Sommaire

Savoir encaisser la nouvelle

En mai 2011, David Ginola pose en couverture du magazine Têtu. Si l’ancienne star du football n’a pas de révélations à faire, il a néanmoins répondu à une question à laquelle de nombreux parents sont confrontés: et si son fils était gay?

"Si mon fils me l'annonce aujourd'hui mais qu'il le sait depuis longtemps, je me poserais des questions sur moi", a alors déclaré David Ginola. "Sur l'éducation. Sur le fait que j'ai été aveugle, qu'il a sûrement passé des moments difficiles dans son enfance sans pouvoir en parler avec ses parents, des moments de frustration, de solitude. Je crois que l'amour doit être remis au centre."

Un joli message d’amour et de tolérance. Mais un message qu’il n’est pas toujours facile de faire sien le jour où son propre fils décide de passer aux aveux et de révéler la vérité: oui, il aime les hommes.

Pourquoi c’est un choc

Même si vous aviez quelques doutes, on ne peut pas dire que la nouvelle soit facile à encaisser. Pourquoi mon fils? Pourquoi moi? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça? Malgré tout l’amour que l’on porte à son enfant, une partie de nous semble rejeter la situation. Une réaction qui n’a rien d’anormal pour Maryse Vaillant, psychologue et auteur de 'Etre mère: mission impossible?', mais qui doit nous conduire à évoluer pour accepter la chose le mieux possible.

‘Bien sûr que c’est un choc. C’est toujours difficile d’entendre son fils dire qu’il est homosexuel car cela va à l’encontre de la norme, du schéma classique du couple hétérosexuel, de la famille, des enfants,’ analyse-t-elle. ‘La sensation de choc, de rejet, trouve son explication dans la question que l’on se pose inconsciemment et que l’on ne formule pas forcément à voix haute: qui sont donc ces gens qui s’autorisent à rompre le pacte transgénérationnel. Car la première chose qui vient à l’esprit d’une mère dans ces cas-là c’est 'Je n’aurai jamais de petits-enfants'. Il ne s’agit donc pas d’homophobie, mais plus certainement de déception ou d’incompréhension.’

Pourquoi je me sens coupable?

La nouvelle digérée, le choc laisse souvent place à la culpabilité, et avec elle une question: qu’est-ce que j’ai bien pu rater ou faire de mal? Pour Maryse Vaillant, c’est une réaction normale car, quoi qu’il arrive, une mère se sentira toujours coupable de ce qui arrive à ses enfants. ‘Parce qu’elle les a portés, dans son ventre et dans ses bras, les a nourris, éduqués… Mais aussi parce que la société rend la mère coupable. Dès qu’il y a un problème avec les enfants, c’est forcément la faute de la mère, c’est parce qu’elle a les a mal élevés, mal éduqués', explique la psychologue.

C’est donc notre nature et notre culture de mère qui nous fait douter sans cesse. Mais Maryse Vaillant se veut aussi rassurante. ‘Quand ça touche à quelque chose d’aussi important que le choix sexuel, on se dit 'Mon dieu! Qu’est-ce que j’ai fait!'. Mais on peut aussi, au contraire, être satisfaite qu’il ne s’en cache pas et se dire 'J’ai été une sacrée bonne mère pour qu’il n’ait pas honte d’être lui-même'.’

Non, ce n’est pas un problème d’éducation

Ce n’est pas la façon dont on élève ses enfants – et c’est un point qu’il est essentiel de garder à l’esprit – qui détermine ou influe sur leur orientation sexuelle future. ‘Personne ne sait pourquoi on devient homosexuel,’ rappelle Maryse Vaillant. ‘Ce n’est ni une maladie ni une déviance, comme cela a été dit pendant longtemps. Il y a une part de bissexualité en chacun de nous, l’attirance pour l’un ou l’autre sexe s’affirme sans que l’on puisse l’expliquer.’

À ceux qui critiquent violemment, on peut donc répondre une chose, mais surtout se rassurer soi-même: ‘L’homosexualité est une orientation sexuelle aussi valide que l’hétérosexualité,’ précise Maryse Vaillant. ‘On peut laisser son fils jouer à la poupée ou se déguiser en fille s’il en a envie, cela ne signifie pas qu’il sera homosexuel plus tard. Et s’il le devient, à nous de l’aider à l’être sans honte!’

J’ai quand même du mal à encaisser

Que la nouvelle ait été une surprise ou non, les sentiments qui nous habitent ne sont pas toujours simples à apprivoiser. Mais la plupart du temps, il s’agit plus d’un sentiment d’impuissance. Parce qu’on se sent démuni, on passe par de nombreux états. Mais pour Maryse Vaillant, les mères qui rejettent totalement la situation, et donc leur enfant, restent rares.

‘Quand il s’agit de sa fille, il y a effectivement la question des petits-enfants auxquels on se voit contrainte de renoncer. Mais quand la mère est face à son fils, c’est un peu différent,’ explique la psychologue. ‘On peut se dire 'Il n’a pas trouvé d’autre femme'. Il y a alors aussi une sorte de satisfaction. Car une grande part de l’attachement que l’on porte à son fils est basée sur le sentiment inconscient que la mère est le premier et le seul amour de son fils.’

Son père n’accepte pas

Si vous prenez les choses avec philosophie, du côté du papa, en revanche, la pilule est parfois plus difficile à avaler. Colère, rejet… Certains préfèreront se voiler la face et nier la situation, tandis que d’autres ne voudront pas en entendre parler, allant parfois jusqu’à stopper toute relation.

‘Le père a souvent une réaction très machiste face au coming-out de ses enfants, en particulier de son fils. Et la plupart du temps, c’est parce que les pères ont peur de ne pas être assez virils eux-mêmes,’ explique Maryse Vaillant. ‘L’homosexualité déclarée de leur fils les renvoie vers leurs propres angoisses. Tous les hommes ont vécu des moments d’homosexualité et la plupart d’entre eux ne l’ont pas accepté.’

Le père n’est pourtant pas en cause, pas plus qu’il ne s’agit d’un problème d’éducation. Si la mère prend souvent sur elle d’arrondir les angles, il faut donc ouvrir le dialogue pour faire passer le message en douceur. ‘L’essentiel est de pouvoir lui faire comprendre qu’être gay ne signifie pas être une 'femmelette', mais que l’homosexualité est aussi une forme de masculinité,’ indique la psychologue.

Faut-il forcer le dialogue ou laisser courir?

Avant les révélations au grand jour, vous aviez peut-être déjà des doutes sur les préférences sexuelles de votre fils. Maintenant que ce dernier est sorti du placard, vous avez encore mille questions, dont celle-ci: faut-il instaurer, provoquer, le dialogue ou laisser les choses suivre leur cours? Pour Maryse Vaillant, cela dépend avant tout de la position que l’on avait sur l’homosexualité avant d’y être personnellement confronté.

‘Si on condamne, que l’on se situe plutôt dans une optique de rejet, mieux vaut laisser courir et ne pas forcer un dialogue qui n’aboutirait pas,’ conseille la psychologue. ‘Si au contraire, le sujet a déjà été abordé dans un été d’esprit favorable, on peut en discuter. Dans tous les cas, le mieux est de parler à son enfant en tête à tête. Et si on ne sait pas comment amener les choses, il suffit de lui dire 'J’ai compris, sache que cela ne change rien dans les sentiments ni dans l’estime que j’ai pour toi'. Le reste viendra naturellement le moment venu.’

Que puis-je faire pour l’aider?

‘La première chose à faire est bien sûr de dire à son enfant qu’on est là pour lui,’ indique Maryse Vaillant. Etre un adolescent, ou un jeune adulte, homosexuel reste difficile, même dans une société où les mœurs ont évolué. Il est donc important de lui faire savoir qu’il pourra compter sur notre soutien quoi qu’il arrive. La maison et la famille doivent pouvoir rester un refuge où l’on peut être soi sans se voir jugé, critiqué ou rejeté.

‘Le mieux que l’on puisse faire est de rester ouvert et tolérant. L’essentiel est d’accompagner son enfant dans la détresse, même si on doit, en tant que parents, rester cadrant,’ explique la psychologue. ‘Il faut savoir trouver le bon compromis. On peut par exemple accepter de le recevoir avec son petit ami. Mais on peut aussi lui dire qu’on n’est pas d’accord pour qu’il vienne chaque fois avec un nouveau copain.’

Comment l’annoncer à la famille, aux amis

Si faire son coming-out est un moment difficile à vivre pour l’enfant, devoir affronter le regard de la famille et des amis l’est tout autant pour les parents. ‘Le mieux reste de l’annoncer simplement: 'Je ne sais pas si vous le savez, Mathieu viendra avec son copain',’ conseille Maryse Vaillant. ‘Ce n’est pas honteux d’avoir un fils homosexuel, il n’y a donc pas de raison de ne pas garder la tête haute.’

Toutefois, il n’est pas rare d’essuyer des critiques, de se heurter à l’incompréhension de ses proches, et même de voir certains se détourner de nous. C’est évidemment regrettable, mais pour Maryse Vaillant, le plus important est de rester honnête, avec les autres et surtout avec soi-même. "Il faut comprendre les gens. Pour certains, l’homosexualité reste une tare, et il est toujours plus simple, quand on ne comprend pas quelque chose, de le rejeter. Mais plus on se montre tolérant, plus l’entourage l’est aussi. Il ne faut donc pas hésiter à montrer que l’on a un cœur grand et que l’on aimera son fils quoi qu’il arrive. Et s’ils ne comprennent pas, tant pis. On peut se passer de ses amis, mais on ne peut pas se passer de son fils."

> Les biens rares des plus grands promoteurs sont sur Immo.planet !

mots-clés : maison, maladie, kerry
Notre Newsletter

Recevez encore plus d'infos santé en vous abonnant à la quotidienne de Medisite.

Votre adresse mail est collectée par Medisite.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.