Sommaire

Le 11 juillet dernier, Vincent Lambert mourrait au CHU de Reims, après avoir passé 11 ans dans un état végétatif, suite à un grave accident de la route.

Une victoire pour Rachel Lambert, l'épouse du malade, qui considérait son maintien en vie comme de "l'acharnement thérapeutique".

À l'inverse, les parents de Vincent - fervents catholiques - étaient farouchement opposés à l'arrêt des soins, et considèrent cet acte comme un "crime d'État".

Viviane Lambert admet notamment "ne pas réussir à faire le deuil" de son fils. Elle se livre à ce sujet dans une interview accordée à France info.

"Jamais je n'accepterai qu'on ait tué mon enfant"

Après plus de dix ans de bataille judiciaire, la Cour de cassation avait tranché en faveur de la femme de Vincent Lambert, de son neveu et de la plupart de ses frères et sœurs, qui souhaitaient stopper les traitements.

Le 2 juillet 2019, l'établissement hospitalier avait alors placé le malade sous "sédation profonde et continue", cessant dans le même temps, et pour la troisième fois, de l'hydrater et l'alimenter.

Une décision, qui a profondément marqué les parents de Vincent Lambert.

On a vu notre fils agoniser pendant ces nombreux jours, on l'a vu râler, on l'a vu suffoquer et ça, c'est abominable, déplore Viviane Lambert à France info.

Elle ajoute en "rêver toutes les nuits" et se dit en dépression depuis la mort de son fils, assurant qu'on l'a supprimé alors "qu'il n'était pas en fin de vie", ni même en état de mort cérébrale.

Révoltée, elle précise que même s'il n'y avait pas d'amélioration, "on ne jette pas les gens comme un Kleenex !".

Toutefois, la mort de Vincent apporte une once d'apaisement aux parents, après des années d'une bataille judiciaire qui a déchiré sa famille.

Aujourd'hui, je me dis qu'il est parti dans un meilleur monde. J'ai la foi, je n'ai pas honte de le dire. On nous a assez critiqué parce qu'on avait la foi. On nous a traités d'intégristes, mais voyez, j'ai l'espérance.

Cette catholique pratiquante regrette toutefois la tournure qu'ont pris les événements, alors que leur famille était, par le passé, très unie. Elle et son mari, auraient préféré que "ça se passe beaucoup mieux".

Le couple Lambert souhaite renouer avec leurs proches

Profondément marqué par cette violente division avec leurs proches, le couple souhaite désormais renouer avec leurs enfants et petits-enfants.

La mère de Vincent Lambert se dit même prête "à leur pardonner, mais pour pardonner, il faut qu'on nous demande pardon aussi. Mais je suis prête, ma porte est ouverte (...) Je suis leur maman. Je les aime".

Elle espère les voir notamment "avant son dernier voyage, pour les embrasser tous et être comme avant avec eux".

En attendant, même si Vincent Lambert est décédé il y a déjà un an, l'affaire familiale n'est pas pour autant terminée sur un plan judiciaire.

Les parents, qui ont fait appel en janvier dernier, de la relaxe du Dr Sanchez, médecin de Vincent Lambert qu'ils poursuivaient pour "non-assistance à personne en danger".

D'après l'Agence France-Presse (AFP), le recours sera examiné le 11 septembre prochain par la Cour d'appel de Reims.

"Le Dr Sanchez ne peut plus être condamné pénalement mais il peut encore payer des dommages et intérêts", a précisé Mr Jean Paillot, l'un des deux avocats des parents Lambert.

Mort de Vincent Lambert : un "soulagement" pour certains membres de sa famille

Mort de Vincent Lambert : un "soulagement" pour certains membres de sa famille

"Je ne me réjouis pas… Mais c’est un soulagement. Un soulagement pour Vincent", a confié François Lambert, jeune avocat et neveu de Vincent Lambert à nos confrères de 20 minutes, le 11 juillet 2019. Il s'est battu auprès de Rachel Lambert, son épouse, pour que le personnel soignant cesse de l’alimenter et de l’hydrater.

Son avocat espère que cette affaire entraînera des modifications sur le plan juridique. "On doit nécessairement envisager une autre façon de mourir, à partir du moment où la décision est prise, et être plus courageux dans la façon dont on aborde la fin de vie", a-t-il déclaré à l'AFP.

Un peu plus tard, François Lambert s'était exprimé depuis la Place de la République, à Paris.

"Ça remet les choses dans l'ordre, on était prêts depuis des années. On revient dans quelque chose de rationnel. Par respect pour lui, il fallait arrêter de le maintenir en vie dans cet état. J'espère qu'il repose en paix".

Le neveu du malade souligne que le conflit familial autour de cette bataille familiale l'a "beaucoup fait souffrir. Ce qui s'est passé là est une rupture irréversible".

Depuis le décès de son oncle, François Lambert ne souhaite pas rester les bras croisés et a sorti un livre engagé "Pour qu’il soit le dernier" (Éditions Robert Laffont), dans lequel il critique la loi Leonetti sur la fin de vie et défend le "droit à mourir".

Dans une interview accordée à 20 minutes, il révèle notamment espérer que Vincent Lambert, soit "le dernier pour lequel il y aura six ans de bataille judiciaire scandaleux".

Car, pour lui, "On maintient (un malade, ndlr) en vie pour soi parce que ça nous fait plaisir. Mais ce n’est pas forcément pour lui qu’on le fait".

Euthanasie en France : où en est-on ?

Euthanasie en France : où en est-on ?

Le débat sur le "droit à mourir" avance en France, bien que l'euthanasie ne soit pas encore au stade d'être légalisée, à l'inverse de nos voisins européens comme la Belgique ou la Suisse.

Mais dernièrement, de nouveaux droits en faveur des personnes malades et des personnes en fin de vie ont été accordés, grâce à la loi du 2 février 2016, dite "Loi Claeys-Léonetti". Celle-ci complète la Loi Léonetti du 22 avril 2005 et apporte de nombreuses précisions relatives au cadre juridique applicable à l'euthanasie et à la fin de vie.

Ainsi, d'après l'article L. 1110-5-1, du code de la santé publique, les actes médicaux ne doivent pas être mis en œuvre ou poursuivis lorsqu'ils résultent d'une obstination déraisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris, conformément à la volonté du patient et, si ce dernier est hors d'état d'exprimer sa volonté, à l'issue d'une procédure collégiale définie par voie réglementaire.

En outre, "la nutrition et l'hydratation artificielles constituent des traitements qui peuvent être arrêtés lorsqu'ils résultent d'une obstination déraisonnable".

Cette loi instaure également un droit à la sédation profonde et continue jusqu'au décès.

En effet, à la demande du patient d'éviter toute souffrance et de ne pas subir d'obstination déraisonnable, une sédation profonde et continue provoquant une altération de la conscience maintenue jusqu'au décès, associée à une analgésie et à l'arrêt de l'ensemble des traitements de maintien en vie, peut être mise en oeuvre dans les cas suivants :

  • lorsque le patient atteint d'une affection grave et incurable et dont le pronostic vital est engagé à court terme présente une souffrance réfractaire aux traitements ;
  • lorsque la décision du patient atteint d'une affection grave et incurable d'arrêt un traitement engage son pronostic vital à court terme et est susceptible d'entraîner une souffrance insupportable.

> Téléchargez gratuitement le guide mutuelle senior 2022 ! En savoir plus >

Sources

DOCUMENT FRANCEINFO. "Jamais je n'accepterai qu'on ait tué mon enfant" : un an après la mort de son fils Vincent, Viviane Lambert se confie, France info, 11 juillet 2020.

Mort de Vincent Lambert: «C’est un soulagement pour lui», réagit François Lambert, son neveu, 20 minutes, 11 juillet 2019.

Affaire Vincent Lambert : « Ce qui me dérangerait, c’est que cette affaire ne serve à rien » estime son neveu François Lambert, 20 minutes, 13 mars 2020.

Loi fin de vie du 2 février 2016, Ministère des Solidarités et de la santé, 2 décembre 2016.

Notre Newsletter

Recevez encore plus d'infos santé en vous abonnant à la quotidienne de Medisite.

Votre adresse mail est collectée par Medisite.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.