Cancer : dépistage et prévention, le rôle insoupçonné du médecin traitant
MEDISITE : Pourquoi le médecin traitant joue-t-il un rôle essentiel dans la prévention du cancer ?
Dr Alexis Rouillaud, médecin généraliste Ramsay Santé : Le médecin généraliste est sans doute celui qui connaît le mieux le patient, parce qu’il le voit de façon régulière ! Nous suivons nos patients pendant des années, connaissons leurs antécédents médicaux mais aussi familiaux, leurs modes de vie, leurs profils. Nous sommes aussi les plus susceptibles de noter des changements, même imperceptibles, de leur état de santé : une perte de poids, une altération de l’état général… Un médecin généraliste peut ainsi déceler un problème alors même que le patient est venu consulter pour un simple renouvellement d’ordonnance. Mais à ce stade, des signes que l’on peut détecter en consultation, on est déjà dans le dépistage d’un éventuel cancer. Le médecin traitant joue également un rôle en amont, en matière de prévention.
C’est-à-dire ?
On sait aujourd’hui que la plupart des cancers s’installent dix à quinze ans avant les premiers symptômes mais aussi qu’ils sont pour beaucoup consécutifs à ces facteurs que l’on appelle modifiables, autrement dit l’hygiène de vie. On doit aussi accompagner à ce niveau et donner des conseils pour arrêter le tabac, prévenir des pathologies comme l’obésité et le diabète, qui augmentent le risque de cancer. Il faut passer d'une médecine thérapeutique à une médecine préventive.
De plus, nous sommes un relais important pour ce qui concerne le dépistage organisé, insuffisant en France : côlon, sein, col de l’utérus, bientôt le poumon peut-être. Le médecin généraliste peut proposer un dépistage plus ciblé s’il le juge nécessaire, en cas d'antécédents familiaux par exemple, ou une exposition professionnelle, sur ces cancers qui répondent au dépistage généralisé mais aussi pour d’autres cancers comme le rein, la prostate, le mélanome. Cette approche est importante, car alors, le dépistage est plus fin et donc plus efficace.
Les personnes de plus de 50 ans ont donc intérêt à consulter leur médecin traitant au moins une fois par an (ou plus ou moins) dans ce cadre, même sans aucun problème de santé ?
Oui, même si la problématique de l’accès aux soins complique les choses. Il n’est pas choquant d’aller voir son médecin quand on se porte bien, au contraire ! Nous devons, nous médecins, être systématiques dans cette démarche de prévention et de dépistage du cancer, même quand on vient nous voir pour une grippe ou une autre pathologie. L’Assurance maladie a mis en place il y a quelques années le Bilan de prévention à réaliser aux quatre âges “clés” de la vie (entre 18 et 25 ans, 45 et 50 ans, 60 et 65 ans et 70 et 75 ans, bilan qui peut être effectué par le médecin traitant mais aussi par l’infirmier, le pharmacien ou la sage-femme, ndlr). Ne faites pas l’impasse car ce bilan est aussi l’occasion pour votre médecin de prescrire un éventuel bilan biologique, qui peut donner des renseignements précieux dans la prévention ou le dépistage du cancer.
Quel autre rôle joue le médecin traitant dans la prévention et le dépistage du cancer ?
C’est un coordinateur. Le médecin généraliste a accès à tous les résultats des examens et bilans, il est un bon relais entre tous les professionnels de santé qui vous suivent : pharmacien, gynécologue, médecins spécialistes, kinésithérapeute, infirmier… Il peut ainsi avoir une vision plus globale de votre santé.
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Interview du Dr Alexis Rouillaud