Polyarthrite rhumatoïde : symptômes, causes, traitements pour la soigner

Certifié par nos experts médicaux MedisiteLa polyarthrite rhumatoïde (PR) est le plus fréquent des rhumatismes inflammatoires chroniques. C’est une maladie qui atteint une ou plusieurs articulations. Les recherches tentent de mettre au point un diagnostic plus précoce, d'améliorer les traitements afin de mieux soigner, de prévenir les poussées et limiter ainsi les dégradations articulaires et l’altération de la qualité de vie. D’énormes progrès thérapeutiques ont été réalisés depuis 20 ans, améliorant considérablement le pronostic. Une nouvelle étude a, par ailleurs, mis en avant un lien entre la maladie et le risque de développer un diabète. Faisons le point sur cette maladie avec le Docteur Bruno Duruy, rhumatologue.
Polyarthrite rhumatoïde : symptômes, causes, traitements pour la soignerMaladie inflammatoireIstock

Qu'est-ce que la Polyarthrite rhumatoïde ?

La polyarthrite rhumatoïde est une maladie inflammatoire chronique qui peut toucher toutes les articulations, à l’exception des interphalagiennes distales (entre la deuxième phalange et la troisième, qui porte l’ongle) et du rachis dorso-lombaire (partie de la colonne vertébrale située en bas du dos, juste au- dessus du sacrum), qui se détruisent progressivement, provoquant la dégradation progressive du cartilage et des os. La maladie   se manifeste par des poussées douloureuses de durée variable et des périodes d'accalmie.  

L'arthrite est l'inflammation d'une articulation qui peut avoir de très nombreuses causes.

Le terme « polyarthrite » signifie que plus de 4 articulations sont touchées.

Maladie auto-immune caractérisée par la fabrication d'auto-anticorps dirigés contre la membrane synoviale (tissu qui tapisse l'intérieur des articulations) des articulations. Elle entraîne des répercussions fonctionnelles, psychologiques, sociales et professionnelles parfois graves. 

Chiffres : quelle est la fréquence de cette arthrite ?

La polyarthrite rhumatoïde concerne 0,3 à 0,8 % de la population adulte, soit environ 200 000 personnes en France. Trois fois plus de femmes que d’hommes sont atteints. La maladie apparaît, le plus souvent entre 40 et 60 ans et rarement dans l'enfance.

Cinq mille nouveaux cas de polyarthrite rhumatoïde surviennent chaque année.

Quelles sont les symptômes de la polyarthrite rhumatoïde ?

Une fois déclarée, la polyarthrite rhumatoïde s’aggrave progressivement et s’étend à d’autres articulations sous la forme de poussées successives entrecoupées d’accalmies relatives. Il n’y a pas de guérison possible, mais la maladie peut être stoppée grâce aux médicaments. Les premiers signes permettent d'évoquer la maladie.

  • La personne, réveillée en fin de nuit par des douleurs articulaires, ressent, le matin, un engourdissement et une raideur de ces articulations pendant au moins 30 minutes, cette raideur matinale régresse dans la matinée.
  • Les articulations douloureuses sont gonflées, rouges avec une sensation de chaleur, touchant habituellement les mains et les poignets, souvent les pieds, parfois les genoux, les épaules ou les coudes.
  • L’atteinte et la destruction des articulations se produit le plus souvent de façon symétrique, des   2 côtés du corps.

Le Docteur Bruno Duruy rappelle :

" Ces symptômes quotidiens persistent pendant plusieurs semaines et s’accompagnent fréquemment de signes plus généraux : fièvre légère, fatigue, perte de poids et d’appétit".

Photo : polyarthrite rhumatoïde à la main

Photo : polyarthrite rhumatoïde à la main© Creative Commons

Crédit : James Heilman, MD — Travail personnel Licence : CC BY-SA 3.0

Quelles sont les causes de cette maladie inflammatoire ?

L'origine de la maladie reste inconnue, cependant elle est probablement multifactorielle. Les connaissances sur les origines ont progressé au cours des dernières années, considérant la PR comme une maladie auto-immune à cause de la présence d’anticorps produits par des cellules du système immunitaire, dirigés contre l’organisme lui-même.

Quels sont les facteurs de risques de cette pathologie chronique ?

Certains facteurs influencent la prédisposition et le déclenchement de la maladie notamment :

  • Les facteurs environnementaux :
    • La fumée de tabac : la polyarthrite rhumatoïde est plus fréquente, plus grave, et répond moins au traitement chez les fumeurs.
    • Il existe également des variations géographiques dans la fréquence de la maladie.
  • Le système nerveux :
    • La survenue de la polyarthrite rhumatoïde est fréquente après un choc émotionnel ou traumatique.
  • Les défenses immunitaires :
    • La maladie peut survenir suite à une infection : angine ou grippe ;
    • Suite à une vaccination (rarement) ;

Aucun agent infectieux n'a formellement été identifié comme pouvant être à l'origine de la maladie même si certains agents ont été incriminés : virus d’Epstein-Barr, bactéries P. gingivalis et A. actinomycetemcomitans.

  • Le terrain génétique :
    • Des gènes pouvant expliquer certaines prédispositions familiales et favoriser l’apparition de la maladie ont été identifiés.
  • Des facteurs hormonaux :
    • Modifications hormonales dues à la grossesse ou à la ménopause.

Quelles sont les personnes à risque ?

La polyarthrite rhumatoïde peut survenir à tout âge, mais elle apparaît surtout chez des personnes âgées de 40 à 60 ans. Le pic d’apparition de la maladie se situe vers 45 ans. À cet âge, elle est plus fréquente chez la femme que chez l’homme.

Quelle est la durée de l'affection ?

La polyarthrite rhumatoïde est une maladie de longue durée qui le plus souvent reste active toute la vie. 

Est-elle contagieuse ?

Cette maladie n’est pas contagieuse.

Qui, quand consulter en cas de symptômes ?

Devant des douleurs articulaires symétriques réveillant le patient avec une raideur matinale, une polyarthrite rhumatoïde peut être suspectée. Pour que le diagnostic soit posé rapidement et pour une meilleure efficacité des traitements, il est alors nécessaire de consulter son médecin traitant ou un rhumatologue dès le début des symptômes.

Le traitement est pris en charge par le médecin traitant qui fait également appel à une équipe de professionnels de santé : médecin de médecine physique et de réadaptation, masseur kinésithérapeute, pédicure-podologue, chirurgien orthopédique, ergothérapeute...

Quelles sont les complications de la polyarthrite rhumatoïde ?

  • Sans traitement : la maladie atteint progressivement de nouvelles articulations et entraîne la déformation ou la destruction progressive des articulations touchées, souvent celles des mains et des pieds, altérant la qualité de la vie.
  • Les formes bénignes représentent 20 à 30 % des cas et n’impactent pratiquement pas l'activité quotidienne même au bout de plusieurs années. 
  • Les formes sévères soit environ 20 % entraînent en 2 à 5 ans, des destructions articulaires importantes qui provoquent des douleurs chroniques et des déformations qui peuvent être à l'origine d'un handicap fonctionnel important. C'est au cours de ces formes sévères que se développent des manifestations extra-articulaires qui peuvent mettre en jeu le pronostic vital : atteinte des vaisseaux, poumon.
  • Les formes intermédiaires sont les plus fréquentes : 50 à 60 % des cas. L'évolution se fait de façon progressive, par poussées évolutives  inflammatoires entrecoupées de rémissions plus ou moins complètes. Chaque poussée est à l'origine d'une augmentation des douleurs articulaires mais aussi des déformations avec installation lentement progressive d'un handicap fonctionnel plus ou moins important.

De plus, une récente étude menée par l'Université de Manchester en Grande-Bretagne révèle que les personnes souffrant de polyarthrite rhumatoïde, ont un risque accru de 23% de développer un diabète de type 2.

Les chercheurs qui ont présenté leurs travaux lors des rencontres de l'Association européenne pour l'étude du diabète (EASD) du 21 au 25 septembre 2020, ont découvert le lien entre les deux maladies après avoir analysé les dossiers de 1 629 854 patients.

Pour eux, cette découverte confirme l’hypothèse que les voies inflammatoires sont impliquées dans le développement du diabète. Ainsi, les agents qui réduisent les niveaux de marqueurs inflammatoires systémiques, pourraient jouer un rôle dans la prévention du diabète de type 2. Par ailleurs, l’équipe recommande aux professionnels de santé de prescrire un dépistage du diabète chez leurs patients de polyarthrite rhumatoïde.

Les examens et analyses 

Le diagnostic d’une polyarthrite rhumatoïde naissante est difficile.

Examen clinique :

L’examen se fait essentiellement à partir des symptômes observés : articulations gonflées, chaudes et douloureuses, atteinte symétrique du corps, et cherchera à éliminer d’autres maladies articulaires : rhumatisme psoriasique, spondylo-arthrite, arthrite d’origine infectieuse, lupus, goutte, etc…

Examens complémentaires :

Examens radiologiques des mains, poignets et de toutes les articulations atteintes. Il y a aussi des examens plus sensibles tels que l’échographie ou l’IRM  pour détecter une inflammation de la membrane synoviale ou les premières érosions osseuses.

Bilan sanguin

Afin de rechercher des marqueurs de l’inflammation (vitesse de sédimentation, protéine C réactive), des facteurs rhumatoïdes et d’anticorps spécifiques (parfois absent) ou d’autres anticorps indiquant une maladie auto-immune.

Examen du liquide synovial

L'examen  s'effectue par ponction articulaire afin de rechercher des éléments caractéristiques de l’inflammation.

Quels sont les traitements de la polyarthrite rhumatoïde ?

Aujourd’hui on ne guérit pas d’une polyarthrite rhumatoïde mais si le traitement est démarré tôt, il a d'autant plus de chance d'être efficace. Les traitements existants ont ainsi deux objectifs :

  • Calmer les douleurs : traitement symptomatique ;
  • Contrôler la polyarthrite rhumatoïde avec un traitement de fond pour soigner les complications, modérer l'évolution et prévenir leur apparition, et permettre à la personne de conserver une qualité de vie optimale.

Les traitements médicamenteux

Pour lutter contre les douleurs de la polyarthrite rhumatoïde est adapté à chacun et nécessite un suivi régulier. Certains médicaments peuvent avoir des effets indésirables (pathologie iatrogène). Ce traitement peut comporter :

  • Des antalgiques pour calmer la douleur.
  • Des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), qui traitent la douleur et la raideur matinale. Ils peuvent être prescrits en même temps que le traitement de fond si celui-ci n'atténue pas suffisamment les symptômes.
  • Des corticoïdes  pour réduire l'inflammation en attendant que le traitement de fond agisse. Ils sont prescrits sous surveillance du régime alimentaire, de la pression artérielle et de la minéralisation osseuse (en raison du risque d'ostéoporose)…

Les traitements de fond

Le traitement de fond est très important, car il doit être adapté en fonction des personnes et permettre de stopper ou de modérer l'évolution de la maladie.

  • Médicament dit de "synthèse" : le méthotrexate par exemple, immunosuppresseur de référence en première intention, en comprimés ou injections, une fois par semaine ; 
  • Médicament de type biothérapie : le plus souvent anticorps monoclonal anti TNF inhibant le facteur TNF-alpha, un des principaux vecteurs de l'inflammation. Il est d'abord prescrit à l'hôpital, puis par un médecin spécialisé (injections sous-cutanées ou en perfusion). Il peut être associé avec le méthotrexate ou donné seul.
  • Médicament inhibiteur enzymatique des Janus kinases.  Il peut être associé avec le méthotrexate ou donné seul.

Comment prévenir la maladie ?

Il n’existe pas de moyen reconnu de prévenir la polyarthrite rhumatoïde. Il est parfois possible d’éviter certains facteurs déclencheurs, comme le tabagisme.

Sites d’informations et associations

INSERM : la polyarthrite rhumatoïde