Et si vous partagiez votre lait maternel avec les autres ? Pratiquer “l’alloallaitement”, autrement dit, nourrir son bébé, mais aussi ceux des autres, pourrait vous rendre plus fertile. Une nouvelle étude publiée dans Proceedings of National Academy of Sciences le 1er mars 2022 a passé en revue plus de 1 800 espèces de mammifères. Résultat : les femelles qui ont eu recours à cette pratique avaient une portée plus importante.

Alloallaitement : des petits plus grands et plus lourds

Pour mener l’enquête, Jeffrey Spear et Paola Cerrito, anthropologues biologiques à l'Université de New York à l’initiative de cette étude, ont mis au point des modèles. L’objectif était d’évaluer les effets des différents types d'aides parentales sur les performances reproductives de mammifères, qu'ils soient sauvages ou domestiques. Les chercheurs ont donc constaté que la domestication et le partage des responsabilités parentales avaient un effet positif sur la taille de la portée, mais aussi sur le poids de la progéniture.

Les chercheurs ont également constaté que les espèces domestiquées avaient des petits 68,2% plus lourds que ceux des espèces sauvages. Plus flagrant encore, celles qui pratiquaient l’alloallaitement ont eu une progéniture au poids supérieur de 83,1% au cours d'une année, par rapport à celle des petits nourris par leur seule mère. Ce mode d’allaitement partagé a également eu des conséquences sur le nombre de petits de la portée.

Pour Jeffrey Spear, ces travaux vont permettre de mieux comprendre les avantages biologiques des nourrices chez les humains. “Nos recherches ont montré que lorsque les mammifères partagent le lait, cela contribue à maximiser la production totale de la reproduction. En termes humains, cela signifie que plus de nourrissons survivent", explique-t-il au site New Scientist.

Fertilité : quel intérêt reproductif à partager son lait ?

Comme Paola Cerrito l'explique au New Scientist, c'est sa grand-mère italienne qui lui a donné pour la toute première fois l'idée de telles recherches. Ayant survécu à la Seconde Guerre mondiale, elle lui racontait comment les jeunes mères s'entraidaient en allaitant des bébés qui n'étaient pas les leurs, et ce à une période “où tout le monde souffrait de malnutrition”. Ainsi, les chercheurs ont été agréablement surpris de constater que l’alloallaitement n’avait pas seulement comme bénéfice de renforcer les liens sociaux ainsi que l’immunité des petits, mais qu’il permettait également de booster la fertilité des femelles allaitantes.

Sandra Heldstab de l'Université de Zurich, en Suisse, a donc trouvé les résultats de cette étude “très cools” car ils confirment les intérêts reproductifs du partage du lait. "On s'attendait à ce que l'alloallaitement soit plus important pour renforcer les liens sociaux, pour une meilleure réponse immunitaire ou pour agir contre l'infanticide", mais pas que cela augmente la fertilité des espèces qui le pratiquent.

Ces résultats devront être complétés par des recherches approfondies afin de déterminer les effets spécifiques de ce mode d’allaitement en fonction de la quantité de lait effectivement partagée et selon les espèces et les cas.

Sources

https://www.pnas.org/doi/abs/10.1073/pnas.2114674119

https://www.newscientist.com/article/2309963-female-mammals-that-suckle-anothers-young-have-more-offspring/

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