Alcool : la durée nécessaire pour réparer ses dommages sur le cerveauAdobe Stock
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La toxicité de l’alcool pour l’organisme et en particulier pour la santé mentale n’est plus à prouver. Préjudiciable pour le cerveau, une consommation régulière et excessive de boissons alcoolisées attaque le système nerveux de différentes façons : à court terme, l’absorption d’alcool peut donner lieu à des troubles du comportement. L’alcool en excès amoindrit la vigilance, provoque des troubles de l’équilibre ou de la parole, et favorise des comportements potentiels agités, agressifs voire violents.

Alcool : des troubles de l’attention à la dépression

Sur le plan neurologique, la toxicité de l’alcool se traduit par des troubles de l’attention, de la mémoire, de la concentration. Cette mauvaise habitude est associée à un risque accru d’anxiété, de dépression et accroît les troubles du sommeil comme les insomnies.

Boire de l’alcool de façon chronique altère aussi la morphologie cérébrale. Il est connu que cette substance toxique influe sur la structure du cerveau, en se manifestant notamment par une réduction de la matière blanche au niveau du cortex cérébral, cette couche de tissu cérébral grise à la surface de l’encéphale. Cet effet délétère est bien visible à l’imagerie cérébrale chez les accros à l’alcool. Et plus la consommation d’alcool a démarré précocement, plus cette amincissement du cortex est important.

L’alcool chronique amincit le cortex cérébral

Les personnes alcoolodépendantes tendent ainsi à présenter un amincissement des régions du cortex, essentielles à de nombreuses fonctions cognitives comme le langage ou la mémoire. Cette réduction de l’épaisseur corticale serait heureusement réversible.

Des recherches antérieures ont déjà documenté ce "rétablissement" de la structure cérébrale chez des personnes présentant des troubles de l’alcool et qui avaient mis en place un sevrage alcoolique. Mais jusqu’ici, la durée de ce sevrage alcoolique nécessaire pour "nettoyer" le cerveau des ravages de l’alcool sur le cortex cérébral n’étaient pas bien clairs.

Alcool : un cortex "comme neuf" après 7 mois de sevrage

C’est désormais chose faite. Une nouvelle étude parue dans la revue Alcohol le 30 août 2023 nous permet désormais de quantifier cette durée de "récupération pour le cerveau. Les chercheurs de l’Université de Stanford aux Etats-Unis révèlent que les consommateurs d’alcool qui arrêtent de boire voient leur cortex s’épaissir au fil de l’eau. Ils gagnent en épaisseur corticale rapidement au cours du premier mois et cette "récupération" se poursuit de manière constante pendant exactement 7,3 mois.

Autrement dit, c’est précisément à l’issue d’une période de 7,3 mois de sevrage d’alcool que le cortex retrouve son épaisseur normale. Fait intéressant, à l’issue de cette durée, l’épaisseur retrouvée par le cortex est même similaire à celle des personnes qui ne présentent pas de troubles liés à la consommation d’alcool.

Une étude inédite sur l'impact d'un long sevrage sur le cerveau

Jusqu’ici, les quelques études portant sur les modifications de l'épaisseur du cortex pendant l'abstinence se limitaient au premier mois de sobriété, explique l’équipe de chercheurs, pilotée par le psychiatre et spécialiste du comportement Timothy Durazzo, de l'université de Stanford. Les scientifiques sont les premiers à montrer l’impact d’une longue période de sevrage alcoolique sur l’épaisseur du cortex.
"Il existe très peu d'informations dans le domaine des troubles liés à la consommation d'alcool sur la façon dont la structure du cerveau humain se rétablit après une abstinence à long terme", précise Timothy C. Durazzo, neuropsychologue clinicien et professeur de psychiatrie et de sciences du comportement à la faculté de médecine de l'université de Stanford.

"Notre étude est la première à démontrer une récupération significative de l'épaisseur corticale dans de multiples régions chez les personnes cherchant à se faire soigner pour un trouble lié à la consommation d'alcool, sur une période d'abstinence d'environ 6 à 7 mois après le traitement".

Sevrage : le cerveau, un important pouvoir de réparation

Les chercheurs ont observé ces bons résultats en analysant le cerveau via l'imagerie par résonance magnétique (IRM) de 88 personnes traitées pour des troubles liés à l’alcool. Les mesures de l’épaisseur corticale après 7, 3 mois ont donné à voir une récupération de cette épaisseur dans la plupart des régions cérébrales étudiées, soit 26 régions sur les 34 étudiées. Un constat encourageant qui laisse entrevoir la formidable capacité du cerveau à se régénérer et à se réparer, une fois débarrassé de l’alcool. "L'abstinence durable d'alcool après le traitement d'un trouble lié à la consommation d'alcool est associée à une récupération substantielle des tissus neuronaux et non neuronaux qui contribuent à l'épaisseur du cortex humain", s’est enthousiasmé Timothy Durazzo, interrogé par le PsyPost.

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