûr, le meilleur remède reste toujours la prévention. Aussi, évitez d’écouter votre musique trop forte ou d’écouter régulièrement des concerts trop près des baffles et sans protection auditive.

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Sources

Bimodal neuromodulation combining sound and tongue stimulation reduces tinnitus symptoms in a large randomized clinical study, Science Translational Medicine, 7 octobre 2020. 

Non-invasive stimulation device to treat tinnitus shows positive results in clinical trials, MedicalXpress, 8 octobre 2020. 

Acouphènes, Inserm, 2 avril 2016. 

Les acouphènes : définition, causes, conséquences, Ameli.fr, 13 février 2020. 

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