Cancer : l’homéopathie en soins de support

Pour aider les patients à mieux supporter les effets secondaires des traitements du cancer, les médecins homéopathes proposent d’utiliser l’homéopathie comme soins de support. Entretien avec le docteur Jean-Lionel Bagot, médecin homéopathe défenseur de cette médecine complémentaire.

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Medisite : Qu’appelle-t-on soins de support et à qui s’adressent-ils ?

Dr Jean-Lionel Bagot : Les soins de support correspondent à tous les soins d’accompagnement des personnes atteintes d’un cancer, autres que les traitements du cancer lui-même. Tout·e patient·e qui en ressent le besoin peut bénéficier de soins de support. L’homéopathie fait partie des soins de support. Elle est indiquée à tous les temps du traitement, de l’annonce de la maladie jusqu’à l’après traitement voire parfois pendant les soins palliatifs. Elle pourra ainsi se révéler utile pour accompagner le stress lié à l’annonce du cancer, préparer à la chirurgie, soulager les effets secondaires de la chimiothérapie, de la radiothérapie et/ou de l’hormonothérapie et pour faciliter la convalescence.

Medisite : Pourquoi prescrire de l’homéopathie comme soin de support du cancer ?
Dr Jean-Lionel Bagot : Quand le cancer est découvert assez tôt, le·la patient·e rencontre parfois plus de problèmes liés au traitement qu’au cancer en lui-même. Pour soulager les effets indésirables des traitements du cancer, je privilégie l’homéopathie car elle n’entraîne pas d’effets secondaires et ne présente pas de risques d’interaction médicamenteuse.
Mais attention : s’il est préférable de ne pas rajouter des médicaments à une personne qui reçoit déjà des traitements lourds, certaines situations exigent la prescription de médicaments conventionnels. C’est pourquoi je prescris de l’homéopathie pour accompagner les patient·e·s quand leur état de santé le permet et me tourne vers des médicaments conventionnels en cas de nécessité : des antibiotiques en cas d’infection sévère, de la morphine en cas de fortes douleurs, de la cortisone en cas de réaction allergique… L’important est surtout qu’il n’y ait pas de perte de chance pour le·la patient·e.

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Medisite : Quels sont les traitements homéopathiques les plus communément prescrits en soins de support du cancer ?
Dr Jean-Lionel Bagot : Personnellement, je réalise environ 4 000 consultations de soins de support par an. La plupart des traitements homéopathiques sont choisis de façon individuelle. Récemment, une de mes patientes sous hormonothérapie (un traitement qui fait suite au traitement du cancer et qui limite le risque de récidive de cancer hormonodépendant) me consulte et me rapporte des bouffées de chaleur ainsi qu’un état général altéré. Elle était également triste, pleurait souvent et avait pris du poids. Je lui ai prescrit un traitement de fond en homéopathie. Six semaines plus tard, elle revient me voir et la première chose qu’elle me dit est : "Mon mari m’a demandé de vous remercier." Elle avait perdu six kilogrammes, n’avait plus de bouffées de chaleur et son moral était bien meilleur. L’homéopathie peut effectivement agir aussi bien sur les symptômes psychiques que physiques. Mais il n’y a pas de recette miracle et ce qui a fonctionné chez cette patiente n’aurait peut-être pas d’effet sur une autre. C’est ce que nous appelons l’individualisation.
Dans d’autres situations, les médecins peuvent se référer aux recommandations de la Société Homéopathique Internationale des Soins de Support en Oncologie (SHISSO). Celles-ci sont destinées à guider les médecins homéopathes et les oncologues pour des traitements homéopathiques symptomatiques susceptibles d’agir chez tout le monde. Dans certains cas, on peut protocoliser les traitements homéopathiques. Il s’agit par exemple de Petroleum contre les fissures des doigts liées à chimiothérapie ou d’Arnica pour diminuer les douleurs et les hématomes après une opération.

Medisite : L’absence d’effet secondaire et d’interaction mis en avant pour favoriser l’homéopathie risque-t-elle de décrédibiliser ce type de traitement ?
Dr Jean-Lionel Bagot : C’est avant tout le·la patient·e qui juge de l’efficacité du traitement. En janvier 2017, la docteure Adeline Legrand a présenté une thèse de médecine à Strasbourg portant sur 535 patients atteints de cancer et suivant une chimiothérapie. 30% de ces patients (soit 160 personnes) prenaient de l’homéopathie en soins de support et le coefficient de satisfaction parmi ces personnes était de 97%.

Medisite : Quelles sont les preuves scientifiques qui attestent de l’efficacité de l’homéopathie en soins de support ?
Dr Jean-Lionel Bagot : À l’heure actuelle, il n’existe malheureusement pas assez d’étude clinique. Il s’agit surtout d’études préliminaires ou d’études de pratique dont les résultats n’ont pas un niveau de preuve suffisant. En tant que médecin et chercheur, j’ai besoin d’études plus nombreuses et plus abouties, mais cela nécessite beaucoup de temps et d’argent. Nous y travaillons et plusieurs projets sont en cours. Cependant, si les études scientifiques sont nécessaires, elles ne prouvent pas tout : le retour positif des patient·e·s et leur demande croissante de soins homéopathiques sont selon moi aussi à prendre en considération.

Medisite : Les bons résultats de l’homéopathie que vous observez chez vos patient·e·s peuvent-ils être imputables à un effet placebo ?
Dr Jean-Lionel Bagot : Comme pour tout médicament et comme pour toute consultation médicale, il existe un effet placebo pour l’homéopathie dès lors qu’une relation médecin-malade s’instaure. C’est ce que j’appelle l’effet thérapeutique du médecin. Tout·e soignant·e doit en être conscient·e, et doit pouvoir l’utiliser, en homéopathie comme en médecine conventionnelle. Dans le cadre des soins de support, le médecin est dans l’urgence : il est face à une personne qui a des nausées, qui est très fatiguée, parfois qui n’en peut plus. Il faut la soulager rapidement et si c’est l’effet placebo qui la soulage, tant mieux. L’essentiel, c’est que son état s’améliore.
Cependant, dans mon expérience, l’effet placebo n’explique pas tout. Chez certain·e·s patient·e·s, il se peut qu’un premier traitement homéopathique ne fonctionne pas, qu’un deuxième non plus, mais qu’un troisième donne d’excellents résultats thérapeutiques. Dans ce cas, ce n’est pas l’effet placebo qui a agi mais bien le traitement homéopatique. Il faudra néanmoins voir si ce mieux persiste dans le temps. Il m’ait également arrivé de soigner, avec de bons résultats, des patients qui étaient dans le coma. Je ne crois pas que dans ce cas, ce soit l'effet placebo qui ait agi...

Medisite : Que diriez-vous à un·e patient·e qui doute de l’efficacité de l’homéopathie ?
Dr Jean-Lionel Bagot : Je lui répondrai d’en faire l’expérience personnelle. Je lui proposerai d’essayer sur ses symptômes le traitement homéopathique que je vais lui prescrire. Si cela ne va pas mieux rapidement, il sera toujours temps de prendre un traitement conventionnel. Chaque individu peut tester sur lui-même l’efficacité ou non de l’homéopathie contre un symptôme ou une maladie particulière. Je ne pourrai cependant pas convaincre sur un plan théorique quelqu’un qui n’est pas persuadé de l’efficacité de l’homéopathie. La pratique et l’expérience sont parfois plus utiles que de longs discours théoriques.

Medisite : En octobre 2017, un médecin homéopathe français a été radié pour avoir voulu « soigner » un cancer avec de l’homéopathie. Quel est votre avis sur cette affaire ?
Dr Jean-Lionel Bagot : L’homéopathie n’est pas un traitement du cancer. Elle peut stimuler les forces de guérison dans certaines pathologies auto-curables et soulager le·la patient·e. Mais une fracture ou une crise d’appendicite aiguë nécessitent un chirurgien, une septicémie une hospitalisation et un cancer des traitements conventionnels. Il faut être très vigilant quant au risque de confusion des genres de traitements. Je vois parfois des personnes en refus de soin conventionnels. J’utilise toute mon énergie et mon professionnalisme médical pour les convaincre d’accepter la chimiothérapie, au risque de mettre leur vie en péril. Il y a urgence à ramener ces patient·e·s vers les soins conventionnels indispensables à leur maladie.

Medisite : Outre l’homéopathie, quelles autres médecines complémentaires existent pour soulager les patient·e·s en cancérologie ?
Dr Jean-Lionel Bagot : La médecine complémentaire majoritairement choisie par les patient·e·s reste l’homéopathie. Mais certaines personnes se tournent également vers l’auriculothérapie ou l’acupuncture pour soulager les douleurs, calmer les nausées et les neuropathies ou encore combattre la fatigue. La phytothérapie figure également parmi les soins de support, mais cette médecine requiert de la vigilance car certaines plantes présentent un risque d’interaction avec les traitements du cancer. Les médecins connaissent ces situations et y sont attentifs.

Medisite : Pour terminer, avez-vous des liens d’intérêt avec des laboratoires ?
Dr Jean-Lionel Bagot : À titre personnel, je participe à des interventions ponctuelles, rapports d’expertise, conférences et actions de formation pour les laboratoires Boiron. En tant que Président de la Société Homéopathique Internationale des Soins de Support en Oncologie (SHISSO) et de la Société Homéopathique de l’Est (SHE), j’ai également des liens d’intérêt avec les laboratoires Arko-pharma et Weleda qui soutiennent financièrement l’organisation de nos congrès.

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