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Qu’est-ce qu’une lombalgie chronique ?

La lombalgie se définit comme un mal du bas du dos au niveau des lombaires. Dans la majorité des cas, la lombalgie est dite « commune » : elle intervient après le port de charges lourdes, un faux mouvement ou encore une mauvaise posture prolongée. C’est le fameux « lumbago » ou « tour de reins ». La plupart du temps, les structures touchées sont les muscles et/ou les ligaments.

Plus rarement, la lombalgie est dite « spécifique » : elle est alors le symptôme d’une maladie inflammatoire, infectieuse ou tumorale ou d’une fracture vertébrale.

Généralement, la lombalgie ne dure que quelques jours à semaines. Toutefois, certaines lombalgies sont susceptibles de durer plus de 3 mois : nous parlons alors de lombalgie chronique. "Lorsqu’une douleur lombaire ne s’améliore pas après 5 jours, il est préférable de consulter un médecin", prévient le Docteur Emmanuel Maheu, rhumatologue.

À noter que le lumbago chronique ne doit pas se confondre avec le lumbago récidivant qui se définit par des épisodes douloureux répétés et entrecoupés de périodes de rémission.

Chiffres : quelle est la fréquence du lumbago chronique ?

La lombalgie est une affection fréquente : nous estimons que 66 à 75% des personnes souffriront au moins une fois de leur vie de lombalgie (1). Dans 90% des cas, les lombalgies guérissent rapidement sans consultation médicale (1). Toutefois, 10 à 23% des lombalgies se chronicisent et persistent pendant plus de 3 mois (1).

Quels sont les symptômes de la lombalgie chronique ?

  • Contrairement à la lombalgie aiguë, d’apparition brutale (et souvent après un mauvais mouvement ou posture) la lombalgie chronique peut s’installer progressivement et sans élément déclencheur particulier (sauf en cas de fracture traumatique).
  • La douleur peut être évolutive ou au contraire stable pendant plus de 3 mois.
  • La douleur est latente et permanente, présente même au repos (contrairement à la lombalgie aiguë qui est aggravée par le mouvement).
  • En cas d’inflammation, la douleur peut sévir la nuit altérant la qualité du sommeil voire empêchant l’endormissement.
  • Une altération de l’état général ou des troubles neurologiques sont des critères de gravité.
  • En cas d’arthrose d’autres articulations du corps peuvent être douloureuses.

Quelles sont les causes d’un lumbago chronique ?

Pour comprendre la cause d’une lombalgie chronique, il faut distinguer selon que cette dernière soit un simple « tour de reins » ou le symptôme d’une maladie ou d’une fracture (lombalgie dite « secondaire » ou « spécifique »).

Quand un simple tour de reins devient chronique

Dans ce cas de figure, les structures atteintes sont les muscles et/ou les ligaments. Une mauvaise posture prolongée peut donner lieu à une contracture musculaire tandis qu’un faux mouvement ou un effort trop important peut engendrer une déchirure musculaire ou une entorse ligamentaire.

Selon le rhumatologue : "Lors d’un mouvement, un disque intervertébral peut effleurer le ligament vertébral postérieur (qui est un gros ligament très innervé). La douleur est alors intense. Cette situation est favorisée par l’âge et la dégénérescence osseuse : avec le temps les disques intervertébraux s’affaissent et dépassent des vertèbres".

En outre, la fonte musculaire (sarcopénie) inévitable avec l’âge et la sédentarité expose à la lombalgie commune.

Ces lumbagos sont susceptibles de se chroniciser si la cause n’a pas été supprimée : "Par exemple si un patient continu de porter des charges lourdes ou qu’il persiste à travailler dans une mauvaise position", ajoute le spécialiste.

À noter que la lombalgie commune chronique peut encore résulter du stress ou d’une dépression responsables de tensions musculaires. La fibromyalgie peut aussi engendrer des douleurs lombaires qui résulteraient d’anomalie des neurotransmetteurs.

Des maladies responsables de la lombalgie chronique

Toutefois, la lombalgie chronique peut résulter d’une maladie ou encore d’une fracture vertébrale d’origine traumatique ou ostéoporotique. Parmi les maladies causales nous retrouvons :

  • une affection rhumatismale inflammatoire comme la spondylarthrite chez le sujet jeune ou encore l’arthrose après 40 ans ;
  • une tumeur vertébrale ou des métastases d’un cancer ;
  • une maladie hématologique (lymphome) ;
  • un tassement vertébral dans un contexte d’ostéoporose chez le sujet âgé de plus de 60 ans ;
  • une maladie infectieuse (infection d’un disque vertébral ou encore un zona intercostal) ;
  • une pathologie d’un autre organe dont la douleur irradie dans le dos (colique hépatique ou néphrétique, atteinte cardiaque, pancréatique ou pulmonaire) ;
  • un kyste arachnoïdien ou kyste de Tarlov (1) ;
  • une hernie discale : "bien que celle-ci soit souvent asymptomatique et qu’il ne soit alors pas nécessaire de la traiter", souligne le docteur Emmanuel Maheu, rhumatologue.

Quelle est la durée d’une lombalgie chronique ?

Nous estimons qu’un lumbago est « chronique » lorsque la douleur s’installe pendant plus de trois mois. Dans ce cas, une prise en charge médicale est nécessaire.

Quelles sont les complications de la lombalgie chronique ?

La lombalgie chronique peut compromettre la qualité de vie voire l’autonomie du malade dans les cas les plus sévères. Elle peut conduire à l’isolement, une désertion professionnelle voire à une dépression.

Lumbago chronique : qui et quand consulter ?

"Lorsqu’une lombalgie ne s’améliore pas au bout de cinq jours, il est recommandé de consulter un spécialiste", recommande le rhumatologue. Concernant les lombalgies chroniques (qui durent plus de 3 mois), il est indispensable de consulter un spécialiste. Le suivi médical consistera à soulager la douleur, diminuer la gêne fonctionnelle et à éventuellement aider à la réinsertion socio-professionnelle du patient.

Le traitement d’un lumbago chronique

Le traitement de la cause

"Il est déterminant de consulter en cas de douleurs chroniques afin d’en déceler la cause et de traiter cette dernière.", explique le docteur Maheu. Les traitements diffèrent selon qu’il s’agisse d’une fracture, d’une maladie (inflammatoire, tumorale ou infectieuse) ou encore d’une simple lombalgie commune.

Les traitements contre la douleur

Tout l’enjeu est de retrouver sa fonction et une réinsertion socio-professionnelle rapidement. Les traitements sont administrés par voie locale ou générale.

Les médicaments par voie orale

  • Le paracétamol (antalgique de niveau 1) : il est prescrit en première intention. La posologie usuelle sans avis médical pour lesadultes ou adolescents pesant plus de 50 kg est de 3g/jour, avec des prises espacées de 4 heures au minimum. Attention, un surdosage en paracétamol peut endommager le foie de façon irréversible.
  • Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : "ces médicaments ne doivent pas faire l’objet d’automédication. Ils doivent être prescrits par un médecin et leur prise doit rester de courte durée notamment en raison de leurs effets délétères sur le tube digestif", prévient le spécialiste.
  • Les antalgiques opiacés :
    • Les opioïdes de niveau II : ils réduisent les douleurs lombalgiques modérées ou sévères et insuffisamment soulagées par le paracétamol aux doses maximales tolérées : la codéine, la dihydrocodéine et le tramadol, seuls ou associés à l'aspirine ou au paracétamol.
    • Les opioïdes de niveau III (morphine, fentanyl…) : grâce à leur action sur les récepteurs opioïdes ces traitements permettent le soulagement des douleurs intenses. Toutefois, ils ont de nombreux effets indésirables. Ils peuvent être envisagés par le médecin dans les cas sévères, mais la durée du traitement doit être limité. L’arrêt du traitement doit être progressif (sevrage).
  • Les myorelaxants : une étude américaine (3) démontre que 35% des patients qui consultent un médecin généraliste pour une lombalgie chronique se voient prescrire des myorelaxants. Ces médicaments se sont montrés efficaces (4). Les myorelaxants regroupent les antispasmodiques et antispastiques :
    • Les antispasmodiques sont utilisés pour soulager les spasmes notamment dans le cadre de la lombalgie :
      • Les benzodiazépines ont une action anxiolytique, sédative et myorelaxante. Ils sont privilégiés chez les patients anxieux ou dépressifs dont les douleurs sont psychogènes. Le tétrazépam (Myolastan®) est la molécule préférée dans le cas des lombalgies : la posologie habituelle est une dose de 50 mg par jour au coucher. Ces traitements doivent rester de courte durée en raison du risque d’accoutumance.
      • Les non-benzodiazépines (thiocolchicoside, tizanidine…) : ils ont une action sur le système nerveux central et permettent de soulager les tensions et douleurs musculaires. Le thiocolchicoside (Coltramyl®) a l’avantage d’être dénué d’effet sédatif.
    • Les anti spastiques sont utilisés pour réduire la spasticité (qui se définit par une contraction musculaire exagérée en cas d’étirement vif). Ils ne sont généralement pas prescrits en cas de lombalgie.
  • Les antidépresseurs tricycliques : Lorsque la douleur est d’origine neuropathique, le médecin peut prescrire des antidépresseurs (5 ; 6). Les antidépresseurs et plus particulièrement les antidépresseurs tricycliques ont des propriétés analgésiques chez les patients atteints de douleurs neuropathiques pour lesquels un bilan psychiatrique exclut toute dépression (7 ; 8 ; 9). Les douleurs neuropathiques résultent de lésions du système nerveux et sont généralement la conséquence d’une maladie (cancer, diabète, sida, AVC…) ou d’un traumatisme. Ces douleurs sont généralement résistantes aux antalgiques classiques c’est pourquoi les patients acceptent souvent la prise d’antidépresseurs. Toutefois, la Haute Autorité de Santé (HAS) demande aux prescripteurs de rester prudents et "d'évaluer le rapport bénéfice-risque quant à l'intérêt d'utiliser un antidépresseur tricyclique à visée antalgique chez un patient ayant une lombalgie chronique en dehors d'un contexte de dépression" (10).

Les traitements locaux

  • les anti-inflammatoires (AINS) par voie locale en gel ou en pommade peuvent être employés ;
  • les injections de médicaments (le plus souvent corticoïdes) : elles peuvent être utilisées. Toutefois selon une étude de 2011 : "il n’y a pas suffisamment de preuves pour étayer l’utilisation de la thérapie par injection dans la lombalgie subaiguë ou chronique" ;
  • la ceinture lombaire : elle soulage les lombaires en les immobilisant (pas totalement) et maintient une chaleur qui relaxe les muscles.

La kinésithérapie

La kinésithérapie est un traitement indiqué en cas de lombalgies communes chroniques. Le kinésithérapeute peut pratiquer :

  • Des massages afin de détendre les muscles.
  • La stimulation électrique transcutanée (TENS pour Transcutaneous Electrical Nerve Stimulation) : elle consiste à envoyer les impulsions électriques via des électrodes fixées sur la peau près de la zone douloureuse ou sur le trajet d’un nerf. Cette technique a très peu de contre-indications et effets indésirables. Toutefois, des études complémentaires attestant de son efficacité sont encore attendues (11 ; 12).
  • Les manipulations vertébrales : "Le kinésithérapeute peut y avoir recours à condition que le patient souffre de lombalgie commune : toute pathologie tumorale, inflammatoire, infectieuse ou fracture doit être écartée par un bilan clinique", souligne Emmanuel Maheu, rhumatologue.
  • Des exercices physiques : selon le kinésithérapeute Vincent Meslet : "il s’agit d’effectuer des mouvements naturels comme se pencher, effectuer des rotations de bassin ou des inclinaisons. Il est capital de ne pas rester immobile en cas de lombalgie commune. Le traitement consiste à ne plus avoir peur du mouvement qui est en réalité la clé de la guérison. Beaucoup de patients s’enfoncent dans un cercle vicieux en raison de leur appréhension de bouger et la sédentarité aggrave leur état".

Les médecines douces

  • Les cures thermales : une cure thermale conventionnée dure 3 semaines et doit faire l’objet d’une prescription médicale pour être remboursée par l’assurance-maladie. Les cures à orientation "rhumatologie" proposées par les stations thermales sont adaptées aux patients atteints de lombalgies chroniques notamment ceux en cas d’arthrose, de spondylarthrite ou encore de fibromyalgie. Les soins à l’eau thermale permettent de réduire les douleurs, de retrouver une meilleure mobilité et de diminuer les médicaments. Certains établissements thermaux proposent également des modules complémentaires d’Éducation Thérapeutique du Patient (ETP). Ces modules favorisent l’apprentissage des gestes à acquérir afin de ralentir l’évolution de la maladie.
  • Balnéothérapie : des jets orientables sont installés un peu partout dans une baignoire. Ces jets mélangent l’air et l’eau et expulsent l’ensemble sous pression. La balnéothérapie permet de stimuler le tonus musculaire.
  • Les écoles du dos : ces centres proposent des séjours pour des personnes souffrant de douleurs dorsales. Les curistes obtiennent un bilan médical avec un programme personnalisé. Masseurs-kinésithérapeute sont à leur disposition. Les patients accèdent à de nombreux soins : exercices de renforcement musculaire, massages, bains hydromassants…
  • Les gymnastiques douces : stretching, Pilate, yoga, taï-chi, natation… tous ces sports lorsqu’ils sont pratiqués en douceur peuvent améliorer votre posture et renforcer la musculature dorsale : "de façon générale, l’activité physique est indispensable pour prévenir la lombalgie commune", explique notre rhumatologue.
  • La relaxation (ou encore la méditation, le yoga, la psychothérapie…) : elle est adaptée aux patients souffrant de dépression ou d’anxiété.
  • La phytothérapie : Les plantes sous forme de pommades, de comprimés ou encore d’infusions peuvent aider à soulager les douleurs lombaires chroniques.
    • L’harpagophytum, le cassis, la gaulthérie, la capsaïcine (13), le saule blanc ont une action anti-inflammatoire.
    • La prêle, le lithothame ou encore le bambou favorisent la santé osseuse.
  • Les huiles essentielles : les huiles essentielles de gaulthérie, de millepertuis, d’eucalyptus citronné (anti-inflammatoires) ou encore de menthe des champs (antalgique) sont efficaces. N’hésitez pas à en mélanger quelques gouttes dans une huile végétale afin de masser la zone douloureuse. Attention les huiles essentielles sont contre-indiquées chez la femme enceinte ou allaitante en cas de lombalgie.
  • Les autres médecines alternatives peuvent vous venir en aide en cas de lombalgie : l’acupuncture, l’homéopathie, l’ostéopathie, la chiropractie, la technique d’Alexandre (qui vise à améliorer sa posture)…

Les traitements chirurgicaux

Lorsque les médicaments et les exercices physiques restent inefficaces, la chirurgie peut être indiquée. Elle reste cependant réservée aux lombalgies dégénératives et afin de traiter :

  • certains cas de hernie discale : la chirurgie consiste à lever la compression d’un nerf par la hernie ;
  • les pathologies graves du disque intervertébral : il s’agit de souder deux vertèbres en cas de discopathie, d’instabilité ou de déformation dégénératives.

Ces interventions apportent généralement un soulagement relativement important, mais les résultats ne sont jamais garantis à 100%. La décision de la chirurgie dépend de la sévérité de la lombalgie et appartient au médecin et au patient lui-même.

Sources

Entretien avec le Docteur Emmanuel Maheu, rhumatologue.

Entretien avec Vincent Meslet, Kinésithérapeute et fondateur de chaîne santé

(1)  Quelques chiffres, lombalgie.fr

(2)  Kyste arachnoïdien : une cause méconnue de lombalgies chroniques à ne pas méconnaître, Mouna Sghir, 2015.

(3)  Cherkin DC Wheeler KJ Barlow W Deyo RA. Medication use for low back pain in primary care. Spine 1998; 23(5):607-14

(4)  Van Tulder MW Touray T Furlan AD Solway S Bouter LM. Muscle relaxants for non-specific low-back pain. Cochrane Database of Systematic Reviews 2003 Issue 4. Art. No.: CD004252. DOI:

(5)  Dworkin RH, Backonja M, Rowbotham MC, et al. Advances in neuropathic pain : Diagnosis, mechanisms, and treatment recommendations. Arch Neurol 2003 ; 60 : 1524-34

(6)  McQuay HJ. Antidepressants and chonic pain. BMJ 1997 ; 314 : 763-4.

(7)  Courteix C, Bardin M, Chantelauze C, et al. A study of the sensitivity of the diabetes-induced pain model in rats to a range of analgesics. Pain 1994 ; 57 : 153-60.

(8)  Coquoz D, Porchet HC, Dayer P. Central analgesic effects of desipramine, fluvoxamine, and moclobemide after single oral dosing : A study in healthy volunteers. Clin Pharmacol Ther 1993 ; 54 : 339-44.

(9)  Max MB. Antidepressant as analgesics. In : Fields HL, Liebeskind JC, eds. Progress in Pain Research and Management. Seattle : IASP Press, 1994 ; 1 : 229-46.

(10) Diagnostic, prise en charge et suivi des maladies atteints de lombalgie chronique, décembre 2000, Agence Nationale d’Accréditation et d’évaluation en santé (pdf en ligne sur le site de l’HAS).

(11) Stimulation nerveuse électrique transcutanée (TENS) pour la douleur chronique, Dr Carroll. and al, décembre 2000.

(12) Stimulation nerveuse électrique transcutanée : mécanismes scientifiques de base et efficacité clinique, Kathleen A Sluka and al., 2001

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