Le surpoids à 60 ans pourrait faire vieillir le cerveau plus vite

Publié le 25 Juillet 2019 à 17h36 par Agathe Boussard, journaliste santé
À mesure que l’on grandit, le cortex de notre cerveau devient plus fin. Selon des chercheurs de l’Université de Miami, ce processus pourrait s’accélérer lorsque la personne est en surpoids. Cet affinement prématuré serait en outre associé à la maladie d’Alzheimer. Explications.

Être en surpoids à l’âge de 60 ans présenterait des risques pour la mémoire ! C’est ce qu’affirment des chercheurs de l’université de Miami pour qui il existerait une corrélation entre le poids et le vieillissement prématuré du cerveau.

L’analyse de plus de mille scanners.

Pour parvenir à ce constat, les scientifiques ont mesuré l’indice de masse corporelle (IMC) et le tour de taille de près de 1289 personnes (dont 66% de latino), âgées de 64 ans en moyenne.

Six ans plus tard, ils ont étudié le scanner cérébral par IRM de ces mêmes hommes et femmes, qui ont accepté de jouer les cobayes. Le scanner a mesuré l’épaisseur de la zone du cortex cérébral, le volume cérébral global mais aussi plusieurs autres paramètres.

Chaque personne a, ensuite, été placée dans un groupe, en fonction de son poids : "poids normal", "excès de poids" ou "obèse". 346 avaient un IMC "normal" (inférieur à 25), 571 avaient un IMC compris entre 25 et 30 (non compris) et 372 personnes ont été considérées comme obèses, leur IMC dépassant 30.

Le tour de taille moyen du groupe "poids normal", composé de 54% de femmes, équivalait à 33 pouces, soit 83,82 cm. Dans le groupe en surpoids, composé de 56% de femmes, il était de 36 pouces (91.44 cm). Quant au groupe obèse (73% de femmes), il tournait autour des 41 pouces (104.14 cm).

Une corrélation entre le poids et l'épaisseur du cortex

Après un examen scrupuleux des résultats, l’équipe a constaté que les cortex des personnes en surpoids ou obèses étaient plus fins que les cortex des individus ayant un poids dit "normal", et ce même après avoir opéré un ajustement avec d’autres facteurs tels que l’hypertension, la consommation d’alcool et le tabagisme.

Ce constat ne poserait pas de problème si le cortex n’était pas le couche la plus externe de la surface du cerveau. Cette partie de notre cerveau est le siège de fonctions neurologiques très importantes, comme le langage, le raisonnement, la conscience, la perception ou encore la mémoire.

Notre cortex n’est déjà pas épais (pas plus de quelques millimètres) mais avec le temps, il devient de plus en plus fin. Normalement, selon les neuroscientifiques, le cortex s’affine de moins de 0,10 mm par décennie. Selon le Dr Rundek qui a conduit l’étude, l’obésité viendrait "accélérer" le processus. Or, cet amincissement du cortex comporte des risques car il serait associé à la "maladie d’Alzheimer". L’obésité impacterait le volume de notre matière grise, et c’est pourquoi, "traiter le problème du surpoids" en amont serait "essentiel".

"La corrélation est particulièrement forte chez les moins de 65 ans", a déclaré Tatjana Rundek, doctorante à la faculté de médecine Miller de l'Université de Miami et membre de l'"American Academy of Neurology".

Un cerveau plus fin et plus âgé

Selon les chercheurs, l’excès de poids ferait vieillir le cerveau beaucoup plus rapidement. Le cerveau d’une personne, en surpoids et ayant la soixantaine, paraîtrait plus âgé, d’une dizaine d’années, que celui d’une personne ayant un poids "normal".

"Cette étude donne du poids à la théorie selon laquelle avoir une mauvaise santé au milieu de sa vie peut augmenter le risque de vieillissement du cerveau et entraîner des problèmes de mémoire et de capacité de réflexion en fin de vie", souligne le Dr Rundek.

Il est important de rappeler que l'étude ne démontre pas que l'obésité "affine" le cortex, corrélation ne signifiant pas causalité.

Malgré tout, les résultats de cette étude sont loin d'être anodins. "Ils sont excitants, car ils envisagent la possibilité qu'en perdant du poids, les personnes puissent ralentir le vieillissement de leur cerveau et potentiellement éviter les problèmes de mémoire et de raisonnement qui peuvent en résulter," a déclaré le Dr Rundek, consciente qu’il est très difficile, pour beaucoup de personnes, de perdre du poids.

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